ACTE I, SCÈNE II
L'entourer, le saisir et changer la fortune.
Instruit de son revers par la douleur commune ,
Je me flatte de voir mes amis accourir,
Que de mon noir séjour les portes vont s’ouvrir ; Que changeant mon destin aussi-bien que le vôtre....
PECQUIGNY
Sire, plus que jamais ce désir est le nôtre.
LE ROI DE NAVAKRE
Eh bien , à ma prison par vos armes ravi ,
Que vois-je dans ces murs où je vous ai suivi?
Le tumulte , l’efl’roi , l’audace , la licence ;
Les États divisés , sans force , sans puissance ,
Hardis devant le prince, humbles devant Marcel ; D’un peuple turbulent ce magistrat cruel ,
Cet orateur fougueux dont le grossier langage Sait de la multitude entraîner le sufl’rage,
Qui possède surtout l’art de la diriger,
Que je bais, que je crains et qu’il faut ménager; Non moins que le régent chaque jour il vous brave ; Tout fier de présider dans l’assemblée esclave,
Les obscurs députés des simples citoyens , Dispensateur des rangs , des dignités , des biens ,
Du haut -d’un tribunal ou siègent tous les crimes,
11 menace , on frémit; il marque des victimes , r Leur sang 1 coule. On a vu deux illustres guerriers ,
Et ConfUns et Clermont , blanchis sous les lauriers ,
A la voix de ce monstre, ô barbare spectacle !
Aux yeux du Dauphin même immolés sans obstacle. Le dirai-je? on l’a vu , protecteur insolent,
Pour dérober le prince au glaive encor sanglant , Couvrir un front sacré du signe des rebelles.
Le sceptre de la France est dans ses mains cruelles Lui seul dicte des lois ; et qui voudrait enfin Pour fléchir sous Marcel abaisser le Dauphin? N’attendez pas qu’un roi jusque-là s’avilisse.
Je serai votre ami , mais jamais son complice.
PECQUIGNY
Pour la première fois je vous vois aujourd’hui Tonner contre Marcel dont vous étiez l’appui.
LE ROI DE NAVARRE
Pour la première fois j’apprends à le connaître. Savez-vous à quel prix nous seconde le traître ?
Il veut armer le peuple , il veut que cette nuit Partout des meurtriers se répandent sans bruit : Que la mort du Dauphin , signal d’un long carnage , Les temples, les palais réservés au pillage....
PECQUIGNY. ,
Tl ose du Dauphin demander le trépas !
Y consentirez-vous ?
PECQUIGNY
* • Nous des assassinats !
Nous répandre le sang d’une telle victime!
Sauvons la liberté ; mais gardons-nous du crime.*
LE ROI DE NAVARRE
Marcel en voulait un : j’ai changé de projeu.
AGTE I, SCÈNE II.
PECQUIGNY
Mais vous joindre au Dauphin! exposer des sujets Au courroux de ce prince outragé pour vous plaii
LE ROI DE NAVARRE
Dans ces extrémités , eh ! que pouvais-je faire?
PEGQUIGNY.
Sire, pour accomplir votre premier dessein , Trompez également Marcel et le Dauphin.
LE ROI DE NAVARRE
Comment y parvenir ?
PECQUIGNY
Vous le pouvez encore.
Contre deux ennemis que votre cœur abhorre Maître de tout oser ne tenterez-vous rien ?
Pour les perdre tous deux , il serait un moyen.
PECQUIGNY. t
Sur ?
LE ROI DE NAVARRE
Infaillible... il va vous étonner peut-être.
PECQUIGNY
Sauve-t-il l’empire ?
LE ROI DE NAVARRE
Oui.
PECQUIGNY
Sire , sans le connaître
Je l’accepte.
ie CHARLES DE NAVARRE,
LE ROI DE NAVARRE. f
Ecoutez. Non loin de ces remparts De mes soldats armés flottent les étendards.
Si l’ombre de la nuit protégeant leur entrée....
La ville des Etats aux étrangers livrée!
Nous verrions dans Paris de nouveaux oppresseurs ;
LE ROI DE NAVARRE
Vous verrez dans Paris de zélés défenseurs Des guerriers dont le bras à vos ordres dociles , Ecartant les fléaux de la guerre civile ,
Sous la loi des états fera tomber soudain Le parti de Marcel et celui du Dauphin.
> PECQUIGNY
Et qui nous Répondra que ces vœux soient les vôtres Qu’à nos tyrans détruits n’en succèdent point d’autres
, LE ROI DE NAVA R RE
Qui ? Celui que j’appelle à guider mes soldats ,
L'n héros jeune encor, mais célèbre aux combats , Votre ami le plus cher et l’espoir de la France : Clisson.
PECQUIGNY
Ce nom sacré bannit ma défiance.
Mais comment dans ses mains placer nos intérêts ? Prisonnier du Dauphin , par quels moyens secrets Peut-il.... ■ ,