LA MISSION DE DU BOUCHAGE
bles agissements de ses mauvais conseillers. On possède, — • ce qui est assez rare, — le texte de l'instruction officielle, destinée à être connue de Charles de France, et celui des ordres secrets remis à Du Bouchage '. Ces deux documents, assez développés -, dilièrent peu l'un de l'autre. Ils nous font à merveille discerner les sentiments des personnages qui gravitent autour de ce foyer d'intrigues ; ils permettent d'étudier à fond les moyens employés pour arriver à briser les effets de l'adversaire. A son habitude, Louis XI se montre doucereux et cauteleux ; il rappelle les énormes avantages qu'il a concédés à son frère en lui octroyant l'apanage de Guyenne ; il l'assure hypocritement qu'il n'y a jamais eu chez lui l'ombre de défiance à son égard, mais qu'au contraire son plus grand désir est de vivre en bonne intelligence avec son frère ; il rappelle le serment que tous deux ont prêté, et qui doit être tenu de part et d'autre ; il met en avant la haine toujours témoignée par les Bourguignons et les Anglais à l'égard du royaume de France ; il l'invite à renoncer à la dispense de mariage qu'il a sollicitée, même dans le cas où le pape la lui accorderait, afin de n'être pas parjure à son serment ; il autorise son envoyé à lui faire entrevoir que, s'il y veut consentir en jurant complète fidélité, il aura « puissance en tout le royaume de France autant ou plus » que le roi lui-même ; il n'oublie pas de lui faire observer que le duc de Bourgogne est encore jeune, marié à une femme capable d'avoir des enfants, qu'en conséquence, s'il advenait un fils à Charles le Téméraire, la succession de Bourgogne lui échapperait totalement et tout le profit à retirer du mariage projeté, « où il ne poura avoir grant plaisance », deviendrait nul ; il insinue enfin qu'il « est plus à croyre que autrement qu'il n'aura jamais enfens, et, quant il en aura, pourront estre subgectz et la personne de mondit seigneur à beaucop de dangers et maladies de leurs personnes » ^. Quel
1. B. de Mandrot, Imhert de Batarnay, seigneur du Bouchage (1886). p. 39, — Cf. Bibliothèque nationale, ms. français 2902, f** 1 (Vaesen, Lettres de Louis XI, t. IV, p. 352), et ms. français 2907, f^ 1. L'édition de Commines par Lenglet-Dufresnoy, t. III, p. lôO, donne le texte de ces instructions d'après la copie de l'abbé Legrand.