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LES CAUSES DE LA MORT

langueur d'origine tuberculeuse. Mais, peut-être y eut-il à cette mort prématurée une autre cause, due au développement d'une maladie vénérienne qui aurait, cinq mois plus tôt, emporté sa maîtresse. Un passage de la relation d'Arnold de Lalaing ^ qu'on peut dire absolument contemporaine, permet de croire à cette nature du mal ; les manifestations particulières qu'elle signale, notamment la chutef rapide des ongles, des dents et des poils sur tout le corps, doivent en avoir été la conséquence immédiate '2. Si l'on en rapprocbe les termes d'un rapport transmis au roi dans le courant du mois précédent^ sur la santé de Colette de Chambes, on saura à quoi s'en tenir sur la légende de la pêche et sur l'influence d'une ou peut-être de deux maladies sur un corps déjà fortement débilité ; et, s'il faut en croire certains maîtres en l'art de la médecine ^ on trouvera là l'explication naturelle d'un décès dont les causes ont été longtemps cherchées sans raison ailleurs et ont fourni matière à des suppositions inadmissibles ^.

Aux observations déjà faites à ce sujet, aux propositions

1. Marq. Freher, Germanicarum reriim Scriptores, t. II (Argentorati, 1717), f" 305 ; reproduit par l'édition de 1747 des Mémoires de Commines par Lenglet-Dufresnoy, t. III, p. 261 : « Ipse frater proximis annis miseranda peste consumptus mortem obiit ; œgrotabat graviter et morbi ignoto génère, decidere ungues capillique defluere ».

2. S. Ljubic, D'spacci di Liica di Tolleniis. vtscovo di SebenicOy e de Lionello Cheregato, vescovo di Trau^ niinzi apostolici in Boigogna e nelle Fiandre (Zagabria, 1876, in-8), p. 17 ; « Scribebam de casu ducis Aquitanie, qui extremum diem finivit crudelissima morte ; perdidit dentés, ungulas et omnes crines pilosque corporis sui, et effectus totum corpus tanquam massa carnfs. Res inaudita et crudelissima refertur .» Dans une dépêche précédente du 7 juin, xlatée d'Arras, le même ambassadeur avait annoncé (p. 13) que la vie du duc de Guyenne avait été mise en danger « primo per fassin^tiones vel magias, secundo per venenum ».

3. Cité dans le Bulletin de la Société des archives historiques de la Saintonge, t. IV (1884), p. 172, d'après un original de l'ancienne collection Béthunc.

4. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1882, p. 199.

5. Il est très surprenant que le D'' Cabanes, dans ses Morts mystérieuses de l'histoire, 1"^ série (1901 ; nouv. édit., 1910), n'ait pas été attiré par ce cas particulier, alors qu'il a consacré des chapitres spéciaux à la mort de Charles VII et à celle de Charles le Téméraire, qui ne furent rien moins que mystérieuses. Incidemment seulement, dans une note, il déclare que Charles de Guyenne décéda « de fièvre quarte », sans plus.

déjà émises, on peut ajouler un texte contemporain, non suspect de malveillance : c'est un petit traité composé en l'honneur de Charles de France et dédié à son chancelier l'évêque d'Angers, où l'auteur, en termes à peine déguisés, signale les appétits libidineux du duc, son tempérament particulièrement sensuel, et les graves conséquences ( grauissimos morbos) que peuvent amener l'inconduite et le libertinage ' . Un tel langage ne s'expliquerait pas, sous une telle plume, si le mal dont le duc de Guyenne fut atteint et mourut n'était pas une affection particulière que l'on a cru longtemps, et bien à tort, d'importation italienne. Sur une nature pauvre, chétive, dégénérée ^, ce mal ne pouvait avoir que plus de prise et plus d'effet immédiat.

Le lieu et la date de cette mort n'auraient pas dû être difficiles à déterminer. Mais beaucoup de biographes ont été induits en erreur par les contemporains eux-mêmes, car là nouvelle en a été répandue prématurément et les chroniqueurs ont permis à cette erreur de s'accréditer. Commines 3, tout le premier, a trompé ses lecteurs en racontant que Charles le Téméraire, étant à Douai le 15 mai 1472, y reçut des lettres de Simon de Quingey l'informant de l'événement, tandis que, dans son Journal *, Jean de Roye affirme Louis XI prévenu dès le 14. Le général des finances de Normandie, Guillaume Le Picart, l'annonce de Rouen, le 15, à Bourré •^, d'ailleurs sans émotion

1. « Dulciaquidem, non quia sensum nimium délectant, a medicisgustari prohibentur, sed quia multa capta gravissimos morbos efficere soient ; sic voluptatibus aliquando frui prohibemur, ne omnino perpetuis volupta-

tibus careamus Eos itaque qui voluptatis naturam cognoverunt ne

molestias aliquando subean^, voluptates adipiscendas effugisse videmus, sed labores et molestias censent esse ferendos, aut ne voluptates omnino amittant, aut in morbos graviores cadant, importuna voluptate devicti. » (Bibliothèque nationale, ms. latin 18338, f« lOj.

2. Rappelons que, dans sa jeunesse, Charles de France souffrit d'une maladie qui inquiéta beaucoup son père (voir ci-dessus, chap. l^»') .

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