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Dom Morice, Preuves, t. III, col

PROTESTATIONS DE CHARLES DE FRANCE 6îi

aux affaires du royaume ^ , car ses intentions — il ne cesse de le répéter — sont pures au-delà de toute expression : « pour- Teoir au grand desordre qui en tous estaz est, en icelui relever et faire régner justice, entretenir et garder l'autorité de l'église et liberté des nobles, cesser et faire cesser toutes voyes de fait, de force et de violence qui chascun jour ont eu et encores ont cours par ce royaume, hoster et faire cesser les aides, impositions, quatriesmes, huytiesmes et toutes autres charges, opressions et exactions sur le povre peuple, fors seulement la taille ordinaire des gens d'armes, laquelle aura tant seulement cours jusques à ce que par les estaz dudit royaume, que brieff espérons assembler pour estre par leur conseil donné ordre auxfaitz d'icelui, soit advisé d^en faire diminution et tel soulaigement audit povre peuple qu'il sera advisé se povoir et devoir faire ».

On entrevoit l'âge d'or en perspective. Toutefois il ne s'agit plus de la suppression totale des impôts, dans l'espoir de rallier les indifférents assez naïfs pour y croire ; on ne parle plus que de « diminution » en attendant une prochaine réunion des Etats du royaume qui est amorcée ; le peuple y sera convié, et l'on y avisera à une meilleure répartition des charges.

Les conférences de Saint-Florent ayant échoué aussi bien que celles de La Roche-au-Duc, tout espoir de pacification devient illusoire. Chacun des deux partis en présence n'a plus qu'à se préparer à la lutte ^ . La guerre civile est près d'éclater et apportera avec elle son contingent de malheurs, de misères et de tristesses.

Sans vouloir exposer en détail, comme on l'a déjà fait plus d'une fois, la succession des opérations militaires et les épisodes

1. Original scellé : Archives nationales, J 1021, n» 23 (Musée, n'' 473) ; Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, Cartulaire de Lorraine coté France, f^ 42 v" ; publ. dans Commines, édit. Lenglet-Dufresnoy, t. II, pp. 452-455 (d'après une copie de la collection Legrandà la Bibliothèque nationale).

2. Des mesures sérieuses sont déjà prises par Louis XI, notamment à Amboise, où, le 24 avril 1465, il fait venir les habitants et leur confie les chefs et la garde du château, qu'il retire au capitaine Jean de Bar, seigneur de Bsiugy, sans doute suspect ; le 15 mai on décide de réparer les fortifications et de faire la visite générale des murailles de la ville (Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. V, p. 171).

variés de la guerre du Bien public, où Charles de France joue un rôle plus qu'effacé, où les ducs de Bourbon et de Bretagne et le comte de Charolais occupent le premier plan, il convient du moins que nous suivions le duc de Berry partout où on le mène, il importe que nous étudiions les négociations et les campagnes dont il est le pivot, les demandes adressées en son nom, les combinaisons politiques et les sourdes intrigues qu'il plaira aux autres ligueurs de nouer et de débrouiller en portant à son compte succès et insuccès.

Durant la période agitée qui va s'ouvrir, le roi et son jeune frère, chacun de son côté, envoient lettres sur lettres aux bonnes villes de France pour les inciter à se ranger dans l'un ou dans l'autre parti ^ ; mais les communications les plus confidentielles n'arrivent pas régulièrement à destination. Une missive de Christophe de Coëtivy, adressée de Bretagne à son frère Olivier 2, a été interceptée par Louis XI ^. D'après le chancelier bourguignon Guillaume Hugonet ^, on a caché aux habitants d'Amiens une lettre à eux écrite par le duc de Berry ^ pour leur expliquer ses intentions, à savoir la suppression des gabelles, impôts et autres charges supportées par le peuple, avec l'aide des princes du sang et des notables du royaume. Mais,

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