Thomas Basin, Histoire, t. II, p
2. On a même mis sur le compte du duc de Bretagne toute l'affaire, si l'on en croit le nonce apostolique Lucas de Tollentis dans sa dépêche du 12 décembre 1472 (Ljubié, ouvr. cité, p. 31) : « ex processu facto per ducem Britanie in abbatem Sancti Johannis Burdigalensis [sic] et scutiferum coquine ducis Âquitanie ».
o. Jean Le Clerc, l'interpolateur de la Chronique scandaleuse i Jean de Roj'e, édit. de Mandrot, t. II, p. 286) reproduit les paroles qu'Odet d'Aydie aurait prononcées en amenant les deux prisonniers au duc de Bretagne : « En vengeance de monseigneur le duc de Guienne et de vous, monseigneur mon maistre, qui avez perdu vostre très cher et parfait amy, et aussi pour ce que vous qui estes vivant et luv' estiés mes maistres droicturiers, je vous amené les meurdriers de leur maistre et seigneur pour estre pugniz comme on doit faire à telz gens, pour donner exemple à toutes gens usant de ceste faulceté ; lequel duc trespassé estoit indigne de celluy meffait et martire, et requiert et peut requérir son ame à Dieu que justice en soit faicte. Si prie à Dieu que luy doint grâce d'ouvrir ses yeulx à veoir ce que je fais à mon povoir touchant sa vengeance )). Et la réponse du duc aurait été : (( Ils auront le loyer qu'ilz ont mérité, et vouldroie que je tenisse aussi bien entre mes mains ceulx qui leur ont fait faire que j'ay ceulx ycy, car je ne les lesseroye point aller sans pleige, et croy qu'il n'y a homme en chrestienté qui les sceust plegier ». 11 est difficile de ne pas exprimer quelques doutes au sujet de l'authenticité de cette conservation.
4. Sur le Bouffaj', voir Annales de la Société académique de NanteSy t. XXXV (1864), p. 249, et Revue de Bretagne et de Vendée, 2^ série, t. VII-VIII.
T). D'Argentré et Alain Bouchart.
LES PRESUMES COUPABLES
réserve : un orage d'une extraordinaire violence s'étant déchaîné sur la ville de Nantes pendant une nuit, la foudre serait tombée sur la prison et aurait atteint l'abbé de Saint-Jeand'Angély que l'on trouva, le lendemain matin, roide mort, « estendu sur le carreau, la langue tirée, le visage noir comme charbon, enflé et hydeux ». Auparavant, il aurait fait à l'un de ses geôliers d'étranges confidences. D'autre part, d'après l'interpolateur de la Chronique scandaleuse ', la fin de Jourdain Faure serait tout autre : depuis longtemps privé de la liberté, désespéré, il se serait pendu à une poutre de la chambre où il était détenu, et aurait en mourant avoué son crime -. On peut se demander si dans cette circonstance le poison n'aurait pas agi. Nous sommes ici en plein domaine de la légende, je le crains, mais, ce qui est sûr, c'est que le présumé coupable ne reparut jamais, non plus que Henry de La Roche ^. Celui-ci expia son pré-
l.Tome II, p. 286.
2. On cite même les paroles qu'il aurai", prononcées en mourant, mais quel témoin digne de foi les aurait donc entendues ? Et s'il 3' avait un témoin, comment ne l'a-t-il pas arrêté dans son projet de suicide, ou tout au moins n'a-t-il pas empêché que la mort fit son (cuvre ? P'audrait-il supposer une étrange complicité ?
