‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 63 sur 598 · LES CRAINTES DU ROI · texte numérisé non relu

LES CRAINTES DU ROI

contraires. Depuis longtemps, il a jeté les yeux sur le duc de Milan avec lequel il entretient des relations suivies, et, afin de fortifier sa situation dans la péninsule, il a même songé à un mariage politique pour Galéas, fils aîné de François Sforza. A celui-ci, qui redoute toujours la revendication des droits de Marguerite d'Orléans, et conséquemment de son fils François II de Bretagne, sur Milan S il fait entrevoir que, si le trône de France vient à être menacé, le Milanais pourra être immédiatement aux prises avec une armée conduite par les ducs de Bretagne, de Berry et d'Orléans. L'ambassadeur accrédité à Paris, Maletta, comprend le danger ; d'ailleurs, s'il voulait l'ignorer, des correspondances reçues en nombre par le roi de France (et qui lui sont communiquées) le tiendraient au courant des démarches que fait partout le duc de Bretagne pour enrôler petits et grands seigneurs sous sa bannière d'hermine. Et il ne cache rien à son maître de la gravité de la situation : « Je crains qu'il n'existe une ligue entre une grande partie des barons de ce royaume, princes d'Anjou, comte de Gharolais, ducs d'Orléans et de Bourbon, comte d'Armagnac, entre autres, car en vérité ces seigneurs sont fort mécontents et vivent en grande peur et ombrage du roi de France. Toutefois je crois que cette ligue est plutôt pour leur commune défense que pour courir sus au roi, car ils ne l'oseroient faire ». Anxieux, Louis XI questionna l'ambassadeur : « Croyez-vous, messer Alberico, que votre maître m'aidera à combattre ce duc de Bretagne si je paye les gens qu'il m'enverra »? A quoi Maletta répond affirmativement, tout en s'efforçant de calmer le roi et en le conviant à laisser sans réponse les insolences bretonnes ; mais il ne peut arriver à se persuader à lui même que la situation soit exempte de périls ^.

1. En invoquant ces droits et en entrevoyant un mariage possible de son frère Charles avec la fille de Charles d'Orléans, Louis XI pouvait espérer se rendre un jour maître de toute la succession de ses cousins et de leurs droits sur Milan ; voir la lettre de Lodovisi dei Lodovisii à François Sforza, écrite de Rome le 18 mars 1462 (Archivio di Stato, Milano ; Potenze estere, Francia).

2. Bibliothèque nationale, ms. italien 1593, fP. 110 et suivants ; lettre du 24 octobre 1464, analysée déjà par B. de Mandrot, Dépêches d'ambassadeurs milanais en France, dans V Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1910, p. 130.

Le Milanais voyait juste, mais il avait tort de supposer que la ligue des princes était purement défensive. Entre eux, nul autre lien n*était nécessaire que leur commune animosité contre le roi ; la même politique les attire, les mêmes intérêts les rapprochent ; ils sont bien faits pour s'entendre. Ils sentent que, si le roi peut sans peine avoir raison d'eux séparément, il se heurtera à la coalition qu'il formeront. Il n'en faut pas davantage pour que l'alliance soit signée. Du même coup, leurs vues se portent sur le duc de Berry ^ jeune, présomptueux, inexpérimenté, dont son frère est jaloux et qui montre une réelle aversion pour la cour et la séquelle des courtisans ^ ; celui-là, pensent-ils ^, ressemble moralement à son père et recrutera ainsi des partisans dévoués ; il n'osera pas leur refuser un concours sérieux, et sa participation, son adhésion à leurs projets leur donneront à la fois plus d'autorité, plus de confiance et sans doute aussi plus de popularité. Instrument docile aux mains de ces confédérés, mécontents transformés en conspirateurs dont François II inspire les programmes avec autant d'habileté que de ruse *, Charles de France n'aura pas, malgré sa qualité de fils puiné du roi défunt, le rôle prépondérant ; son jeune âge, l'influence de ses conseillers le condamnent à une passivité qui ne sied pas mal d'ailleurs à son caractère indécis et à son état débile.

Les manœuvres des coalisés, pour ne pas encore éclater au grand jour, ne sont pas moins dangereuses. Espions et agents déguisés parcourent le pays pour apporter des nouvelles de l'un à l'autre, et si quelques émissaires sont arrêtés par la police royale ^ , Louis XI ne parvient pas à tout connaître.Vers la fin de

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