ACTE I, SCÈNE VI
J’ai demandé des lois : je veux troubler l’empire.
Ab ! de ce cœur blessé, l’orgueil n’a su jamais Oublier les affronts non plus que les bienfaits.
De ma captivité la honte inattendue
LÇ DAUPHIN.
Mais , si la liberté par moi vous est rendue.
CL1SSON.
Par vous?
LE DAUPHIN
Voyez ce fer. C’est votre souverain Qui, du sein de l’exil , vous l’offre par ma main.
Il connaît vos erreurs , et les a pardonnées A l’imprudente ardeur de vos jeunes années.
Il attendait de vous un repentir heureux.
De Clisson , disait-il ,1e cœur est généreux :
Ce cœur sera touché/les pleurs de la patrie-}
, Et quand , de toutes parts , dans leur lâche furie , Etrangers et sujets s’arment pour l’opprimer ,
U saura la servlV , lui qui la sait aimer.
Tel fut de votre roi l'attendrissant langage.
J’espère ainsi que lui porter votre courage Aux nobles monvemens qu’inspire l^vertu.
Quel moment ! des partis l’orgueil est abattu ;
La France enfin respire , et le passé s’oublio;
Au prince de Navarre un nouveau nœud me lie :
Oui , l’intérêt commun le rapproche de moi.
Il ne me reste plus qu’à délivrer le roi $
Et vous allez vous-même, au prix d’une victoire , Acquitter sa rançon dans les champs de la gloire. C’est vous dont j’ai fait" choix pour guider nos soldats.
Combattez , triomphez Clisson. De votre bras La patrie a besoin ; et sa voix , qui vous nomme , Veut à de grands périls opposer un grand homme. Non , ses vœux et les miens ne seront point trahis.
CLISSON
Que me demandez-vous ?
* LE DAUPHIN
D’affranchir ton pays , De lui sacrifier ta haine , ta colère ,
De lui rendre son roi , de me rendre mon père , D’effacer en vertus aussi-bien qu’en hauts faits Tes émules de gloire , et tu me le promets.
Mon dévoûment répond à votre confiance.
Je jure de mourir pour mon roi , pdür la France.
LE DAUPHIN
Vous l’entendez , Français , et vous l’admlrez^tous. Ami , viens dans mes bras.
CLISSON
• Je tombe à vos genoux.
LE H O 1 DE NAVARRE, i Clùson.
Ainsi de vos affronts la mémoire affaiblie
4 4 CLISSON
La patrie a parlé , sire , je les oublie.
Je deviens du régent le premier défenseur.
Je bravais sou pouvoir j je cede a sa douceur.