‹ Charles de Navarre, tragedie en cinq actes;Chapitre 4 sur 65 · ACTE I , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE II

Est-ce donc à ce prix que mon hardi courage , Jusqu’en votre prison se frayant un passage ,

Des remparts d’Amiens, à travers cent hasards, Vous guida triomphant au sein de nos remparts ? Sire , à traiter sans nous quel motif vous engage ?

LE ROI DE NAVARRE

Aux vertus du Dauphin je rends un juste hommage Je cède au temps , aux lois , au nom de ses aïeux.

Céder ! en quel moment ! Jetez ici les yeux ;

Les Etats sont pour vous : cette immense assemblée Au bruit de nos malheurs près du trône appelée , Voyant avec effroi ce trône abandonné,

Et son maître vaincu dans Londre emprisonné , Demandait en tremblant si , pour sauver la France, Un jé»ie prince, armé des droits de la régence , Offrait un sûr garant dans nos périls nombreux ; . Vous paraissez : sur vous se portent tous les vœux, - Vous, le premier vassal de cet auguste empire; Vous , le gendre du roi , vous que l’Europe admire Vous contre l’injustice armé par vos revers.

LE ROI DE NAVARRE

Il est vrai , Pecquigny, les maux que j’ai soufferts, Me font plus que jamais haïr la tyrannie.

Puis-je oublier sa rage et mon ignominie ?

A peine assis au trône à sa gloire fatal ,

Le père du Dauphin.se moptra mon rival.

Jaloux, ardent , bercé d’orgueilleuses chimères,

CHARLES DE NAVARRE, Comparant nos états plus que nos caractères ,

Sous sa vaste puissance il crut m’anéantir :

Par des Ilots d’ennemis il me fit investir.

Moi , parmi ses vassaux formant d’heureuses ligues. Au sein de sa maison je semai les intiigues.

11 me trouvait partout ; dans ses camps , à sa cour ;

De vingt pièges nouveaux assiégé chaque jour,

Il céda ; mais , instruit qu’une paix incertaine ,

Ne servait qu’à voiler les projets de ma haine,

Aux murs qui de Rollon fixèrent le destin ,

T roublant et l’allégresse et la paix d’un festin ,

Il entre environné d’une' garde imposante.

S'élance , me saisit d’une main menaçante.

Sans respect de mon nom , presque sous mes regards. Il fait périr d’Harcourt , Graville et Mainemars,

De ma joie innocente infortunés complices. /

Que de fois j’ai juré de venger leurs supplices ,

Mes outrages , mes fers , ma gloire , l’amitié !

Grâce au ciel, ma vengeance est remplie à moitié : L’Anglais s’en est chargé, l’Anglais dont la vaillance Punit de mon tyran la fougueuse imprudence ,

Aux plaines de Poitiers flétrit son étendard Et le traîna captif jusqu’aux pieds d’Edouard.

O spectacle ! ô leçon terrible et mémorable!

Votre maître appuyé d’une armée innombrable , Assiège dans son camp , à tout secours fermé ,

Un ennemi défait, par la faim consumé :

Il refuse la paix , certain de la victoire 5 Et du. jeune Edouard éternisant la gloire Il voit quelques soldats guidés par ce béros. Rompre ses bataillons , renverser ses travaux ,

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