PROCÈS POURSUIVI A. NANTES
gne, pour lui annoncer qu'il expédie vers lui plusieurs personnages considérables qui auront pour mission de juger les deux présumés coupables du meurtre de Charles de Guyenne ; ce sont Hélie de Bourdeille, archevêque de Tours ^ renommé pour sa vertu et la sainteté de sa vie, Jean de Bilhières-Lagraulas, évèque de Lombez, Bernard Lauret, président au Parlement de Toulouse, Jean de Popincourt, président au Parlement de Paris, et Pierre Gruel, président au Parlement de Grenoble. Il donne des instructions particulières à ces délégués - ; il veut savoir la vérité et faire une punition exemplaire lorsque les auteurs de ce « si vilain et détestable cas », ainsi que leurs complices, auront pu être convaincus de leur crime ; il demande à François II de désigner de son côté d'autres juges qui coopéreront avec ses délégués; il prévient Odet d'Aydie, puis le chancelier de Bretagne, en même temps qu'il annonce à chacun des juges la désignation dont il est l'objet ^ ; il avertit également l'archevêque de Bordeaux * et le président Jean de Chassaignes, qui ont été dès le début chargés d'instruire l'affaire, en recommandant à ce dernier, s'il vient à être interrogé à titre de témoin, de répondre aux commissaires susnommés selon Dieu et sa conscience ^ Parade que toute cette mise en scène. A partir de cette date, un silence complet règne sur la suite du procès engagé, et dont nul ne paraît plus s'être préoccupé.
Si François II, toujours mal disposé à l'égard du roi de France, avait pu trouver la moindre preuve que Louis XI avait en quelque manière trempe dans un pareil crime, il eût sans doute tenté de le déshonorer, mais, très renseigné, il ne dut guère y songer, sachant fort bien que cette preuve lui échapperait toujours. L'intérêt de cet ennemi de Louis XI lui commandait de
1 . Métropolitain du lieu où sont enfermés les prisonniers. La présence de juges ecclésiastiques était rendu nécessaire par la qualité de religieux de l'un des prisonniers (/^ef //es de Louis XI, t. V, p. 191).
2. Bibliothèque nationale, ms. français 10237, f^' 115, et 3884, f« 269.
3. Commlnes, édit. Lenglet-Dufresnoy, t, III, pp. 283-288, et Lettres de Louis XL édit. Vaesen, t. V, pp 186-196 et 202-206.
4. Désigné par Sixle IV le 21 janvier 1473 pour informer sur cette affaire. .'). Commines, édit. Lenglet-Dufresnoy, t. III, pp. 288-290, et Leffres
de Louis XL t. V, pp. 198-200.
rendre le roi odieux; s'il n'y réussit pas, c'est que lui-même sans doute se refusa à croire à l'histoire grossière de la pêche empoisonnée. Il n'ignorait rien de la maladie qui, depuis longtemps, minait le duc de Guyenne, son hôte ordinaire, et qui, de plus en plus grave, ne laissait subsister aucun espoir de guérison.
Mais, si cette mort ne surprit personne, un homme jugea que des calomnies pouvaient utilement servir sa politique, et s'empara de l'affaire comme d'un levier pour soulever l'opinion publique contre le roi de France. Cet homme, — le duc de Bourgogne, — lança ^ en effet le 16 juillet 1472 un manifeste '^ où, accusant nettement Louis XI de s'être souillé d'un fratricide, il déclare que Charles de Guyenne a passé de vie à trépas par « poisons, maléfices, sortilèges et invocations diaboliques » que sa pitoyable mort a été voulue par le roi dont des mains criminelles, grâce à de honteuses promesses, ont exécuté les ordres ; que le roi n'avait jamais pardonné au duc de Bretagne d'avoir donné asile à son frère et de l'avoir traité en ami. Il ajoute : divers extraits des confessions et dépositions faites à Nantes par les assassins présumés lui ont été adressés à Beauvais, les deux prisonniers ont avoué, et cette mort crie vengeance. Un acte du même prince, qui est un véritable appel aux armes, signé le 15 septembre suivant •^ mentionne encore les trois causes de la lutte entreprise contre le roi de France : recouvrement des villes antérieurement perdues, nécessité de ne pas laisser Charles de France non vengé, secours efficace à apporter au duc de Bretagne. La guerre en effet avait recommencé dès le mois de juin.
Le 7 juillet 1472, moins peut-être pour se conformer aux volontés testamentaires de son frère que pour attirer à lui le plus grand nombre possible de partisans, Louis XI avait, par des lettres en bonne et due forme *, fait connaître que tous
1. Après consultation des plus célèbres jurisconsultes de ce temps (Bibliothèque nationale, coll. Bourgogne, vol. CIII, pp. 205-210).
2. Archives municipales de Mâcon, AA 3 (vidimus contemporain) ; Bibliothèque roj-ale de Bruxelles, ms. 7256, ff. 33-36 l copie médiocre du XVIIIe siècle) ; publ. par Lenglet-Dufresnoy dans son édit. tle Commines, t. III, p. 198.