LA CONSPIRATION S 'ÉTEND
gent, mécontent d'un frère aîné qui le traitait d'enfant frivole et indocile ^ Faible, il l'était par-dessus tout ; ambitieux, il allait peut-être le devenir, grisé par les événements, par le rôle qu'on lui fit jouer, par les perfides insinuations de son entourage. Qui oserait se flatter d'avoir, à sa place et en pareille occurrence, cherché à remonter le courant au lieu de se laisser emporter par lui ? Gageons qu'il y eut de sa part, au début tout au moins de la ligue ainsi formée, un défaut de claivoyance, un entraînement dont ses confédérés seuls entrevoyaient le résultat possible et qu'il se prit à regretter plus d'une fois, dans les années qui suivirent. D'ailleurs, est-ce donc l'unique exemple d'un frère de roi entrant ouvertement dans un complot destiné à bouleverser un état de choses existant, jugé mauvais ? L'histoire est pleine de ces situations équivoques et déplorables pour la sûreté des gouvernements.
On a convoqué à une grande réunion, qui doit se tenir le jour de la Saint-Valentin (14 février), chevaliers et seigneurs (( vaillants à la guerre et désireux de faire chose louable », et aussi tous adhérents qui accepteront de se dévouer corps et âme à la coalition ; une vaste conspiration se prépare, qui comprendra des personnages puissants, et dont le programme facile d'ailleurs à découvrir, nous est fourni par le poète breton Meschinot -, ennemi déclaré de Louis XI :
Honneur a fait dresser sa belle table
Et veult donner un disner très notable ;
Rendez vous y, chevaliers sans reprouche.
Tous escuyers de lignée honorable
Qui desirez faire chose louable
Et vérité garder en cueur et bouche.
Venez aussi, l'heure je vous assigne,
D'huy en huit jours, la feste Valentine,
Mais nul de vous, tant qu'il doubte mesprendre,
Ne vienne là pour réfection querre
1. A. Dupuy, ouvrage cité, t. I, p. 103. — On lit dans le chroniqueur Jacques Du Clercq, (édition Buchon, t. XXXIX, p. 393) : « Charles, duc de Berry..., que le roy Loysson frère tenoit avecq lui assez simplement et peu d'estat, ne lui bailliant si grand estât qu'il avoit accoustumé tenir durant que le feu roy son père vivoit ».
2. Ballade XVII (édition de 1522) ; cf, Bibliothèque de l'École des Chartes, 1895, p. 298.
S'il n'est loyal et vaillant à la guerre. Car ce seroit pire que sang espendre.
Soit que ce fut duc, conte ou connestable S'il est trouvé lasche et non véritable. Raison ne veult qu'à ce convy^ approuche ; Et qui se sent meschant et détestable Devroit trop mieux choisir estre à l'estable Que soy trouver es lieux où honneur couche.
Uannée 1465 va être décisive. Pour essayer de se concilier le duc de Berry dont il prévoit ks funestes desseins, Louis XI, prévenu par le maréchal de Comminges de la nécessité de jeter du lest, a\|gmente sa pension de 6000 livres par an ^ puis lui fait d'alléchantes promesses ^ , essaie « par doulceur et bons moyens » de le ramener à de plus saines idées, et en même temps surveille ses agissements d'aussi près que possible. Mais son habileté se trouve parfois déjouée. Nous les voyons partir ensemble pour Poitiers ^ , d'où ils ont le projet de se rendre au pèlerinage de Notre-Dame du Pont, en Limousin * . A Poitiers ^ , ils reçoivent une ambassade bretonne ^ , conduite par le chancelier Guillaume Chauvin et Odet d'Aydie ^ : ces envoyés ont pour mission de formuler des propositions pacifiques et d'endormir les susceptibilités du roi de France, d'assurer même que le duc de Bretagne est disposé à venir faire sa soumission (à Tours ou ailleurs) et s'expliquer, à condition qu'on lui envoie le maréchal de Comminges et l'amiral de Montauban ^, chargés de l'accompagner. Un sauf-conduit lui est aussitôt