‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 298 sur 598 · SON SERMENT SUR LA CROIX DE SAINT LAUD · texte numérisé non relu

SON SERMENT SUR LA CROIX DE SAINT LAUD

le sénéchal de Guyenne Gilbert de Chabannes, le sénéchal de Saintonge Patrick Folcart, Louis Sorbier et Laurent Paumier.

P C'est alors, — mais alors seulement, — que le roi, se jugeant suffisamment garanti contre tout événement fâcheux et contre toute surprise, se décida à demander une entrevue à son frère. Il se rendit à Niort, accompagné du duc de Bourbon et de quelques autres seigneurs, puis au lieu même de la rencontre, fixée au pont de Braud ^ voisin du château de Charron, sur la Sèvre niortaise -, le mardi 5 septembre 1469. Charles de Guyenne y arriva le lendemain.

Au milieu de ce pont de bateaux avait été disposée une loge de bois, munie d'une grille carrée que fermaient douze barreaux de fer. La conversation pouvait s'engager sûrement et sans inconvénient. La suite du roi comprenait le duc de Bourbon, le sire de Bueil, le sénéchal de Poitou, les sires de La Forêt et de Concressault, Bourré, le président des comptes ^ le greffier du parlement et d'autres, sans dagues ni épées, quatre archers écossais sans arcs ni trousses, et 4000 cavaliers qui campèrent à un quart de lieue; celle du duc, plus modeste, ne comptait que les sires de Curton, de Malicorne et de Villars, Balue, le chancelier de Beauvau, Patrick Folcart, Louis Sorbier, le chancelier de Bretagne et quelques autres personnages, des archers, et 400 à 500 hommes de cheval, également tenus à l'écart dans la prairie voisine '*. Le sénéchal de

solliciter à Angers le prêt momentané de la relique, et qui rédigea le procès verbal du serment ; cf. Commines, loc. cit., et Bricard, Jean Bourré (Paris, 1893, p. 111-112).

1. Le Braud est encore marqué sur la carte de Cassini; sur la rive gauche de la Sèvre niortaise, près de Gharron (canton de Marans, arr' de La Rochelle (Charente-Inférieure).

2. On suivra ici la relation de l'un des assistants conservée dans le ms, français 3844 de la Bibliothèque nationale, ff. 182-184, et publiée par Ml'« Dupont dans son édition de Commines, t. III, pp. 260-268; cf. l'édition Lenglet-Dufresno3% t. III, p. 107. — Cette relation est datée de Puyraveau, localité immédiatement voisine, par laquelle on désigne aussi parfois le lieu de l'entrevue.

3. La Driesche, et non La Dusque comme l'indique la susdite relation .

4. D'autres personnages étaient présents à l'entrevue du pont de Braud, par exemple Guyot Pot, conseiller de la duchesse d'Orléans et envoyé par elle, comme le constate la quittance suivante du 16 janvier 1470 (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 2349, doss. 52873, n» 46) ; « Nous

Poitou et Dammartin furent chargés par le roi d'aller trouver Charles de France pour le prévenir des intentions royales et lui remettre une belle coupe garnie d'or et de pierres précieuses * ; le 7, on vint s'informer du moment qui conviendrait le mieux à Charles de Guyenne. A l'heure dite, celui-ci se présenta tête nue, mit par trois fois genou en terre. Tandis que le roi s'empressait à lui affirmer qu'il était heureux de le voir, et que cette journée lui donnait complète satisfaction, son frère l'assurait de son côté de la pureté de ses intentions, de son vif désir de le servir et d'obtenir son pardon, avec l'oubli du passé. Le roi, y ayant acquiescé de grand cœur, fit reculer les assistants de quelques mètres en arrière, et s'entretint avec son frère, à voix basse, durant un grand quart d'heure ; puis on vit Charles s'agenouiller de nouveau avec le roi et l'embrasser plusieurs fois, très ému. De tous côtés s'élevèrent des cris de joie, l'accord paraissant complet. Mais l'heure tardive n'étant plus propice aux effusions prolongées, la suite de la conversation fut remise au lendemain. A dix heures, le lendemain, elle reprit en effet : nouvelles manifestations d'amitié, nouvelles accolades, nouvelles promesses ; le duc avait franchi le pont pour recevoir le roi à sa descente de cheval, et là, malgré la boue qui entravait la circulation, malgré la forte chaleur qui régnait ce jour-là, il avait longuement causé avec le roi qui «;( l'asseuroit qu'il n'eust plus de paour ni craincte de luy, car de lui ne par son sceu n'auroit il jamais mal ne dommaige ». Le duc voulait accompagner le roi et diner avec lui ; mais il fut décidé que le dimanche ou le lundi suivant seulement, tous deux se retrouveraient à deux lieues de Niort, à

