ACTE I, SCÈNE IV. . i
CATHERINE
Vous me faites frémir. Quel privilège affreux !
Un ennemi captif est assez malheureux.
; Ciel ! par une rigueur lâche autant qu’inutile Faut-il doubler les maux de la guerre civile ?
Hélas ! comment juger dans vos longs différens ,
Quels sont les droits du prince, et du peuple et des grands ! Pour moi qui n’écoutais que mon devoir auguste , Leparti de Clisson me sembla le plus juste.
Une femme toujours de ses affections •' Reçoit ses préjugés et ses opinions. 1
Que lui fait l’intérêt de la cause publique?
Le, penchant de son cœui* règle sa politique.
La mienne a corrompu le bonheur de mes jours ,
Mais sans aigrir jamais mon âme et mes discours ,
Sans verser dans mon sein les poisons de la haine ,
Sans me faire goûter une joie inhumaine Aux maux des citoyens a mes vœux opposés.
Quel que soit le motif qui nous a divisés ,
Je sens qu’ils sont Français -, j’aime en eux la patrie ,
, Je les plains , je les sers 5 et si la barbarie Ose porter sur eux des coups dont je frémi ,
' Quiconque les accable est mon seul ennemi.
Jugez de ma douleur , sire , en ce jour d’alarmes ,
Où dans nos murs sanglans chacun volait aux arme6 -,
Où je vis mon époux , s’efforçant* d’arrêter Les Ilots d’un peuple ému prompt à se révolter ,
Par l’ordre du Dauphin saisi comme un rebelle ,
Et plongé dans la nuit d’une prison ci’Uelle.
Dieu ! suis-je destinée à de plus grands malheurs ,
Et me réservez-vous d’autres sujets de pleurs?
i4 CHARLES DE NAVARRE,
PECQUIGNY
Contraignez-vous. Ou ouvre et le régent s’avance.
Ces gardes , cette cour annoncent sa présence.
LE ROI DE NAVARRE
De ce faste nouveau que dois-je présager?
Autour de votre maître accourez vous ranger,
Soldats.
( Les gardes da roi de Navarre viennent se placer derrière lui. ) CATHERINE.
Mon oppresseur î je sors.
LE ROI nn NAVARRE
Restez , madame ,
Et sachez avec moi les secrets de son âme.