CHAPITRE VIII
Le fleuve Saint-Jean. — Ses nombreux tributaires. — Terres qu’il arrose. — Nations sauvages. — Fondation du fort Saint-Jean. — Son site. — Charles de Saint- Etienne de la Tour, gouverneur et lieutenant-général en Acadie. — Etendue de ses pouvoirs.
A quatorze lieues au nord-est de Port-Royal, sur le côté nord de l'ancienne Baie Française, aujourd’hui Baie de Fundy, est un fleuve considérable qu’on appelle communément la rivière Saint- Jean. Son cours d’environ quatre cent cinquante milles arrose un territoire de vingt-six milles carrés. De nombreux tributaires grossissent le volume de ses eaux. Il en reçoit soixante pour cent de la province de Québec, trente pour cent de l’Etat du Maine et dix pour cent du Nouveau-Brunswick. Ces rivières sont le Richibouctou, le Miramichi, le Nipisiquit, le Restigouche, le Washademoak, le Gaspareau, le Nashwaak, l’Oromocto, le Tobique, le Kennebeccasis et la rivière de Bellisle, ainsi nommée en mémoire de la famille du même nom qui a joué un rôle important dans l'histoire du pays et qui compte au Canada de nombreux descendants. Plusieurs rivières des comtés de Bellechasse, de Montmagny, de l’Islet, de Kamouraska, de Témiscouata et de Rimouski alimentent le fleuve Saint-Jean. Des lacs importants se rencontrent sur son parcours ou celui de ses tributaires. Le lac Témiscouata, situé à vingt-deux milles de la rivière Madawaska, a une longueur de vingt-huit milles. Que de fois nos hardis colons et nos missionnaires héroïques, aux premiers jours de notre histoire, se sont laissés descendre au gré de leurs courants ou les ont remontées sur des canots d’écorce n’ayant pour guides que des sauvages et quelques rares compagnons. On prétend que le gouverneur de Québec pouvait faire parvenir des messages au fort de Saint- Jean en moins de cinq jours. Il s’agissait de faire diligence, puisqu’il y avait à franchir la distance de 430 milles.
M. Wm.-O. Raymond, dans son remarquable ouvrage (1), décrit avec grande précision les beautés et les richesses du pays arrosé par la rivière Saint-Jean. Entre tous les affluents de ce cours d’eau, il mentionne l’Aroostook qui prend sa source dans le Maine et qui arrose à lui seul un territoire de 2,160 milles carrés. En descendant la rivière Saint-Jean se rencontre le Grand Lac, plus considérable encore que le lac Témiscouata, mais d’une moindre profondeur. Plus au sud, sont les anciennes colonies de Médoctoc et de Jemsek ouvertes de bonne heure par les Damours de Freneuse et des Chauffours, les Le Borgne de Bellisle et les Robichaud qui ont fondé des villages qui portent leurs noms.
Les premiers explorateurs, MM. de Poutrincourt, de Champlain et les Pères Jésuites ne furent pas lents à visiter ces terres incultes. En 1611, le P. Biard écrivait : “l’entrée de la rivière Saint-Jean est étroite et très dangereuse : car il faut passer au milieu de deux roches, desquelles l’une jette sur l’autre le courant de la marée estant entre eux aussi vite qu’un traict. Après les roches suit un horrible précipice, lequel si vous ne passez à propos et quand il est comblé bien doucement, de cent mille barques une seule n’échapperait pas, que corps et biens tout ne pérît (2) ”.
Nicolas Denys avait remarqué cette curiosité qu’offre la rivière Saint-Jean. “ Passé l’île, dit-il, au-dessous de laquelle mouillent les vaisseaux pour être plus à l’abri, il n’y a qu’une bonne portée de canon jusqu’au saut, où ils peuvent passer en chaloupes et petites barques; mais avant que d’entrer plus avant en la rivière il y a une chose qui est assez surprenante. A la chute du saut, est une grande fosse de trois ou quatre cents pas de tour faite par la chute de l’eau qui passe entre deux rochers. Ces derniers forment un détroit à la rivière qui la suit plus rapide en cet endroit. Dans cette fosse il y a un grand arbre debout, qui flotte et quelque courant qu’il y ait, il n’en sort jamais, et ne paraît que de temps en temps ; l’on est quelques fois huit, dix, ou quinze jours sans le voir, le bout qui paraît sur l’eau est à peu près gros comme le tour d’une barrique... Quand il paraît c’est tantôt d’un côté tantôt d’un autre. Tous les sauvages qui passaient par là lui rendaient hommage, mais peu le font à présent, ayant été désabusés. Ils appelaient cet arbre “ le Manitou ”, c’est-à-dire le
(1) Révérend Wm.-O. Raymond : The river Saint-John, 1910.
