PREMIÈRE VICTOIRE DE LOUIS XI
ce que le roi s'empressa de taire. Aussitôt le maire de jurer à son tour fidélité. Quel contraste avec la cérémonie d'apparat en l'honneur de Charles de Guyenne ! L'entrée s'accomplit sans solennité, après un récitatif de prières en l'église de Cougnes; et, tandis que le roi était en oraison, il vit le procureur générai Jean Langlois s'avancer vers lui, se jeter à ses pieds, lui demander pardon de l'oflense qu'il avait pu commettre à son égard. Louis XI entra alors dans une violente colère contre cet homme qu'il avait accusé de sourdes machinations contre son autorité, mais, considérant le respect dû au saint lieu et à l'image de la Vierge devant laquelle il venait de se prosterner, il se radoucit tout aussitôt et accorda le pardon sollicité. Puis il remonta à cheval, suivi des échevins et notables, et fut conduit au logis du sénéchal Jean Mérichon ^ où il demeura quelques jours.
Mais, après ce récit, que faut-il penser des soi-disant sentiments royalistes de la population rochelaise ? Tout au contraire, en cédant à la volonté royale, forcée et contrainte, elle redoutait à jamais l'inimitié du duc Charles à qui elle ne voulait pas déplaire, lorsque la nouvelle de la mort du duc se répandit en ville. Ce fut un grand soulagement pour Gobert Cadiot et ses administrés. Louis XI profita de son séjour pour octroyer aux Rochelais de nouveaux privilèges, commerciaux et autres, et pour confirmer Jean Mérichon dans ses fonctions ; l'habileté de sa politique se manifestait dans ces heureuses dispositions bien faites pour se concilier la population ^.
Par la mort de son frère, Louis XI n'était débarrassé que du moins dangereux de ses adversaires, tandis que les autres n'entendaient pas désarmer. Du moins la nouvelle coalition qu'ils avaient formée contre lui en 1471 n'avait-elle point donné les résultats attendus. Tant que le roi avait tenu son frère en chartre
1. L'hôtel Mérichon, dit aussi d'Uré ou de Brétineau, construit en 1452, était situé derrière Saint-Barthélémy ; les transformations de la ville n'en ont pas laissé de trace. Cf. Jourdan, Ephémérides rochelaises (1SQ\), pp. 1, 130 et 338.
2. Cf. un « roolle et services et devoirs advenuz au roy par le trespas de feu monseigneur le duc de Guienne en la seneschausié de Sainctonge au siège de Sainctes en l'année commençant à la feste de saiuct Jehan Baptiste 1472 » (Bibliothèque nationale, ms. français 23263, f» 20).
privée, il avait pu compter sur sa fidélité ; mais cette tutelle devait paraître pénible à un prince sollicité de tous côtés de s'en délivrer pour recouvrer son indépendance. On sourit volontiers lorsqu'on voit des historiens vanter la « politique toujours loyale et désintéressée du roi » * ; c'est un aveuglement étrange qui les fait parler ainsi ; c'est une singulière doctrine, qui veut persuader que le succès purifie tout.