ACTE II, SCÈNE IV
Ma soudaine arrivée a paru vous troubler.
Auriez-vous des secrets à me dissimuler.
Ce langage....
LE ROI DE NAV.A RRE
LE DAUPHIN
Écoutez : je vous ouvre mon âme.
Prince , j’en fais l’aveu , dans une embûche infâme J’ai su qu’un ennemi me voulait entraîner ;
Je l'ai cherché : c’est vous que j’ose soupçonner.
LE ROI DE NAVARRE
Et sur quoi fondez-vous ce soupçon qui m'offense?
LE DAUPHIN
Jugez-vous. Le passé m’apprend la défiance.
Inquiet et forcé de croire aux attentats ,
Par des agens nombreux j’ai fait suivre vos pas. Leur voix m’a dénoncé vos courses imprévues,
De vous , de Pecquiguy les longues entrevues ,
Vos messages secrets au loin multipliés.
Dites : où vos soldats se sont-ils repliés?
Pourquoi , se reposant sous leurs tentes oisives,
De la Seine , à nos yeux , fatiguent-ils les rives , Lorsque pour leur retraiterai ordre était porté ? Est-ce là cette foi tant promise au traité?
Souffrez que je poursuive et que je m’éclaircisse. Quel est donc ce mortel , suspect avec justice ,
Qui , sous d’obscurs habits , d’un soin mystérieux , Avec vous renfermé , se cache à tous les yeux Dans un de ces réduits qu’habite l’indigence Et dont leur pauvreté dérobe l’existence.
4o CHARLES DE NAVARRE,
De cet homme inconnu les pas environnés Ont trompé les regards à le suivre obstinés.
Vous paraissez surpris et Pecquigny se trouble.
PECQUIGNY, bas au roi.
Il sait tout , quel danger !
r LE KOI, bas à Pecquigny.
Votre effroi le redouble , Laissez-moi nous tirer d’un pas si hasardeux.
( Haut. ' .
J’ai lieu d’être étonné : je rougis pour tous deux.
Je pourrais me venger en gardant le silence , ,
Mais j’excuse votre âge et plains votre imprudence. Roi , je veux soutenir l’autorité des rois ,
Qui la laisse attaquer expose aussi ses droits.
Dès qu’un trône a fléchi sur sa base profonde Il ébranle en tombant tous les ti'ônes du monde. Savoir en défendre un c’est garantir son bien ,
Et raffermir un sceptre est assurer le sien.
Ma juste politique à vos yeux se révèle.
C’est le trône , et nou vous dont je sers la querelle. Ainsi donc sachez tout. Ces entretiens cachés.
Ces messages , ces soins que vous me reprochez ,
Ils n’avaient qu’un objet ; votre sûreté même.
Pour vous qui soutenez l’honneur du diadème J’ai voulu prévenir les complots .d’un sujet Dont en vain Pecquigny nierait l’affreux projet.
Ce guerrier révolté de ces trames obscures ,
Lui qui semblait d’abord approuver mes mesures , Change tl’avis, s’effraie et veut me démentir. Rendez-vous , Pecquigny : c’est à vous dé sentir