(2) Les Relations des Jésuites, 1611, p. 34.
diable. L’hommage qu’ils lui rendaient anciennement était en un ou deux castors ou autres pelleteries qu’ils attachaient sur la tête de cet arbre avec une flèche qui était faite d’un os d’orignal. . . . Lorsqu’ils passaient par là, et qu’il n’apparaissait pas, ils tenaient cela à mauvais présage, disant qu’il était fâché contre eux. Depuis que les Français sont en ces quartiers-là, qu’on leur a donné des fers de flèches, ils ne se servent plus des autres et le pauvre “ Manitou ” en a la tête si couverte qu’à peine on pourrait y mettre une épingle. Je l’ai vu et des hommes de M. de La Tour qui demeuraient avec lui, et depuis avec moy, m’ont assuré qu’il fit une fois attacher des cordes à la tête de cet arbre et que des chaloupes avec dix avirons nagèrent de toutes leurs forces avec le courant ne l’on jamais pu tirer hors de sa fosse. . . (1)”
Le P. Biard raconte que le fils de Dupont-Gravé et le capitaine Merveille avaient établi un campement à six milles plus haut que l’entrée de la rivière. On y faisait le trafic des fourrures. Biencourt voulut un jour les forcer à lui payer le droit de quint sur les marchandises ; ils s’y refusèrent, ce qui fut la cause d’un conflit. Le P. Biard l’apaisa heureusement.
Plusieurs tribus sauvages habitaient ces régions : les Micmacs ou Souriquois, les Malécites et Amourichiquois. Ces derniers se rencontraient sur les bords de la rivière Kinibequi et se livraient à la culture du maïs. De Biencourt les alla visiter afin d’en obtenir des provisions en attendant des secours de France. C’est dans ce voyage que le P. Biard et ses compagnons atteignirent Pentagouët. A son retour, le jésuite aurait désiré revenir sur la rivière Saint- Jean où se trouvait Dupont-Gravé afin de catéchiser les sauvages, mais de Biencourt lui ayant imposé l’obligation de nourrir les matelots qui devaient l’y conduire, il dut se résigner à revenir à Port-Boyal.
Charles de La Tour n’avait pas été lent à visiter le bassin de la rivière Saint-Jean. La chasse, la pêche, le trafic des fourrures étaient une source de richesses inépuisables. Dans les nombreuses Iles Tousquet, situées entre le Cap Fourchu et le Cap de Sable, il possédait un comptoir de traite. Les sauvages y venaient de plusieurs endroits (2). Voilà pourquoi fut-il désireux de s ouvrir de nouvelles sources de revenus en favorisant de tout son pouvoir
(1) Nicolas Denys : Description de l’Amérique, pp. 41, 42, 43.
(2) Le même, p. 63.
