‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 456 sur 598 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'infortuné duc de Guyenne ne devait pas jouir longtemps des avantages consentis par son frère. Ses anciens alliés, déplorant sa réconciliation momentanée, n'eurent point de cesse qu'ils n'aient entendu le tonnerre gronder de nouveau après l'accalmie temporaire dont ils n'appréciaient pas les bienfaits, désireux qu'ils étaient de reprendre avec acharnement la lutte contre Louis XI. Le duc de Bourgogne prit les devants. Deux de ses ambassadeurs, Jacques de Luxembourg et Pierre de Miraumont ^ ont reçu mission de chercher à savoir si le roi a tenu ses engagements et si le duc de Guyenne est satisfait de son sort ; de démentir le bruit, qui a sans doute pris naissance en France, d'après lequel Charles le Téméraire aurait eu l'intention de s'arroger sur les affaires du royaume une influence prépondérante - ; d'offrir l'ordre de la Toison d'or à Charles de France déjà pourvu par son frère de l'ordre de Saint-Michel ; de lui proposer la main de Marie de Bourgogne -'; de signer enfin avec lui de fécondes et nouvelles alliances au nom de leur maître.

1. Journal de Jean de Roye (interpolations), t. Il, p. 220. — L'éditeur, B. de Mandrot, suppose avec raison qu'il faut lire «Pierre de Miraumont » là oij le chroniqueur a écrit « Pierre de Remiremont ». Voir ci-dessus p. 247. Sur Guillaume de Miraumont, voir Bibliothèque nationale, ms. français 5725, f^ 27.

2. Ses menées et ses relations sont toujours suspectes ; en janvier 1470 sont arrêtés par ordre du roi des serviteurs du comte d'Armagnac qui se rendaient à la cour de Bourgogne (Bibliothèque nationale, ms. français 6758, f'12 V")- — Dans le même temps, le bruit court, dans le pays de Bresse et à Lyon, que la guerre va éclater entre Charles de France et le duc de Bourgogne ; aussi voit-on les Bourguignons et les Savoyards abandonner précipitamment Lyon (Archives municipales de Bourg-en-Bresse, BB 13, f*>41).

3. Bibliothèque nationale, ms. italien 1649, f« 252 (voir ci-dessus pp. 274 et 399).

Dans le même temps, Louis XI, qui fait très exactement délivrer chaque trimestre à son frère sa pension *, ne reste pas inactif; comme on la vu plus haut-, il envoie des ambassadeurs à Saint-Jean-d'Angély, où réside son frère. Trop crédule, celui-ci a la naïveté de leur confier le texte des propositions dont les ambassadeurs bourguignons sont porteurs et de la réponse très favorable, très sage et très raisonnable, qu'il a décidé de leur faire.

Il ne paraît donc pas y avoir une ombre au tableau dans les relations des deux frères ^ ; l'atmosphère est sereine, la paix règne, malgré les tentatives et les suggestions contraires. Le duc de Guyenne tient le serment qu'il a prêté sur la croix de Saint- Laud. Sollicité par des messagers fréquents*, il est venu en personne ^, accompagné de quelques fidèles, rendre visite au roi, à Montilz-lez-Tours ; il l'a accompagné à Amboise*^'. Le roi fait acheter du drap (décembre 1469) pour calfeutrer les fenêtres des chambres où son frère doit loger ", eu égard à la rigueur de la saison ; il pousse la gracieuseté jusqu'à envoyer chercher chez un apothicaire de Tours, Guyon Moreau, « plusieurs eaues rozes d'espic, vin aigre rozat et autres choses odorantes par lui baillées et délivrées pour mettre et odorer les chambres où le

1. Voir un reçu de 6000 livres pour un trimestre de sa pension accordée au titre de liste civile, signé le 29 novembre 1469 (Bibliothèque nationale, ms. français 20415, n^ 85 ; Pièce justificative n'> LXXX). Cf., pour l'année 1470, ms. français 32511, fo 317.

Page 1