‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 26 sur 65 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Les âmes des mortels dans la fange plongés ,

Est-ce à nous de subir le joug des préjugés?

Le peuple a ses vertus et nous avons les nôtres.

Des hommes tels que nous se séparent des autres : Nés pour renouveler les lois et les états ,

Ils font l’opinion et n’en dépendent pas :

C’est par eux que l’on pense et par eux qu’on s’éclaire Leur parole cstl’oracle écouté du vulgaire;

Et trop au-dessous d’eux pour les interroger ,

La terre les admire au lieu de les juger.

Sortez , vous le devez , de ces routes communes Où des mortels grossiers se traînent les fortunes. D’une cause sacrée illustre défenseur,

Combattez, renversez tin pouvoir oppresseur;

De vos antiques lois relevez l’édifice ,

Sans que peine , péril , scrupule , sacrifice

Vous détourne un moment de votre grand dessein : t

Envisagez le but et jamais le chemin :

Fondez la paix publique , et , sûr de les confondre , Laissez à vos censeurs votre gloire répondre.

Mais vous n’en verrez point s’élever contre vous;

Et par les grands bienfaits les grands torts sont absous.

PECQUIGNY

Non , non ; quelques bienfaits qu’il verse sur le monde Nul coupable n’échappe à cette horreur profonde Qu inspire son forfait et qu’il doit inspirer,

Même au sein de l’éclat dont il sait s’entourer.

J y consens , agissons , mais en preux magnanimes , Sans nous réfugier sous l’escorte des crimes,

Sans forcer la patrie à nous désavouer.

Loin de rougir de nous qu’elle aime à nous louer; Et qu’au sein des plaisirs nés de sa délivrance; Rien n’altére sa joie et sa reconnaissance.

LE ROI DE NAVARRE

Croyez-vous l'affranchir sans qu’il en coûte rien.

PECQUIGNY

il en coûte l’honneur, gardons nos fers.-

LE ROI DE N AVARR E

* Eh bien ,

Je ne vous presse plus; je vois votre faiblesse ,

Elle me fait pitié. Le temps , le»péril presse.

C’est moi qui, me livrant pour vous et pour l’état,

En dénonçant Clisson veux punir un ingrat.

Le Dauphin!.... préparez votre bouche à me nuire. Ma voix va vous sauver.

Gardez-vous

PECQUIGNY

Grand dieu ! que va-t-il dire ?

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