SON DÉPART DE BRETAGNE
court, qui vient d'être nommé gouverneur et capitaine de La Rochelle * , prête à son tour serment, avec semblable cérémonial, mais sans difficulté.
Telle a été la dernière phase de la lutte. Le duc de Guyenne quitte enfin la Bretagne. Il part de Nantes, où il se tenait en expectative, dans les premiers jours de juin ; escorté par un détachement de troupes bretonnes commandées par Raimonnet de Boissy -, il prend le chemin de ses nouveaux domaines, et arrive le 10 à La Rochelle, après avoir mis (2 juin) sa signature au bas d'une charte ^ par laquelle il confirme tous les privilèges et libertés précédemment accordés à la ville par les rois de France et d'Angleterre depuis 1372 : don de joyeux avènement, destiné à calmer les susceptibilités des Rochelais et à produire d'heureux effets sur les populations dont les destinées lui seront désormais confiées. Il espère ainsi se les rendre favorables, et leur prouver qu'elles n'auront rien à redouter de sa présence parmi elles : bien au contraire.
Charles de Guyenne, désormais en possession de son nouveau domaine, songeait sans doute à la tranquillité dont il allait jouir sans avoir à rendre compte à qui que ce fût de ses actes, se reposant sur ses fidèles conseillers pour diriger l'administration, très désireux de donner des preuves de sa bonne volonté et de sa bienveillance, prêt aussi à se dépenser pour rendre à la province son ancienne prospérité, fort entamée par les guerres et par l'occupation anglaise. Il avait oublié qu'il vivait encore sous la surveillance de son frère.
Louis XI en effet veut profiter de la situation. Estimant que Charles doit se trouver satisfait de son sort, qu'il n'est plus
1. Amos Barbot affirme qu'il obtint ce titre dès le mois de mai, et prit possession dès le 25 de ce mois. Cependant ses lettres de nomination ne furent signées que le 18 juillet l Archives nationales, K 70, n"^' 53). — D'origine lorraine, il constitua le 16 décembre 1470 son fils Henry de Lenoncourt, seigneur de Haroué, pour faire en son lieu et place hommage à l'évêque de Metz, sans doute en raison des obligations qui le retenaient en Saintonge (Archives départementales de la Moselle, G 8, f ' 80).
2. Ancien lieutenant du capitaine de Gavray en Basse-Normandie (voir ci-dessus, p. 218).
3 Copies à la Bibliothèque nationale, ms. français 16906, ff. 219-267, et ms. français 18971, ff. 24-50, et aux Archives nationales, JJ, passim.
dans la fâcheuse dépendance de François II, et que le moment parait venu de l'attirer à lui, afin d'empêcher le renouvellement d'une ligue contre l'autorité royale, il songe à l'entraîner dans sa politique et lui envoie le sire de Bueil pour le sonder habilement K Prêt à entreprendre une expédition destinée à rétablir la tranquillité publique depuis trop longtemps troublée par les bandes armées des grands vassaux du midi (duc de Nemours, comte d'Armagnac, comte de Foix, sire d'Albret) et à châtier les coupables, il met sur les champs quantité d'artillerie et de gens de guerre, éprouve le besoin de ménager son frère et de le détourner de prêter l'oreille à des suggestions ennemies ^, et recommande tout particulièrement à Dammartin, son lieutenant général, d'épargner les villes dépendant de l'apanage de Guyenne ^ : agir autrement serait une faute grave, capable de nuire au succès des négociations qu'il prépare. Un rapprochement entre le roi et Charles de France est imminent. Par ultime mesure de précaution, le roi, en l'hôtel épiscopal de Saintes, le 19 août, fait jurer à son frère, « sur la croix de saint Laud » apportée à Saintes par deux prêtres d'Angers, de ne jamais conspirer contre sa personne, ni de chercher à attenter à ses jours, de l'avertir de tout projet néfaste qui viendrait à sa connaissance, de ne jamais se faire relever de son serment, de ne jamais solliciter du pape l'autorisation de contracter mariage avec la fille de Charles le Téméraire, ni de songer à cette union, ni même de profiter de cette autorisation si par impossible il l'obtenait K A cette cérémonie assistaient, du côté du roi, d'Oriole, Dammartin, Du Bouchage et Bourré -^ ; du côté du duc, le sire de Villars,