‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 481 sur 598 · MORT DE COLETTE DE CHAMBES · texte numérisé non relu

MORT DE COLETTE DE CHAMBES

quelques. ^niois plus lard \ et elle <( jasoit en une petite chambre près le portai du chasteau » de Saint-Sever. Elle se sentit si atteinte qu'elle prit ses dispositions en vue du règlement de sa succession. Le 14 décembre 1471, elle dicta son testament dont on connaît les termes, en présence de Roland Le Cozic, dominicain, confesseur du duc de Guyenne, de Richard Pillet, augustin, confesseur de la princesse de Viane, de Jean Boucicaut ^ de Guiot Caillou, seigneur de Bellejoie, son cousin et échanson du duc, de Henrj^ de La Roche, écuyer de cuisine, de Jean Ajot, son chapelain. Cette manifestation de dernière volonté mentionne quelques dons particuliers, notamment à ses deux sœurs, à ses demoiselles d'honneur, à sa femme de chambre, à son écuyer d'écurie, à Guillaume Chabot, prévôt de Saint-Sever, pour le remercier des services qu'il lui a rendus ; elle recommande que l'on paie à un marchand de Toulouse ce qui lui est dû pour un achat de vaisselle d'argent encore non réglé ; elle nomme ses exécuteurs testamentaires qui sont, avec le duc de Guyenne, Odet d'Aydie, Geoffroy de Pompadour, évèque de Périgueux, Jourdain Faure, abbé de Saint-Jean-d'Angély, Roger de Gramont, écuyer, ma^ réchal de Navarre, et Jean Boucicaut déjà nommé ■'. Il était temps : la malade rendait, peu d'heures après, le dernier soupir.

Les obsèques eurent lieu le 16, cent chapelains dirent chacun une messe à son intention, et un service complémentaire fut célébré le lendemain. On enterra son corps dans une chapelle de l'église du lieu, que l'on décora d'écussons à ses armes; et ce fut le maître d'hôtel Pierre de Corquilleroy qui régla

1. « L'un des serviteurs de mondit seigneur dit que touz les huit jours il convient saigner la dame de Thouars du dedans des banljxvres, et que son sang est le plus mauvais du monde ». (Bibliothèque nationale, ms. français 2899, fo 29). — Voir, pour plus de détails, le chapitre suivant.

2. Voir un mandement de Charles de Guyenne à son trésorier des guerres de pa\er cent livres tournois à Jean Boucicaut, chevalier, exécuteur testamentaire de Colette de Chambes, 18 janvier 1472 (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 655, Chambes, n" 38 ; I^ièce justificative n" CXXXVIIIi.

3. Original aux Archives du château de Sourches ; publ. par Ledru, ouvr. cité, p. 35.

toute la dépense : elle lui fut remboursée le 8 février^uivant ^ Le 23 décembre, le duc écrit à son trésorier ^ pour réclamer le montant de la pension qui aurait dû être payée à Colette de Chambes pour le dernier trimestre de 1471, et l'avertir qu'il lui fera connaître ses intentions à ce sujet pour l'avenir.

Charles était malade, lui aussi, et assez sérieusement ^. Il quitte Saint-Sever et établit de préférence sa résidence à Montde-Marsan à partir du jour du décès de sa maîtresse. Si son état l'empêche de prendre une part active à la politique, il fait surveiller du moins les agissements de son frère, mais il affirme qu'il n'a nulle intention de lui faire la guerre, qu'il se défendra seulement si on l'attaque et si on veut lui enlever son apanage ; il ne se prive pas, entre temps, de menacer ceux de ses vassaux qui, comme on le dit de M. de La Rochefoucauld *, manifestent l'intention de lever à l'insu du duc des hommes d'armes dans leurs domaines et de soustraire leurs châteaux à son obéissance : ceux qui s'en aviseront auront à s'en repentir, et il pourra leur en coûter leurs possessions.

Ces mesures s'expliquent assez par la présence d'une armée royale qui, sous la conduite du bâtard Louis de Bourbon, se dirige vers la Guyenne, occupe déjà Marans et une partie de la Saintonge ^, mais s'arrête en chemin à la nouvelle, d'ailleurs fausse, de la mort de Charles de France (décembre 1471) ; si elle eût été vraie, la campagne devenait inutile, puisque le

1. Bibliothèque nationale, ms. français 20855, p. 116; Pièce justificative n^ CXXXIII.

2. Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 655, doss. 15391, Chambes, n" 39 ; Pièce justificative n» CXXXV.

3. Dès le mois de mars 1471 on trouve cette mention des comptes royaux : « A maistre Jehan de Laon, cirurgien de monseigneur le duc de Guyenne, la somme de XIII livres XV sols tournois pour dix escuz d'or que le ro}' nostre sire lui a donnée le deuxiesme jour dudit mois de mars pour luy aider à soj' en aller devers mondit seigneur de Guienne » (Bibliothèque nationale, ms. français 6759, f** 65 v"). — Charles de France n'en continuait pas moins à recevoir les soins réguliers de son premier médecin Robert Du Lyon, à qui il avait donné, outre ses gages de 50 livres par mois, l'office sans doute rémunérateur de comptable de Bordeaux (Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 1781, doss. n» 41185;.

4. Bibliothèque nationale, coll. Dupu3% vol. 762, f<J 109; Pièce justificative DO CXXXIi.

Page 1