ACTE II, SCÈNE III
Les âmes des mortels dans la fange plongés ,
Est-ce à nous de subir le joug des préjugés?
Le peuple a ses vertus et nous avons les nôtres.
Des hommes tels que nous se séparent des autres : Nés pour renouveler les lois et les états ,
Ils font l’opinion et n’en dépendent pas :
C’est par eux que l’on pense et par eux qu’on s’éclaire Leur parole cstl’oracle écouté du vulgaire;
Et trop au-dessous d’eux pour les interroger ,
La terre les admire au lieu de les juger.
Sortez , vous le devez , de ces routes communes Où des mortels grossiers se traînent les fortunes. D’une cause sacrée illustre défenseur,
Combattez, renversez tin pouvoir oppresseur;
De vos antiques lois relevez l’édifice ,
Sans que peine , péril , scrupule , sacrifice
Vous détourne un moment de votre grand dessein : t
Envisagez le but et jamais le chemin :
Fondez la paix publique , et , sûr de les confondre , Laissez à vos censeurs votre gloire répondre.
Mais vous n’en verrez point s’élever contre vous;
Et par les grands bienfaits les grands torts sont absous.
PECQUIGNY
Non , non ; quelques bienfaits qu’il verse sur le monde Nul coupable n’échappe à cette horreur profonde Qu inspire son forfait et qu’il doit inspirer,
Même au sein de l’éclat dont il sait s’entourer.
J y consens , agissons , mais en preux magnanimes , Sans nous réfugier sous l’escorte des crimes,
Sans forcer la patrie à nous désavouer.
Loin de rougir de nous qu’elle aime à nous louer; Et qu’au sein des plaisirs nés de sa délivrance; Rien n’altére sa joie et sa reconnaissance.
LE ROI DE NAVARRE
Croyez-vous l'affranchir sans qu’il en coûte rien.
PECQUIGNY
il en coûte l’honneur, gardons nos fers.-
LE ROI DE N AVARR E
* Eh bien ,
Je ne vous presse plus; je vois votre faiblesse ,
Elle me fait pitié. Le temps , le»péril presse.
C’est moi qui, me livrant pour vous et pour l’état,
En dénonçant Clisson veux punir un ingrat.
Le Dauphin!.... préparez votre bouche à me nuire. Ma voix va vous sauver.
Gardez-vous
PECQUIGNY
Grand dieu ! que va-t-il dire ?