LES LIGUEURS SE RESSAISISSENT
rendit en même temps à Villefranche ^ pour savoir où étaient l'armée et l'artillerie ennemies (car on redoutait une marche du roi sur Bourges), puis à Moulins, chargé d'une mission pressante auprès du duc de Bourbon ^ . Ces voyages se multiplient dans le courant du mois de mai ^ ; ils ne sont pas toujours exempts de difficultés, puisqu'il arriva à Pierre des Barres la mauvaise chance d'être arrêté en chemin et dépouillé par les bandes étrangères qui occupaient la contrée.
S'appuyant sur Bourges qui était leur quartier-général, les confédérés rie se considéraient nullement comme vaincus. Ils esquissèrent contre l'armée royale plusieurs tentatives d'encerclement ou d'attaque par flanc. Ils réoccupèrent sans trop de peine Châteauneuf-sur-Cher, Lignières et le Bois-l'Abbé '' . Une
1. Canton de Montmarault, arrondissement de Montluçon (Allier).
2. « A Pierre des Barres, demourant à Bourges, la somme de LV s. t. pour son sallaire d'avoir esté par le commandement de mesdits seigneurs de la grosse tour de la ville de Bourges à Villefranche, pour savoir et enquérir secrètement où estoit le roy et son artillerie, ouquel voyage il a esté destroussé par les Bieriioys » (Archives nationales, K 530'* , n» 10) ; — «A Pierre des Barres, la somme de LV s. t. en deux escuz d'or pour ung voyage d'avoir esté de ladite ville de Bourges devers monseigneur de Bourbon en la ville de Molins par l'ordonnance et commandement du conseil de mondit seigneur estant oudit Bourges )) (Idem, K 530^ , n'^ 19).
3. « A Jehan de Grueille, escuyer, la somme de V s. t. pourp areille sotame qu'il avoit baillé à ung homme qui, par le commandement de mesdits seigneurs, avoit esté de Bourges à Montluçon pour savoir où estoit le roy et aussi rapporter de ses nouvelles.
(( A messire Simon de Marcillat, la somme de X s. t. qui luy a esté ordonnée pour aller devers le roy, de l'ordonnance de monseigneur le bastard de Bourbon et de mesdits seigneurs de la grosse tour.
« A Jehan Rompterre, la somme de XIII 1. XV s. t. en X escuz d'or, pour ung voj'age qu'il a fait en la dite ville de Bourges et retourner de la dite ville, partant le XXII*' jour dudit mois de may, luy porter certaines lettres closes de par mesdits seigneurs de la tour.
« A Jehan Maubruny, sommeiller de l'eschançonnerie de mondit seigneur, la somme de IV 1. XV s. t. pour ung voyage qu'il a fait, accompaigné d'une guide, de la ville de Bourges devers mondit seigneur de Bourbon luy porter certaines lettres closes pour les affaires de mondit seigneur, de l'ordonnance et commandement de mcsseigneurs le bastard de Bourbon, de Linieres, Voillon et Luçay » (Idem, K 530^ , n» 19).
4. Archives nationales, K 530-^ , n» 1. Pièce justificative n° X. — Boisl'Abbé est aujourd'hui une ferme de la commune de Vic-sur-Aubois (Vicq- Exemplat), canton de La Châtre (Indre); on y voit encore une des tours cylindriques qui appartenaient à l'ancien mur d'enceinte de cette seigneurie et
sortie, où les Bourguignons côtoyaient les Bretons, permit d'avancer heureusement jusqu'à Dun-le-Roi ^ , localité défendue par Jacquelin Trousseau, l'un des maîtres d'hôtel du roi ^ , et dotée d'assez solides fortifications : « audit lieu de Dun le Roy y a tour belle et fort, et aussi y a ville de grant closture de murs et bien peu de habitans, eu regard à la grandeur du lieu » ^ . Sous la conduite du duc de Bourbon, un fort contingent de troupes à la solde des ligueurs réussit à mettre devant cette place un siège qui est resté inconnu des historiens *, et qui n'en est pas moins un des épisodes les plus significatifs de cette campagne. Le siège dura exactement neuf jours, du 19 au 28 juillet^ , et fut extrêmement meurtrier ; au bout de ce temps
qui, malgré des modifications ultérieures, doit remonter au XV^ siècle ; en effet Guy III de Chauvigny, seigneur de Ghâteauroux, autorisa en 1453 les religieux de Déols à fortifier le prieuré de Bois-l'Abbé qui leur appartenait (Archives départementales de l'Indre, A 107). Je dois ces renseignements à l'amitié de M. Emile Chénon, qui prépare une notice sur ce prieuré.
1. Aujourd'hui Dun-sur-Auron, chef lieu de cant., arrond' de Saint- Amand-Montrond (Cher).
2. Fils de Jacques Trousseau, vicomte de Bourges et seigneur de Bois- Sire-Amé, maître d'hôtel de Charles VII, que le roi en 1467 autorisa à réédifier son hôtel de Chambon-sur-Auron démoli pendant les guerres, il était gendre de Jacques Cœur et seigneur de Dun-le-Roi depuis 1461 (Bibliothèque nationale, ms. Clairambault, vol. 782, ff. 172 vo et 178 v^ i ; on le trouve passant à Amboise au mois d'octobre suivant avec la reine (Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. V, p. 177). Maître d'hôtel du roi, il l'était encore en août 1474 et touchait alors une pension de 1000 livres tournois (Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 2889, Trousseau, no 32). Cf., sur cette famille. Archives nationales, X^* 21, ff. 35, 51 et 56 ; KK 250, f'' 25 (Jean Trousseau, maître d'hôtel du duc Jean de Berry en 1414). Déjà en 1276 on signale un Jacquelin Trousseau, qui était garde du scel de la prévôté de Bourges (Archives départementales du Pas-de-Calais, A 23j.
3. Archives communales de Dun-le-Roi, EE 2 ; cf. Paul Moreau, Histoire de Dun-le-Roi, t.I (1895), p. 239. Le château avait abrité en décembre 1461 une ambassade florentine venue vers Louis XI.
4. Une simple mention s'en trouve dans l'ouvrage local de Paul Moreau, qui vient d'être cité.
5. <( Autre despence faicte par ledit trésorier et receveur gênerai depuis leXIXejour de juillet oudit an mil CCCCLXV jusques au XXVIII^ jour ensuivant, pendant lequel temps le siège fut mis et tenu de par mondit seigneur devant la ville de Dun le Roy, ouquel siège y estoient monseigneur le duc de Bourbonnois et d'Auvergne et autres seigneurs de Bourgoigne et d'Almaigne, tant en pain, vin, que autres choses nécessaires pour ledit siège, comme par ung papier journal signé de mondit seigneur de Voullon peut apparoir.
« A Jaquet de Sartieres, tonnellier, la somme de XIX s. II d. t. pou-