CHAPITRE II
On croit généralement que le dernier fils de Charles Yll devint duc de Berry par le don d'apanage que lui conféra son frère aîné Louis, devenu roi, par lettres du mois de novembre 1461. Assurément, en tant que seigneur apanagiste du Berry, ce jeune prince n'eut de droits qu'à dater de ce moment, mais il est certain ^ qu'il porta beaucoup plus tôt, peut-être dès sa naissance même, le titre de duc de Berry ^ , et qu'il a été ainsi qualifié dans des documents authentiques, voire officiels.
Si l'on veut des preuves, en voici quelques-unes, d'origine variée. La première nous viendra du midi : c'est une lettre adressée de Béziers aux viguier et juge d'Albi, le 22 août 1459, par les généraux conseillers sur le fait de la justice, du domaine et des aides ordonnés pour la guerre en Languedoc et Guienne ^ , c'est-à-dire par des officiers royaux qui ne se seraient
1. Mathieu d'Escouchy (édit. de Beaucourt, t. II, p. 111) dit : " Sur les fons tu nommé Charles et présentement lui fut baiilié le nom et le tiltre de la duchié de Berry par le dessus dit Roy son père. " Thomas Basin de même (édit. Quicherat, t. II, p. 114) : ** A pâtre adhuc vivente ducatus Bituricensis in titulum fuerat datus ". Ces deux chroniqueurs sont confirmés par le journal d'un bourgeois de Paris (édit. Tuetey, p. 384) ; *' Et fut né à ung chastel nommé le Motiz en Touraine et fut nommé Charles, duc de Berry. De tels témoignages concordants méritent attention, et il convient d'observer que ce Journal a été entièrement rédigé avant la mort de Charles VII.
2. Chenu, dans son Recueil des antiquitez de la ville de Bourges (1621), p. 53, se trompe en écrivant que Charles aurait reçu le Berry en apanage le 28 décembre 1447, c'est-à-dire à l'âge d'un an.
3. " Les généraux conseillers sur le fait de la justice, tant du domaine que des aides ordonnées pour le fait de la guerre, et ressourtens es pais de Languedoc et duchié de Guienne, aux viguier et juge d'Alby ou à leurs lieutenens, salut. Pxcceue avons la complainte des consuls dudit lieu d'Alby, tant en leur nom comme au nom des singuliers manans et habitans dudi:^ lieu, contenent comme ils soient tenuz au Roy nostre Sire et à monseigneur le duc de Berry son lieutenent, en la somme de troys cens escuz d'or pour certaine
pas cru autorisés à donner au frère du roi, « son lieutenant en Berry », un titre qui ne lui était pas reconnu. La seconde émane de Charles de France lui-même qui, le 22 octobre 1461 \ quelques semaines avant la promulgation des lettres patentes signées à son profit, s'adresse de Tours à ses officiers du duché de Berry - pour les inviter à recevoir les hommages des possesseurs de fiefs en ce pays ^ D'ailleurs, avant le mois d'août 1460, Charles fit pour la première fois sa joyeuse entrée dans la ville de Bourges, et, selon l'usage, ordonna qu'on élargît des prisons les criminels qui s'y trouvaient détenus ce jourlà, en son honneur : deux lettres de rémission octroyées par Charles VII* en font formelle mention. Cette entrée, sur laquelle nous manquons de détails, n aurait-elle pas été la conséquence d'une sorte de prise de possession par le jeune prince, « lieutenant du roi » dans cette province?
Les arguments ne manquent donc point ^ pour convaincre Louis XI de falsifier la vérité lorsqu'il affirme, dans ses lettres
composition par eulx faicte par devant nous ou nom que dessus, laquelle ilz ne pourroient promptement paier, attendre la grant povreté des diz ha- Litans, se sur ce ne leur estoit pourveu de remède... " (Archives communales d'Albi, CG 540 ; orig. parchemin authentiqué par trois signets, assez frustes, de cire rouge).