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-354 l'administration de la guyenne sous le duc Charles
du duc Charles défunt : quelle différence en effet, d'après ce texte, entre le présent et le passé! Les crimes, les attaques à main armée, les excès graves, les voies de fait, les entreprises contre le domaine royal demeurent impunis ; ceux qui sont condamnés pour de tels méfaits en appellent au sénéchal, voire à la cour de Parlement, et trouvent toujours moyen d'obtenir gain de cause, car, il faut bien l'avouer, avec de l'argent tout est possible '. Et depuis quand cette fâcheuse situation s'est-elle révélée ? Depuis quand peut-on dire que les juges sont moins insensibles au pouvoir de l'argent ? Depuis la mort du duc de Guyenne ! C'est implicitement avouer que ce dernier tolérait moins qu'un autre ces abus, et que sous son gouvernement l'argent ne jouait pas communément un rôle aussi funeste et aussi prépondérant. Et de qui enregistrons-nous l'aveu ? D'un homme qui, apparemment, n'a pas eu personnellement maille à partir avec la justice, et dont l'état social parait être une suffisante garantie contre un parti-pris trop évident. Son livre de raison, destiné à rester enseveli dans les archives de son couvent jusqu'au jour où un curieux du XIX» siècle l'en a extrait, peut être à bon droit considéré comme fournissant la note vraie et honnête, exempte d'hostilité ou d'approbation irraisonnées, comme le reflet de l'opinion générale qui a cours dans la région. Nous y trouvons une réponse très nette aux attaques et aux railleries qui n'ont pas été ménagées à Charles de Guyenne. Ce qui se passa à Cahors, lors du séjour du duc dans cette ville, en février 1470, donne une impression également favorable à Charles de France. Comme dans toutes les manifesta-
1. (( Al jorn de hoej^ non y a que bandolz, tans de zens d'église coma autres, e fant grant asembladas de gens lalcz, am armas invasibles, et cometen plusors vias de fait et autras entrepresas illicitas tant contra lo domaine del rey que autrament, de lascallas voias de faitz demoran impunitz, car incontinent appelant al senescalc o a la cort de parlement, afin que so segurs que no seran point punitz et que argent fero tôt ; et, per so, totz aquelz que no seran punitz que o sian, car autrement se aso dura guayre tôt se metra en bandolz, et que, despuleis la mort de feu mosenber de Guieyna, non an estatz punitz et an fait de grans excs et tôt desens per se assemblar en armas tant a l'encontre del dret del dicli senher coma a d'autrez. » (Livre de raison de Bernard Gros, conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne, fonds du grand prieuré de Toulouse, Temple de Breuil ; publ. par G. Tholin dans le Bulletin historique et philologique du Comité^ 1889, p. 124).
OPINION d'un contemporain 355
tiens de ce genre, la question financière joue le rôle principal ; on réclame contre laugmentalion des impôts, contre les charges nouvelles, contre les frais de justice, contre les spoliations injustifiées ', contre tout attentat possible aux libertés et franchises dont jouissent les municipalités et les différentes classes de la société. Mais quel est le pays où semblables plaintes ne se feraient pas entendre ? Et ces protestations ne visent-elles des faits déjà anciens, bien antérieurs à l'arrivée du duc Charles au pouvoir ? Qu'on ne s'étonne pas de la mesure demandée par les Etats contre les francs archers : l'équipement et la solde de ces hommes d'armes sont à la charge de la population ; certaines villes, telles que Poitiers, ont déjà vainement sollicité du roi la réduction des lourdes dépenses affectées à cet objet - ; et la valeur de ces troupes ne semble pas être en rapport avec les sacrifices que leur entretien nécessite ; le duc promet de faire étudier sérieusement la question. Il promet aussi de prêter une oreille attentive aux doléances de tous ses sujets, renouvelant en cela la tradition inaugurée par son père,^ et témoignant par là de bonnes intentions auxquelles le despotisme de son frère était trop peu enclin.
Il serait imprudent toutefois d'en conclure que le duc de Guyenne fut toujours disposé à accorder ce qu'on lui demandait. Mais, d'autre part, on risquerait sérieusement d'exagérer si l'on affirmait, comme le font certains historiens ^, que sa venue en Guyenne a été mal vue *, que son influence y a été nulle et sa domination illusoire, et que, comme cela était naguère arrivé en Normandie, ses bonnes villes le trahissaient. Il n'y a aucune apparence de faits semblables, aucune trace de révolte, aucune velléité d'indépendance, aucune manifestation ouverte d'hostilité. Bien au contraire. C'est mal connaître l'histoire delà Guyenne dans cette période de domination de Charles de France que de prêter à ses nouveaux sujets de tels sentiments
1. Déjà eu 1463 Louis XI avait ordonné de réintégrer dans leurs biens. les habitants de Bordeaux qui en auraient été dessaisis sans connaissance de cause et sans autorité de justice (Ordonnances des rois de France, t. XV,. p. 373).