ACTE I , SCÈNE II
Est-ce donc à ce prix que mon hardi courage , Jusqu’en votre prison se frayant un passage ,
Des remparts d’Amiens, à travers cent hasards, Vous guida triomphant au sein de nos remparts ? Sire , à traiter sans nous quel motif vous engage ?
LE ROI DE NAVARRE
Aux vertus du Dauphin je rends un juste hommage Je cède au temps , aux lois , au nom de ses aïeux.
Céder ! en quel moment ! Jetez ici les yeux ;
Les Etats sont pour vous : cette immense assemblée Au bruit de nos malheurs près du trône appelée , Voyant avec effroi ce trône abandonné,
Et son maître vaincu dans Londre emprisonné , Demandait en tremblant si , pour sauver la France, Un jé»ie prince, armé des droits de la régence , Offrait un sûr garant dans nos périls nombreux ; . Vous paraissez : sur vous se portent tous les vœux, - Vous, le premier vassal de cet auguste empire; Vous , le gendre du roi , vous que l’Europe admire Vous contre l’injustice armé par vos revers.
LE ROI DE NAVARRE
Il est vrai , Pecquigny, les maux que j’ai soufferts, Me font plus que jamais haïr la tyrannie.
Puis-je oublier sa rage et mon ignominie ?
A peine assis au trône à sa gloire fatal ,
Le père du Dauphin.se moptra mon rival.
Jaloux, ardent , bercé d’orgueilleuses chimères,
CHARLES DE NAVARRE, Comparant nos états plus que nos caractères ,
Sous sa vaste puissance il crut m’anéantir :
Par des Ilots d’ennemis il me fit investir.
Moi , parmi ses vassaux formant d’heureuses ligues. Au sein de sa maison je semai les intiigues.
11 me trouvait partout ; dans ses camps , à sa cour ;
De vingt pièges nouveaux assiégé chaque jour,
Il céda ; mais , instruit qu’une paix incertaine ,
Ne servait qu’à voiler les projets de ma haine,
Aux murs qui de Rollon fixèrent le destin ,
T roublant et l’allégresse et la paix d’un festin ,
Il entre environné d’une' garde imposante.
S'élance , me saisit d’une main menaçante.
Sans respect de mon nom , presque sous mes regards. Il fait périr d’Harcourt , Graville et Mainemars,
De ma joie innocente infortunés complices. /
Que de fois j’ai juré de venger leurs supplices ,
Mes outrages , mes fers , ma gloire , l’amitié !
Grâce au ciel, ma vengeance est remplie à moitié : L’Anglais s’en est chargé, l’Anglais dont la vaillance Punit de mon tyran la fougueuse imprudence ,
Aux plaines de Poitiers flétrit son étendard Et le traîna captif jusqu’aux pieds d’Edouard.
O spectacle ! ô leçon terrible et mémorable!
Votre maître appuyé d’une armée innombrable , Assiège dans son camp , à tout secours fermé ,
Un ennemi défait, par la faim consumé :
Il refuse la paix , certain de la victoire 5 Et du. jeune Edouard éternisant la gloire Il voit quelques soldats guidés par ce béros. Rompre ses bataillons , renverser ses travaux ,