‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 491 sur 598 · LOUIS XI DEVANT LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

LOUIS XI DEVANT LA ROCHELLE

prêter le serment de fidélité, « avec toutes dispenses de celui qu'ils dévoient au roi » ; aujourd'hui ils supplient le roi de ne point les contraindre à le reconnaître de nouveau pour seigneur et maître avant qu'ils ne soient informés si Charles de Guyenne est mort ou vivant. Avant tout, il s'agissait de ne pas se mettre dans un mauvais cas. Mais cette attitude ne satisfit pas Louis XI, comme bien on pense. Il répondit aux députés de la ville que, son frère mort ou vivant, il entendait entrer à La Rochelle et en prendre possession; car, son frère refusant d'exécuter la promesse qu'il avait signée de lui rendre le comté de Comminges* en échange d'une partie de l'apanage dont il jouissait de par sa grâce, il se voyait dans l'obligation de se faire justice lui-même et de reprendre cet apanage. Il insista donc pour entrer immédiatement. Sur le désir exprimé à nouveau par les députés qui prièrent le roi de vouloir bien attendre qu'ils en eussent référé au maire et aux échevins, Louis XI y accéda et leur remit immédiatement une lettre par laquelle il intimait aux représentants de la cité d'avoir à lui prêter obéissance, à le reconnaître pour unique seigneur, à lui remettre les clefs, sous peine d'être considérés comme rebelles et coupables de lèse-majesté, et de voir leur ville détruite et mise à sac sans autre forme de procès; il attendrait leur réponse à Bourgneufjusqu'au lendemain.

Les trois élus rentrèrent à La Rochelle, un peu penauds sans doute, porteurs de la lettre royale dont communication fut donnée au conseil (23 mai) qui en délibéra ; vite on prit la résolution d'aller le lendemain au rendez-vous assigné, à Bourgneuf, pour supplier le roi de surseoir à son entrée et à sa prise de possession jusqu'à ce qu'ils eussent eu le temps de prévenir le duc de Guyenne, auquel ils avaient juré fidélité avec cette restriction toutefois que le serment de fidélité n'excluait pas l'obéissance première due au roi. Ainsi fut fait. Mais de telles représentations, de tels atermoiements n'étaient guère pour plaire à un monarque pointilleux et autoritaire. Courroucé de voir ses vo-

1. Les lettres du 29 avril 1469 et le traité de Coulonges-les- Royaux avaient exclu tout d'abord le comté de Comminges de l'apanage de Guyenne.

2. Entre Surgères et La Rochelle, à 13 kilomètres de cette dernière ville (cant. de La Jarrie).

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lontés mal interprétées, considérant ces délais réclamés comme des refus offensants, Louis XI reporta toute sa colère sur la personne de Jean Langlois, seigneur d'Angliers et procureur général du duc de Guyenne en Saintonge, qu'il ne connaissait pas mais qu'il considérait, à tort ou à raison, d'après les rapports qu'on lui en faisait sans doute, comme ayant inspiré la décision des échevins de La Rochelle : et, pour mettre fin à tant de vains pourparlers, il déclara formellement son intention de prendre la ville et d'y faire son entrée le lendemain.

Youdra-t-on blâmer les Rochelais de leur conduite ? Elle fut digne et conforme à leurs intérêts bien entendus. Ils avaient juré obéissance au duc de Guyenne et ils n'avaient qu'une parole. Mais qu'importait à Louis XI? Il avait décidé la conquête de la Saintonge, il était le maître, et des considérations de ce genre l'inquiétaient peu. Toutefois, il daigna avoir égard aux susceptibilités des Rochelais, qu'il avait au fond besoin de ménager, et le lendemain, avant de quitter Bourgneuf, il délivra des lettres patentes, expédiées aussitôt au maire de La Rochelle, par lesquelles il réunit à la couronne la ville et le gouvernement, confirma ses privilèges anciens, prérogatives et droits quelconques, promit en son nom et au nom de ses successeurs de ne plus jamais l'aliéner par dotation d'apanage ni autrement, et de venir la secourir de tout son pouvoir le jour où elle viendrait à être attaquée ou assiégée K Le même jour encore, il ordonna une main levée des biens qui avaient pu être saisis ou confisqués sur tel ou tel de ses habitants.

Ces réconfortantes déclarations obligèrent les habitants à capituler, mais ils n'y mirent aucune bonne grâce. Pour bien témoigner de leurs sentiments et prouver qu'ils ne cédaient qu'à la force, ils décidèrent de ne faire aucun préparatif de réjouissance, comme il était d'usage lors d'une entrée royale. On vit seulement le maire, les échevins et les officiers, avec quelques notables, aller au devant du monarque à la porte de Cougnes, la même à laquelle Louis de Crussol et Lescun s'étaient présentés trois ans auparavant. Le maire Gobert Cadiot le salua au nom de tous, le supplia de prêter le serment accoutumé :

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