‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 37 sur 65 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les précédens, PECQUIGNY.

PECQUIGNY

Prince , daignez m’apprendre Quels devoirs en cealieux m’obligent à me rendre.

Ce pompeux appareil, ce cortège de* preux,

Tout semble m’annoncer.... Que vois- je au milieu d’eux ? Clisson !

LE DAUPHIN

Lui-même !

PECQUIGIf Y, à part.

O ciel ! O fatale entrevue !

A-t-il tout découvert ?

CLISSON. à part.

Il pâlit à ma vue.

LE DAUPHIN

(à Pecquigny.) ( à Clisson.)

Venez. Vous, vos secrets pour être révélés Attendaient sa présence....

PECQUIGNY, ipart.

- Il n’a rien dit.

LE D A U P HIN

Parlez.

« CLISSON

Prince , j’ai votre estime et ma foi la mérite.

Je n’ai point à rougir d’une indigne conduite.

Je fus votrp ennemi , vous le savez : alors ,

Ignorant vos projets , aveugle en mes transports,

Je combattis vos lois ; je crus que la patrie Elle-même approuvait ma rebelle furie ,

Et plaçait dans mes mains ce poignard redouté ,

Arme de la vengeance et de la liberté ,

Ce fer mystérieux qu’en effet je possède.

Mais l'amour dans mon cœur à la haine succède ; Tous mes vœux sont changés ; et depuis qu’à mes yeùx Vous avez fait briller vos desseins glorieux,

Sûr du bien de l’état , rempli de confiance Dans le génie heureux qui veille sur la France ,

J’ai déposé ce fer inutile aujourd’hui.

Un autre m’est donné pour vous servir d’appui 5 Il soutiendra vos lois et vous même et l’empire.

Voilà ce que l’honneur me permet de vous dire.

' 1 * PECQUIGNY, a part.

Il nous sauve.

Quoi donc, ce n’est pas en ce jour Au sein de mes bienfaits reçus devant ma cour,

Quand vos libres sermens vous laissaient sans excuse , Que vous avez formé ces complots qu’on accuse ?

CLISSON

Pouviez-vous le penser? Vous disposez de moi. Je ne m’appartiens plus quand j’ai donné ma foi.

Page 1