LA DATE DE LA MORT
ni regrets. Bien plus, d après le recueil des Lettres de Louis XI ^ le roi l'aurait lui-même fait connaître par courrier spécial aux habitants de Rayonne, — et à d'autres en même temps sans aucun doute, — dès le 18 mai, sans aucun commentaire. Le roi était-il mal renseigné ? On peut difficilement l'imaginer. Prenait-il ses désirs pour des réalités ? Il était dangereux de se hâter. Un courtisan maladroit, — en l'espèce M. de Malicorne, — voulait-il paraître le premier informé ?rant de précipitation pouvait être fâcheuse pour qui s'y adonnait. La lettre royale, dont nous ne possédons que des copies, est-elle mal datée ? On serait tenté d'adopter cette solution - si l'on ne voyait pas une sérieuse et indiscutable concordance entre sa date et la nouvelle lancée dès le 14 mai. Il reste donc là un mystère à éclaircir.
En réalité, le décès est du 24 mai, et toutes les autres dates proposées sont inopérantes. Un ambassadeur italien accrédité auprès de Louis XI, très bien renseigné puisqu'il est en relations permanentes et officielles avec le roi, est presque exact quand il annonce au duc de Milan « qu'aujourd'hui 27 mai, en route pour Bordeaux et arrivé à Saintes, le roi vient d'être avisé de la mort du duc de Guyenne, survenue le 25 courant ^ ». Il ne s'agit plus que d'une différence de quelques heures *. Parmi les
1. Edition Vaesen, t. IV, p. 326 : (( Nous avons sceu la mort de nostre beau frère, dont Dieu ayt l'aine ».
2. Elle paraît ressortir du fait que, en même temps que Louis XI écrivait de Montreuil-Bellay la nouvelle de la mort, il aurait écrit de Montilslez-Tours le même jour à Dammartin : « J'ay eu nouvelles que monseigneur de Guienne se meurt, et qu'il n'y a point de remède en son fait..., et ne croj't pas qu'il soit vif à quinze jours d'icy ». Ce qui est parfaitement inadmissible.
3. Bibliothèque nationale, ms. italien 1649, f" 284 v" : « Essendo hogi in cammino questo christianissimo Signore Re per tirare verso Bordeos, ha ha\Tito adviso certo délia morte del quondam duca di Ghienna, quale rese l'anima al omnipotente Dio a li XXV del présente. Requiescat in pace. Chiamatomi immédiate Sua Maiestà a cavallo, entro molto domesticamente in ragionamento con mi di queste sue cose, elle si adirizavano a si buono cammino, con dirmi al orechia che dato ordine al governo, di questa ducca di Ghienna, quale interamente è tornata al obedientia di sua Maiestà immédiate, poi se aridizaria in Angio per prendere in sue mani et le terre et el paese » .
4. Des chevaucheurs partirent dans toutes les directions pour annoncer l'événement. Celui qui devait informer Gaston Du Lyon le rencontra dans une petite localité que Guillaume Leseur appelle « Montguilhen, à deux petites lieues de Saint-Sever )), mais qu'il faut lire Montgaillard tLandes, canton de Saint-Sever).
témoins immédiats, il en est deux à qui nous pouvons accorder toute confiance, puisqu'ils se confirment l'un l'autre. Ainsi la Chronique de Blage ' spécifie que le duc a rendu son àme à Dieu le dimanche 24 mai, (( environ huict ou neuf heures de nuict )). Un notaire bordelais, d'autre part, le lendemain même de l'événement, a jugé à propos de le mentionner sur un de ses registres - sous cette forme, sèche mais nette : « Le XXIIIP jour de mai, jour de la Trinité, entre dix et onze heures devers le soir, Charles, filz et frère de roys de France, ala de vie à trespassement, luy estant au cliasteau du Ha à Bourdeaulx * ».
Avant de mourir, (Charles de France a rédigé son testament, daté du 14, du 23 ou du 24 mai suivant les différentes sources ^ ; le 24 paraît plus vraisemblable. Dans ce document, dont il ne semble pas qu'on doive suspecter l'authenticité, il demande à être enterré devant le grand autel en l'église
1. « Le XXIIIF jour du moys de maj^ par ung dimanche, jour de la sainte Trinité, environ huit ou neuf heures de nuict, l'an mil III^ LXXIl, ledit seigneur de Guienne rendit l'ame à Dieu au château du Ha à Bordeaux.» (Archives municipales de Hlaye, AA 1 ; publ. dans les Archives historiques de la Gironde, t, XII, p. 18).
2. Archives départementales de la Gironde, série E ; Registre du notaire Fontanel, 2'' partie du registre, f'^74 v». — La Chronique bordeloise de Gabriel de Lurbe (Bordeaux, 1594, in-8), dont la valeur est médiocre puisqu'elle a été écrite longtemps après les événements, parle sans raison apparente du 12 mai. Quant à Jean de Gaufreteau, dont la Chronique bordelaise a été publiée de nos jours, t. I (1876), p. 28, il n'indique pas le jour du décès, mais il relate les soupçons de (( supercherie » et d'empoisonnement. — Il n'y a pas lieu de tenir compte des opinions contraires, par exemple de M'*® Dupont (édition de Jean de Wavrin, t. III, p. 268), qui place le décès au 12 mars, en critiquant l'opinion de Dom Vaissète et celle de Quicherat. Notons seulement que la véritable date a été déjà adoptée par Samaran, La maison d'Armagnac au XV^ siècle, p. 356, n. 2, et par Calmette, Louis XI, Jean II et la Révolution catalane, p. 356, n. 2.
3. Certains auteurs locaux ont inutilement discuté sur le lieu de la mort, qui n'est pas douteux ; cf. Bulletin de la Société des archives historiques de la Saintonr/e et de VAunis, t. IV, p. 167.
4. On en trouve le texte imprimé dans le Journal de Jean de Roye, édit. de Mandrot, t. II, pp. 281-285 (d'après le ms. 481 du fonds Clairambault, f" 285), et dans les Archives curieuses de l'histoire de France de Cimber et Danjou, t. I, l»c série, pp. 41-44. Parmi les textes manuscrits, on peut citer les copies très postérieures de la Bibliothèque nationale, coll. Bourgogne, vol. 95, p. 1295, et de la Bibliothèque du Musée Condé, à Chantilly» ms. 866 (in fine). — Pièce justificative n» CXLV.