NOUVELLE AMBASSADE EN CASTILLE
•souhaite que, pour détourner tout soupçon, la chose reste secrète *.
Pour bien marquer que Charles de France est parfaitement consentant à la démarche officielle qui va être faite, lambassadeur sera accompagné de plusieurs conseillers du duc, Bertrand, comte de Boulogne, Jean Mérichon, seigneur d'Uré, Jean d'Avendaignon-, et Jean Aubin, seigneur de Malicorne^. Ils quittent ensemble la France* et arrivent à Burgos, à la fin du mois de juillet 1470, munis de pleins pouvoirs pour régler les fiançailles ^. Sur les entrefaites, ils reçoivent par messager spécial la nouvelle de la naissance d un dauphin de France, événement survenu le 30 juin, qui enlève au duc de Guyenne la qualité d'héritier du trône. Ils n'en poursuivent pas moins leur voyage et, à Médina del Campo, la chaude et solennelle réception qui leur est faite les encourage dans la voie qui leur a
1. « Les provinces de Viscaj'e et Lipusque [Guipuscoa] attendent le entrée du prince et que les einvoye mander que faisent pour son service comme leur primogenit et seigneur auquel aveques loyaulté désirent servir en autre forme que aulcunx veneraulx prêchent et divulgent contraire de cessi pour indigner. Le roy mon soubrain einvoya prier à son filz le prince, et ainssi madame la Reyne, que il garde son secret et ne goices de impourtance de -chacun que souspicion se peut mètre ainssi de sestz roj'aumes comme de cestz vostres de France, pour ce que il y ha heines rompus et sanz confiance, et ainssi de tous ceulz que amisté, volunté o parcialité teignent aveques le roy d'Aragon son oncle et ceulx que le seugent » (Bibliothèque nationale, ms. latin 6024, fo 158).
2. Sur la participation de ce personnage, voir Lettres de Louis XL t. IV, p 356.
3. Sitges, p. 210. L'auteur de ce volume appelle le seigneur de Malicorne « Juan de Albi », peut-être faisant une singulière confusion avec le cardinal-évêque d'Albi.
4. C'est d'ailleurs Louis XI qui contribue aux frais de déplacement des envoyés spéciaux de son frère: « A Monseigneur le duc deGuyene, pour partie des frais qu'il luy conviendra faire pour l'ambassade qu'il a envoyé en Espagne » (Bibliothèque nationale, ms. français 32511, f« 292); — ((Monsieur le cardinal d'Alby, pour un voyage en Espagne, 111^ XLIÏI 1. XV s. » (Idem, f" 292 vo); — (( A Monseigneur Charles de France, II'" IlII^ LXVIII I. XV s. pour partie de quatre mil livres pour certaine ambaxade qu'il envoya en Espagne avec celle du roy » (Idem, f'J 318).— Au mois de janvier précédent, le duc avait lui-même fait ordonnancer une somme de 750 livres pour pareille -dépense {Revue des autographes, Eug. Charavay, n" 167, juin 1894, n"> 118; Archives historiques de la Gironde, XXX, 1895, p. 20).
5. Ce voyage a été raconté déjà, d'après les chroniques espagnoles, par Daumet, Etude sur l'alliance de la France et de la Castille au XIV^ et au
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été tracée ; le grand maître marquis de Villena, l'évèque de Siguenza (Pedro Gonzalez de Mendoza), les comtes de Benavente et de Miranda, d'autres encore, sont sortis de la ville pour aller à leur rencontre. Trois jours après, réception par le roi de Castille et sa cour des plénipotentiaires français ; le cardinal prend la parole et demande officiellement la main de l'infante Juana pour Charles de France. Malgré quelques passages de ce discours relatifs à D'' Isabel et au fils du roi d'Aragon, dont le chroniqueur espagnol souligne la malveillance ^ le roi de Castille répondit fort gracieusement et désigna, pour préparer et régler les décisions à prendre en vue de l'accomplissement des formalités, le grand maître marquis de Villena, l'archevêque de Séville et l'évèque de Siguenza. Après la signature des actes et la fin des négociations préliminaires, la cour et les ambassadeurs partirent pour Ségo vie 2, et de là (20 octobre) pour la (Chartreuse de Sotos-Albos ^ où fut amenée la jeune princesse de Castille ^ Xa cérémonie des fiançailles eut lieu le 26 '^, en plein air, dans la vallée du Lozoya ^; Henri IV y déclare solennellement que D"* Juana est bien sa fille légitime et l'héritière du royaume '^, tandis que les grands personnages présents, membres du conseil de Castille, et le grand maître en tête, prêtent serment de fidélité à ladite infante et la reconnaissent comme héritière légitime de la couronne; un acte notarié en est aussitôt dressé ^. Le cortège reprit ensuite le chemin de
XV^ siècle (1898), pp. 112-113 Nous nous référons à ce bon travail auquel nous nous conlentons d'apporter quelques modifications de détail.
1. Nous ne possédons pas le texte du discours ; nous ne le connaissons que par Castille (chap. 145) et par Valera (cliap. 57), lequel se contente de dire: « y entre las otras cosas dixo algunas injuriosas al principe D. Fernando é a la princesa D'^ Isabel \^ al arzobispo de Toledo, é atacaba de malicia é de infidelidad â la gente de Espaila ».