3. Nul historien n'a parlé jusqu'ici, dans les questions relatives au procès de Jourdain Faure, de l'intervention de Pierre Xollet, chanoine d'Abbeville et chapelain du Dauphin, qui aurait été le dénonciateur de Jourdain Faure à l'autorité ecclésiastique : c'est ce qui ressort d'une bulle que Sixte IV, convaincu de l'empoisonnement, lança pour soustraire l'abbé à l'excommunication prononcée contre lui. Mais Corabet, qui a découvert et publié ce document (Louis XI et le Saint-Siège, p. 123), s'est singulièrement trompé en donnant comme complices à Jourdain Faure deux personnages bien connus pour leur zèle et leur attachement au duc de Guj'enne, ^F' Ythier Marchant et Jean Hardy son clerc, dont la vie ne lut sans doute pas exempte de reproches mais qu'on ne saurait accuser d'avoir trahi leur maître. Combet a confondu avec la tentative de meurtre dont ces deux personnages se rendirent plus tard coupables contre Louis XI ; cf. Bibliothèque nationale, ms. français 20685, f« 527, et 21386. f« 122 ; et Archives nationales, Zi" 29, P 128 : « Ce jour de jeudi (XÏIF janvier mil CCCCLXXIII), environ deux heures de relevée, fut admené devant l'ostel de céans en la place de Grève Jehan Hardy, clerc de maistre Ythier Marchant, de présent tenant le party contraire du Roy nostre Sire, envoyé par ledit seigneur à ladite ville soubz la garde et conduicte de noble homme Jehan Blosset, escuier, seigneur du Plessis Pâté, cappitaine de la garde françoise dudit seigneur, acompaigné d'environ cinquante des archers de ladicte garde; lequel Jehan Hardy fut assistant devant le dit hostel de céans environ l'espace de demy heure, assis en une haulte chaize estant en une charrette pour estre communiqué au
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tendu crime, on en a la certitude, par une très longue détention *. Immédiatement d'ailleurs, comme on devait s'y attendre, on soupçonna le duc de Bretagne d'avoir trouvé le moyen de se débarrasser de ce trop gênant personnage qu'était l'abbé Jourdain Faure. On a encore raconté - que Louis XI, très désireux d'avoir en mains les pièces du procès ainsi poursuivi à Nantes, serait parvenu à se les procurer en soudoyant Louis d'Amboise, assistant de l'évêque d'Angers, et Pierre de Sacierges, qui tous deux avaient assisté à l'instruction et aux interrogatoires, et en les récompensant ensuite très largement •''. A la vérité, Louis XI fit semblant de s'intéresser fort à ce procès, comme en témoigne sa correspondance, mais, ce qui peut paraître singulier, après avoir laissé passer exactement dix-huit mois. Il écrit en effet, le 22 novembre 1473, au duc de Breta-
peupie estant illec en grand nombic, et ce fait fut icellui Hardy baillé personnellement par ledit Blosset à raesseigneurs les prevost des marchans et eschevins es mains desquelz il s'en dcscharga pour par eulx et autres déléguez faire le procès dudit Hardi touchant les crimes par lui commis en tant qu'il ;r.oit et a pourchassé défaire mouriret empoisonner le Roy nostre dit Sire, et pour en faire faire telle exécution que au cas appartendroit, dont les dits prevost et eschevins ledit jour se chargèrent, et fut ledit Hardy mis en garde céans. )) — Le roi accorda le 10 mai 1473 des lettres de pardon à Ythier Marchant (Bibliothèque nationale, ms. nouv. acquisitions françaises7973, f" 42), qui continua à servir le duc de Bretagne et fut notamment envoyé avec Raoul Legouzà Utrccht pour protester et obtenir réparation de dommages causés à des Bretons par certains pirates de Brème etd'ailleurs (Archives départementales de la Loire Inférieure. B7, f*^ 82). — Voir la notice consacrée à Ythier Marchant par M. Pierre Champion dans François Villon, sa vie et son temps, t. II (1913), p. 297.
1. Un compte de l'année 1481-1482, publié j)hisieurs fois et en dernier lieu par li. Maître dans les Annales de Bretagne, t. V, p. 296, nous en donne l'assurance : « A Bertran de Musillac, pour la despence de Henry de La Roche, détenu prisonnier, pour cest an présent, 121 liv. 13 sous 4 deniers ».