APPEL DU ROI AU PAYS
mémoire se termine par un appel : à cette fâcheuse situation générale il faut un prompt remède ; Philippe le Bon ne pouvant rester indifférent à ce qui se passe autour de lui, il le prévient comme doyen des pairs de France et prince de grand honneur, et s'il ne lui est pas possible de venir lui-même apporter son appui aux confédérés et les éclairer de ses conseils, la présence du comte de Charolais sera du moins la bienvenue * .
Les ducs de Berry et de Bretagne s'étaient naturellement concertés. Il ne peut être téméraire même d'affirmer que les deux manifestes des 13 et 16 mars étaient l'œuvre de François II, et non celle de son hôte, dont on prenait plaisir à se servir comme d'un jouet. Gela est si vrai qu'une ambassade bretonne partait au même moment de Nantes pour les Pays-Bas. Quant au comte de Charolais, tout heureux de l'occurrence, il ne devait pas se faire prier pour offrir son concours et celui de ses fidèles troupes.
Toutefois, Louis XI ne perdait pas de temps ; l'heure n'était pas aux tergiversations. Le jour même où son frère écrivait au duc de Bourgogne (16 mars), il lançait de Thouars une déclaration qui est aussi un appel au pays ^ , rédigé dans les termes les plus habiles. Il fait des avances aux confédérés qui ont « machiné et pourchassé plusieurs choses très préjudiciables » à lui et à son peuple, s'efforçant de troubler le bon état du royaume, si paisible jusque là, subornant son frère (un tout jeune homme ! ) dont les mauvaises intentions sont nées des mensonges qu'on lui a débités, semant partout la discorde en annonçant que ce frère sans défense va être arrêté et jeté en prison. Or rien n'est plus faux, ajoute le roi ; convaincu au contraire que son frère se trouvait content de son sort, car il en avait de lui-même reçu l'assurance formelle, il l'est encore; mais les princes séditieux l'ont détourné de son droit chemin, ont ré-
1. Louis XI avait prévu le cas et écrit tout aussitôt au duc de Bourgogne {Lettres, t. II, p. 234), faisant appel à sa loyauté, lui demandant d'empêcher le comte de Charolais d'entrer dans la coalition des princes, et lui annonçant l'arrivée d'un ambassadeur, Rauffet de Balsac^ sénéchal de Beaucaire .
2. Ordonnances des rois de France» t, XVI, p. 308 ; — Commines, édition Lenglet-Dufrésnoy, t. Il, p. 434.
pandu de faux bruits et causé tout le mal, sous couleur de bien public. Des gens de toute condition, seigneurs, chevaliers, prélats, gens d'église, bourgeois, paysans, marchands, ne soupçonnant pas la mauvaise foi de ces ennemis du roi, et ignorant leurs desseins, les ont cru sur parole, ont donné leur adhésion, croyant bien faire, mais en réalité préparant la voie à un retour prochain des Anglais dans le royaume, avec le contingent irréparable de misères et de crimes que ces ennemis ont déjà amenés avec eux. Toutefois le roi ne veut pas tirer vengeance de tous ceux qui se sont ligués contre lui, il ne les considérera pas comme coupables de lèse-majesté, et promet son pardon : « à l'exemple de Jésus-Christ », il avertit ses sujets de l'erreur où il sont tombés, et à tous les rebelles qui se soumettront dans le délai d'un mois ou de six semaines au plus, il accordera amnistie complète, avec restitution de biens sans blâme ni déshonneur.
Le roi escomptait beaucoup l'effet qu'allaient produire les excellentes dispositions dont il paraissait animé. Jouant du spectre de l'envahisseur anglais, dont le souvenir n'était pas oublié, il pen* sait ainsi ramener à lui les populations, les prélats, les seigneurs qui auraient été tentés de suivre le mouvement insurrectionnel dirigé contre lui ; en poussant à l'extrême le tableau de l'avenir assombri qui se préparait en cas de succès des confédérés, il croyait avoir résolu toutes les difficultés. Combien grande était son erreur ! Il ne devait pas tarder à s'en apercevoir, et d'ailleurs s'empressait de prendre les précautions nécessaires. Par une coïncidence à signaler, le même jour, Louis XI avait adressé de Thouars à son sénéchal de Toulouse, Hugues de Bournazel, l'ordre de veiller à ce que « les places de sa sénéchaussée fussent en état de résister à la dampnable entreprise» de son frère et du duc de Bretagne ^ , et il est certain que la mesure, révélée par ce document, s'est généralisée.
En effet, la situation s'aggrave chaque jour - ; les sujets de