l’établissement d’un fort à l’entrée de la rivière Saint-Jean. Ses relations, très anciennes avec les peuples sauvages, et son alliance avec une fille des bois lui assuraient un succès toujours grandissant. Bernard Marot et les Pères Récollets ne firent qu’applaudir au projet. Les missionnaires pensaient avec raison y trouver un moyen très sûr de faire des prosélytes parmi les nombreuses peuplades qui fréquentaient ces parages. Il fut donc décidé qu’on bâtirait un fort à l’entrée de la rivière Saint-Jean, et Charles de La Tour fut chargé du soin de cette construction. Le vaisseau de Tufîet fut renvoyé en France sans retard afin de ne pas perdre un temps précieux. Champlain blâme cette précipitation. “ On aurait pu, dit-il, le remplir de pelleteries ce qui eut compensé Tuffet et les Associés des dépenses qu’ils avaient encourues pour ce voyage ”. Au mois d’août 1631, le même navire revint chargé de tout le matériel nécessaire pour parachever le fort et approvisionner celui du Cap de Sable. “ Les Associés, écrit Sixte le Tac, montrèrent par leur diligence qu’ils n’oubliaient rien de ce qui était nécessaire pour la peuplade et la conservation de l’habitation nouvelle qu’ils avaient fait dresser à la rivière Saint-Jean, puisqu’ils envoyèrent le même vaisseau, au mois d’octobre, avec nombre d’ouvriers et quelques Pères Récollets pour y faire mission... (1)”
Le nouveau fort établi dans les années 1630-1631 fut appelé fort Saint-Marie. Ainsi tombent toutes les suppositions accumulées par M. Moreau dans son regrettable et partial ouvrage (2) .
(1) Sixte le Tac: Histoire chronologique de la Nouvelle-France, p. 154- En marge de la tragédie d’un peuple, p. 3.
(2) Moreau : Histoire de l’Acadie française, p. 152. Cet auteur écrit : “Ne peut-on pas penser que las de lutter inutilement contre d’Aulnay dans la presqu’île et de pousser sans succès les sauvages à la révolte, La Tour prit le parti de s’établir sur la rive gauche de la Baie Française dans le triple dessein de s’ouvrir une contrée inconnue des Français, de se poster en face d’Aulnay, et en même temps de se rapprocher des Anglais de la Baie du Massachusetts avec qui il pouvait lui être utile de se ménager des intelligences ? Souvenons-nous, en tous cas, que la lettre du roi (février 1638) parle des entreprises de “ quelques étrangers sur les côtes...” De cette trinité d’assertions, retenons la seule vraie, à savoir, qu’en établissant le fort de Saint-Jean, de la Tour voulut “ s’ouvrir un débouché sur un pays très riche en fourrures et conserver ses relations avec ses alliés sauvages. Quant à se poster en face d’Aulnay, il n’en eut cure puisqu’au moment de la fondation de ce fort, ce dernier n’avait pas encore foulé la terre acadienne. Pour ce qui concerne ses prétendues alliances avec les Anglais nous prouvons plus loin, par un document authentique, daté de 1632, que M. Moreau s’est également égaré en suivant le mémoire si imprécis d’Aulnay. Ce qui étonne le plus, c’est que cet auteur ne craint pas d’ajouter : “Pour tout dire en un mot, les raisons qui avaient décidé La Tour à prendre position sur les bords de la rivière de Saint-Jean, avaient dû l’exciter (d’Aulnay) à lui contester ce poste.” M. Moreau : Histoire de l’Acadie française, pp. 153 et 154.
ET SON TEMPS
Où fut érigé le fort de Saint-Jean ? L’érudit historien qu’est M. Ganong, auteur de plusieurs travaux importants, le place à Portland Point. Il fonde son sentiment sur le témoignage de Nicolas Denys : “ L’entrée de la rivière Saint-Jean, écrit ce dernier, est de dangereux abord, rangeant la terre des deux côtés ; le meilleur endroit est du côté du Tribord ou main droite, sans trop approcher la terre ; cette entrée est étroite, à cause d’une petite Isle qui est à basbord, ou costé gauche, laquelle passée, la rivière est bien plus large : du mesme costé de l’Ile, il y a de grands marais ou prairies qui sont couvertes de pleine mer, le rivage est sable vaseux, qui fait une pointe, laquelle passée, il y a une ance qui entre dans les dits marais, dont l’entrée est étroite, où feu M. de la Tour avait fait faire une écluse, où l’on faisait saller pour l’hiver . . . Un peu plus avant au delà de la dite écluse, il y a une petite butte, où d’Aulnay fit bâtir son Fort que je n’ai pas trouvé bien placé à mon avis, pour être commandée d’une île qui est tout proche plus élevée, et derrière laquelle tout navire se peuvent mettre à couvert du Fort, dans lequel il n’y a que de l’eau de puits qui n’est pas bien bonne non plus que celle qui est hors du Fort. Il aurait été à mon avis mieux placé derrière l’Isle où mouillent les vaisseaux, et où il aurait été plus élevé et par conséquent point commandé d’autres endroits voisins, et aurait eu bonne eau, comme dans celui que fit bastir le dit feu sieur de la Tour, lequel fut ruiné par d’Aulnay qui s’en est rendu maistre assez injustement n’y ayant aucun droit, ce qu’il aurait eu bien de la peine à exécuter s’il n’eût été averti de l’absence du dit sieur de La Tour. . . (1).”
