‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 45 sur 65 · ACTE IV, SCÈNE IL Jusqu’où des passions peut égarer la voix · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL Jusqu’où des passions peut égarer la voix

J’allais trancher scs jours ou périr sa victime.

Dieu !

CATHERINE

LE DAUPHIN

Quuu désir plus noble à l’euvi vous anime; Soyez les bienfaiteurs de vos concitoyens.

Unissez-Yous à moi : vos destins sont les iniens.

Eh ! pourrez-vous jamais trouver pour la patrie Dans un autre que moi la même idolâtrie?

Qui sera plus jaloux d’assurer vos succès ?

Et que puis-je vouloir que le bien de» Français ? Tout n’est-il pas commun entr’eux et ma famille ? Leur gloire fait l’éclat dont la couronne brille : Leur malheur est le nôtre. Ah ! rappelez ces temps Où l’on vit dans Calais six obscurs habitans, Offrant pour mon aïeul leur sang , leur existence , Sauver par leur vertu ce rempart delà France. L’étranger confondu d’un si beau dévoûment , Versa des pleurs de rage et d’attendrissement.

Il sentit qu’entouré d’une force terrible Le roi de tels sujets demeurait invincible ;

Il respecta son trône et fuit de ses états ;

Mais , s’il n’eût rencontré que des peuples ingrats , Turbulens , divisés, rebelles à leur maître,

Que devenait la France ? elle aurait cessé d’être. Un malheur aussi grand la menace en ce jour,

Et son salut encor peut naître de l’amour.

Les héros de Calais en vous peuvent revivre.

Leur palme vous attend et ma main vous la livre.

La refuserez-vous ?

CLJSSON, i Pecquigny,

Je te pardonne.

PECQÜIGN Y.

A moi ?

Je veux tout immoler à l’intérêt du roi.

Je veux d’un bon Français suivre la loi chérie,

Et ne voir d’ennemis que ceux de la patrie.

PECQUIGNY

Tu l’emportes. ‘Confus d’avoir pu l’offenser,

J’accepte le pardon , ce n’est point m’abaisser ,

C’est m’honorer moi-même en te rendant justice. Prince , vous exigez un autre sacrifice :

Je ne puis vous l’offrir qu’au milieu des Etats.

Là , Pecquigny préside , et vous ne doutez pas ,

S’il voit avec les siens vos vœux d’intelligence ,

Qu'il ne s’y joigne à vous pour le bien de la France.

LE DAUPHIN

Cet espoir me suffit.

CATHERINE

Je renais au bonheur !

Ah ! prince, n’est-cc point un songe trop flatteur ?

Je vous dois un époux -, mon fils vous doit un père. Recevez les tributs du fils et de la mère ,

Ange consolateur : je tombe à vos genoux.

Je les baigne de pleurs , mais ceux-là sont bien doux ; Ils naissent de l’amour , de la reconnaissance ,

Et vous ne coûtez point d’autres pleurs à la France.

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