NOUVEAU PROJET DE FUITE
cependant la situation n'était plus la même. La crainte des responsabilités était peut-être le seul mobile auquel il obéissait. Mais on juge de Tefifet qu'un pareil projet allait produire sur son entourage. Ses officiers, ses chambellans, ses secrétaires, tous ceux qui escomptaient des honneurs, des places, des fonctions rémunératrices, ne pouvaient admettre une solution aussi manifestement contraire à leurs intérêts ; en outre, il fallait songer aux dettes contractées en Bretagne, songer aussi à la déplorable impression que cette fuite inattendue provoquerait tant en France qu'à l'étranger. Il se trouva dans son entourage deux personnes, jouissant d'une grosse autorité et mettant volontiers leur parole au service de la cause du nouveau duc de Guyenne, — j'ai nommé Gilbert de Chabannes et Odet d'Aydie, — qui usèrent de toute leur influence pour le faire renoncer à son funeste dessein et finalement réussirent à l'arrêter. Le dernier obstacle était franchi.
Louis XI fait publier alors une amnistie générale par tous ceux, princes, seigneurs et autres, y compris le duc d'Alençon, qui ont pris parti pour son frère et ont conspiré contre son autorité (Baugé, mai 1469) K De son côté, Charles, par une première lettre signée à Nantes le 17 mai ^, par une seconde datée du 10 juillet 3, confirme et renouvelle son alliance avec François II et tous les traités antérieurs, en lui donnant l'assurance formelle qu'il n'aura d'intelligences ni ne signera de conventions avec aucun prince ou gouvernement contre le gré de son allié.
Dès le 15 mai, le nouveau duc de Guyenne a donné ordre à Odet d'Aydie de prendre possession de l'apanage en son nom ^,
1. Bibliothèque nationale, ms. français 3876 ; Archives nationales X^a 8606, f^ 201 v<^' ; Archives communales de Caen, AA 1 ; publ. dans les Ordonnances des rois de FrancCy t. XVII, p. 214; dans Commines, édit. Lenglet-Dufresnoy, t. III, p. 103. (Ces lettres ne furent enregistrées au Parlement que le 27 juillet. )
2. Original scellé (Archives départementales de la Loire-Inférieure, E 181 ; publ. par A. Dupuy, Histoire de la réunion de la Bretagne à la France t. I, p. 231).
3. Original scellé (Vente Etienne Charavay, du 22 décembre 1887, n^ 37 ; Revue des Autographes, mai 1888, n» 67 ; Vente Eugène Charavay, du 5 février 1890, n» 18). Pièce justificative n» LXIX.
4. Archives communales dePérigueux et de Saînt-Macaire ; publ. dans les Archives historiques de la Gironde, VIII (1866), p. 251 ; voir ci-dessous p. 280.
tandis que le roi charge Louis de Crussol, sénéchal de Poitou, de le représenter pour investir son frère de ses nouveaux domaines. Les délégués des deux partis se présentent à La Rochelle le jour de l'Ascension (11 mai) pour exécuter leur mission : mais voici que le maire et les échevins refusent de les reconnaître, déclarant qu'ils ont juré serment de fidélité au roi et que leur intrusion serait contraire aux anciens privilèges des habitants, font doubler la garde des portes et donnent ordre de n^ laisser pénétrer en ville qui que ce soit. On en réfère au roi. En attendant, Crussol obtient cependant d'entrer dans la cité à titre privé ; ce que vo3'ant, Odet d'Aydie et les personnages de sa suite, qu'accompagnaient cent cinquante chevaux environ, voulurent forcer la consigne, mais en vain; ils allèrent coucher à Marans ^ Tout en reconnaissant le bien fondé des protestations rochelai- TTs, mais désirant éviter tout conflit, Louis XI écrit de Baugé, le 18 mai, aux habitants, pour leur exposer que la constitution de l'apanage en faveur de son frère ne porte aucun préjudice aux privilèges des habitants, et pour les relever de leur serment, afin de leur enlever tout prétexte à une résistance fâcheuse. Odet d'Aydie se présente alors pour la seconde fois, insistant pour être admis à pénétrer dans la ville : nouveau refus, les délégués rochelais n'étant pas de retour et personne n'ayant encore reçu confirmation de la décision royale. Enfin, au retour de ces délégués, le 23 mai, une assemblée municipale se réunit et, s'étant rendu compte de l'ordre formel du roi et des raisons politiques qui le faisaient agir, les magistrats se décident à obéir. Crussol intervient de nouveau pour leur intimer l'ordre d'ouvrir les portes aux officiers du duc de Guyenne et d'accepter la prise de possession par Odet d'Aydie, sous peine de confiscation de corps et de biens. Le jour même, Crussol et d'Aydie firent ensemble leur entrée par la porte de Cougnes, se rendirent à l'église Notre-Dame, y prêtèrent serment et reçurent celui des habitants -. Bientôt après, Thierry de Lenon-
— O. d'Aydie réalisait ainsi un de ses vœux les plus cliers, celui de se montrer, à l'encontre du proverbe, prophète en son pays.