Calmette, ouvr. cité, p
CHAni.ES DE CIYENNK 23
L'entrée de Charles de France dans la Ligue du Bien public mit fin à tous ces beaux projets de mariage. On ne pouvait plus songer à s'adresser à Louis XI pour lui offrir de s'intéresser à l'avenir de son frère. D'autre part, l'incertitude des résultats de la lutte engagée rendait prudents ceux qui, à l'extérieur du royaume, ne voulaient à aucun prix s'aliéner l'amitié et les bonnes dispositions du roi de France. Aussi bien Charles de France n'a jamais paru pressé de prend'*^ une décision; il n'a pas encore vingt ans et peut attendre.
Cinq années se passent. La politique castillane est toujours aussi remplie d'imprévu ;elle se rapproche tantôt de Louis XI, tantôt de ses ennemis. Mais, le jour où une trêve assure pour quelque temps une ère de tranquillité aux deux partis, un mariage va être de nouveau proposé par le roi de France à son frère ; pour gagner les bonnes grâces de Henri IV, il va reprendre un vieux projet de son père. Une ambassade française part pour l'Espagne en 14G9 et se rend à Cordoue K Son chef est le cardinal-évêque d'xVlbi, Jean Jouffroy, homme de grand mérite, doué d'une éloquence à la fois insinuante cl puissante-. Il est reçu en grande pompe dans la cathédrale ^. Sa mission consiste à ménager un rapprochement entre les deux souverains : « De tout temps, dira-t-il, les rois de Castille ont recherché l'appui de la France, et se sont écartés avec horreur des Anglais, cette nation à la langue et aux mœurs sauvages et barbares ; les Espagnols se distinguent par leur caractère franc et ouvert ; chez les Anglais il n'y a qu'orgueil et arrogance » * ; il rappellera aussi les services que Castillans et Français s'étaient rendus réciproquement, et le sang versé pour une cause commune. En outre il sera chargé de sonder le roi de Castille
1 . Voici ce qu'écrit Tambassadeur milanais à son maître, à la date du 20 avril 1469: « Dicesi ch'elduca di Ueri vuole andare de présente dal duca de Borgogna, non se ne ha pero altra chiareza, et intendesi clie esse duca di Beri tiene stretla pratica col Re di Spagua per volere tencr iina sua figliola per moglic» (Bibliothèque nationale, ms. italien 1649, f'» 238 v'»).
2. Voir Fierville, Le cardinal Jean Jouffroy (Paris, 1874, in-8), pp. 192-
3. Crônicas de los Reycs de Castilla, t. III, p. 184 (Crônlca de D. Enriquc IV).