Guj'ot Pot, escuier, chambellan du roy nostre sire, conseiller de Madame la" duchesse d'Orléans, de Milan, etc., confessons avoir eu et receu de Michel Gaillart, trésorier et receveur gênerai des finances de madite dame, la somme de cent escuz d'or, vallent VI^^ XYII 1. X sous tournois, à nous donnée et ordonnée par icelle dame pour plus honnestement entretenir en son service, et pour nous recompenser d'un voyage par nous fait de son ordonnance ou mois d'octobre [sic] derrenier passé au Berault près Charon sur la Mer, à l'assemblée faicte audit lieu par le roy nostre dit seigneur et monseigneur le duc de Guienne son frère ».

1. Certaines pierres précieuses étaient souveraines, parait-il, contre le venin.

ENTREVUE DU PONT-DE-BRAUD 27t

Magné \ dans le manoir de Guy de Sourches -, car, à Charron et aux environs, les logis étaient trop étroits et trop incommodes. Après de nouvelles révérences et de nouveaux témoignages d'amitié qu'on voudrait croire sincères, les deux frères se séparèrent. La réconciliation définitive paraissait scellée ^. L'annonce de l'heureux événement se répandit dans le royaume *, et y causa une vive satisfaction ^. Thomas Basin s'en fait l'écho ^. On comprit généralement que le roi traitait désormais Charles de Guyenne en héritier du trône ; on raconta même qu'il allait lui donner le titre de lieutenant général du royaume avec le commandement d'une armée dirigée contre le duc de Bourgogne. Les fausses nouvelles se propagent toujours facilement, et de bouche en bouche s'amplifient curieusement.

L'ordre de chevalerie nouvellement créé par Louis XI en l'honneur de saint ^îichel ^, peut-être autant pour frapper l'imagination des populations bretonnes que par dévotion particulière, fut octro3'é à Charles de Guyenne. Le moment était aussi venu de lui procurer un mariage avantageux, et nous verrons plus loin que l'occasion ne tardera pas à se présenter.

Pour sceller cet accord en apparence si touchant, Louis XI, après un court séjour à Magné avec son frère ^, décida (18 septembre) d'ajouter à l'apanage de Guyenne (tel qu'il avait été antérieurement constitué), avec jouissance partant du 1" octo-

1. Co" de Coulonges-sur-l'Autize, arr^ de Niort (Deux-Sèvres).

2. Guy de Chourses ou de Sourches, dont le fils Antoine épousa en 1471 Catherine de Coëtivj-, fille d'Olivier et de Marie de Valois (elle-même l'une des filles de Charles VII et d'Agnès Sorel).

3. Effet inattendu de cette réconciliation : le 28 octobre suivant, Charles de France promit à Bertrand de La Tour, comte de Boulogne, d'intercéder pour lui auprès du roi à l'occasion du prochain mariage de sa fille avec Gilbert de Chabannes (comte de Chabannes, Preuves de l'Histoire delà maison de Chabannes, t. II, p. 756).

4. Cardin Jourdain fut chargé par le roi de porter la nouvelle aux bonnes villes du Mans, d'Alençon, d'Argentan, de Falaise, et ailleurs en Normandie (Bibliothèque nationale, ms. français 6758 f° 15).

5. Th. Basin, Histoire, édit. Quicherat, t. II, p. 216; — Jean de Roye, Journal, édit. de Mandrot, t. I, p. 231. — Cf. Guillaume Leseur, Chronique, édit. n. Courleault, t. II, p. 250.

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