‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 13 sur 65 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

J’ai demandé des lois : je veux troubler l’empire.

Ab ! de ce cœur blessé, l’orgueil n’a su jamais Oublier les affronts non plus que les bienfaits.

De ma captivité la honte inattendue

LÇ DAUPHIN.

Mais , si la liberté par moi vous est rendue.

CL1SSON.

Par vous?

LE DAUPHIN

Voyez ce fer. C’est votre souverain Qui, du sein de l’exil , vous l’offre par ma main.

Il connaît vos erreurs , et les a pardonnées A l’imprudente ardeur de vos jeunes années.

Il attendait de vous un repentir heureux.

De Clisson , disait-il ,1e cœur est généreux :

Ce cœur sera touché/les pleurs de la patrie-}

, Et quand , de toutes parts , dans leur lâche furie , Etrangers et sujets s’arment pour l’opprimer ,

U saura la servlV , lui qui la sait aimer.

Tel fut de votre roi l'attendrissant langage.

J’espère ainsi que lui porter votre courage Aux nobles monvemens qu’inspire l^vertu.

Quel moment ! des partis l’orgueil est abattu ;

La France enfin respire , et le passé s’oublio;

Au prince de Navarre un nouveau nœud me lie :

Oui , l’intérêt commun le rapproche de moi.

Il ne me reste plus qu’à délivrer le roi $

Et vous allez vous-même, au prix d’une victoire , Acquitter sa rançon dans les champs de la gloire. C’est vous dont j’ai fait" choix pour guider nos soldats.

Combattez , triomphez Clisson. De votre bras La patrie a besoin ; et sa voix , qui vous nomme , Veut à de grands périls opposer un grand homme. Non , ses vœux et les miens ne seront point trahis.

CLISSON

Que me demandez-vous ?

* LE DAUPHIN

D’affranchir ton pays , De lui sacrifier ta haine , ta colère ,

De lui rendre son roi , de me rendre mon père , D’effacer en vertus aussi-bien qu’en hauts faits Tes émules de gloire , et tu me le promets.

Mon dévoûment répond à votre confiance.

Je jure de mourir pour mon roi , pdür la France.

LE DAUPHIN

Vous l’entendez , Français , et vous l’admlrez^tous. Ami , viens dans mes bras.

CLISSON

• Je tombe à vos genoux.

LE H O 1 DE NAVARRE, i Clùson.

Ainsi de vos affronts la mémoire affaiblie

4 4 CLISSON

La patrie a parlé , sire , je les oublie.

Je deviens du régent le premier défenseur.

Je bravais sou pouvoir j je cede a sa douceur.

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