Peut-être <( de Miégeville
9. Monlezun était la principale localité du comté de Pardiac.
et Bernard de Goth, juge de Condomois, pour signifier k Mourton l'arrivée du représentant du duc de Guyenne et l'inviter à descendre jusqu'au village que domine le château. Malgré la pression qu'ils tentèrent d'exercer, malgré des admonestations assez vives, les deux parlementaires n'obtinrent pour toute réponse que ces simples mots : « Tiras, tiras, anas vous en ». S'avançant alors jusqu'au pied du château, Robert de Balsac aperçut Mourton debout sur le mur d'enceinte et lui adressa une nouvelle sommation. Après avoir fait écarter tous les compagnons du sénéchal et après avoir posté des arbalétriers bien armés aux endroits favorables, Mourton daigna descendre à la première porte du château, épée au côté, javeline au poing ; et alors la conservation s'engagea : « Qui êtes-vous ? Et qui représentez-vous ici ? » interpella le sénéchal. — « Je suis Mourton de Lubie, lieutenant de Gastonnet du Lyon » *. — Le sénéchal ayant lu ses lettres de commission et informé son interlocuteur du but de sa visite : « En* mon âme et conscience, répliqua Mourton, je ne remettrai cette place qu'au roi ou à Gastonnet du Lyon, jamais à nul autre ». Commandements impérieux,, menaces successives d'arrestation et de confiscation ne purent le décider à changer d'avis. Las d'attendre de sa part un changement de front, Robert de Balsac lui déclara qu'à partir de ce jour il ne devait plus percevoir aucun droit de péage auquel il avait l'habitude de contraindre les marchands forains passant devant le château, et que les revenus de ce domaine appartenaient désormais au duc de Guyenne ; il s'attira cette réponse : « Ne voulas autre cause, et par Dieu si haray ». Et, comprenant qu'il était inutile d'insister davantage, le sénéchal se retira, non sans avoir ajourné Mourton et ses compagnons à comparaître le 15 novembre suivant, devant la juridiction royale, en quelque lieu que ce fût, pour s'entendre condamner aux pénalités encourues par cet acte notoire de formelle désobéissance. Il redescendit ensuite au village, interrogea les habitants et voulut connaître leur opinion : étaient-ils pour ou contre le châtelain ? Il apprit alors que ce lieutenant, qui avait déclaré se nommer de Lubie, s'appelait en réalité Mourton de Salies, con-