LE ROI DE NAVARRE, GRANVILLE
GRANVILLE
Oui , sire : de la paix le bruit inattendu Dans les murs de Paris est déjà répandu.
On dit que le Dauphin qui pour vous se déclare , Daigne vous rétablir au trône de Navarre ;
Qu’il vous a pardonné ; qu’au sein de vos états , Vassal obéissant , vous reportez vos pas.
Cependant , occupé du soin de votre gloire , Marcel dément ce bruit; il refuse de croire Qu’à vos vastes projets renonçant aujourd’hui , Vous retiriez au peuple un généreux appui.
D ne craint point.de vous cette lâche faiblesse.
Mais l'ardent Pecquiguy , ce chef de la noblessfe,
En cris audacieux éclate contre vous.
Déjà de ses amis annonçant le courroux , •
La menace à la bouche , il vous cherche , il s’approche. Que pourrez-vous répondre à son juste reproche?
N’en redoutez-vous point les dangereux effets?
LE ROI hE NAVARRE.
J’attendais ce courroux : il sert à mes projets.
Comment ?
GRANVILLE
LE ROI UE NAVARRE
Tu vois la France aux troubles condamnée.
Depuis que de Poitiers la funeste journée «
Lui ravit son monarque, et du jeune Dauphin Éleva la faiblesse au pouvoir souverain •,
Depuis que d’Edouard illustrant la victoire ,
Et tombé de son trône ainsi que de sa gloire , L’orgueilleux Jean second moutre à Londre étonné L’héritier des Valois en triomphe amené ,
L’Anglais, maître du roi son captif, son otage, Tranquille , aux bords français promène le ravage. Chacun des grands vassaux s’arme dans ces hasards i Contre une autorité cédant de toutes parts Il lutte , ou se retranche au fond de ses provinces. Paris môme, Paris, si fidèle à ses princes ,
Insulte du Dauphin tous les droits attaqués.
Pour comble de malheur, les états convoqués Du feu des passions doublent la violence.
Trois partis tour à tour emportant la balance ,