Au témoignage de Denys, Charles de La Tour avait le coup d’œil juste. Il bâtit son fort dans un endroit favorable. Comme le fort Saint-Louis qu’il érigea en la Baie de Sable sur une hauteur d’où l’on a une vue splendide sur la mer, il choisit pour site du fort Sainte-Marie une pointe élevée, appelée de nos jours Portland Point, qui commandait et sur la mer et sur la plaine. Charles de La Tour, doué d’un sens pratique que ses ennemis même sont forcés de lui reconnaître, eut le soin de pourvoir son fort d’eau potable si nécessaire en tout temps. Le fondateur des forts Saint- Louis et Saint-Jean a droit à la reconnaissance de notre peuple
(1) Denys : Description géographique. Ganong : Site of Fort La Tour : Mémoires de la Société Royale du Canada, 1891.
pour les travaux qu’il s’est imposés au début de la colonie acadienne. Son nom mérite d’être gravé à jamais dans les annales de notre pays à côté de ceux des Cartier, des Champlain, des Maisonneuve, des de Monts et de Poutrincourt. Il a été à la peine, qu’il soit à l’honneur !
Le 16 juillet 1631, étant au fort Saint-Louis, en la Baie de Sable, il reçut les lettres patentes qui le nommaient “ Gouverneur et Lieutenant-Général ” en la coste de l’Acadie. M. Moreau a prétendu qu’il ne reçut ce jour que le titre de capitaine du fort (1). M. Lauvrière dit avec vérité, et il s’appuie sur le mémoire de 1697, déjà mentionné (2), “qu’étant passé en France, Charles de La Tour fut présenté au roi Louis XIII.” Les lettres de présentation et de nomination ne laissent aucun doute sur l’exactitude de cette assertion quoique l’éminent écrivain prétende, à tort, que le roi “ aurait exigé que le traité passé entre le capitaine de La Tour et le capitaine Alexandre fût annulé (3) .” Mais si cette affirmation est vraie, l’auteur ne voit-il pas qu’elle contredit cette autre qui se rencontre aux deux premières lignes de la même page, où il écrit qu’à la Cour “ on ignore la trahison ou du moins toute l’étendue de la trahison ” ? Quant au P. Candide, qui a cru bon “ d’asseoir ses convictions de 1905 sur l’écrivain Moreau ”, en dépit du sentiment de M. Lauvrière, on le retrouve encore, en 1925, sur les mêmes assises ; en effet, il réédite le thème suranné de l’auteur démodé qu’est son maître et il écrit sérieusement : “ L’année suivante (11 avril), Richelieu nommait La Tour capitaine du fort (4).”
La vérité est celle-ci : le 2 février 1631, Charles de La Tour fut présenté par le Cardinal de Richelieu au roi Louis XIII, pour commander en la qualité de “ Gouverneur et Lieutenant-Général de Sa Majesté, en la coste de l’Acadie et lieux qui en dépendent. .” Le Cardinal, qui “ s’entend en hommes,” déclare qu’il estime “ ne pouvoir donner cette charge à personne qui soit plus capable ni qui s’en acquitte mieux et avec plus d’affection et de fidélité que le Sieur Charles de Saint-Etienne, écuyer, sieur de La Tour, Associé en la dite Nouvelle Compagnie de Canada. . .”
(1) M. Moreau : Histoire de l’Acadie française, p. 128.
(2) Collection de documents et de manuscrits, II, p. 353.
(3) M. Lauvrière : La tragédie d’un peuple, I, p. 52, 1924, I, p. 49.
(4) P. Candide : Pages glorieuses, p. 135.
ET SON TEMPS
Voilà un brevet de capacité, d’attachement au devoir et de fidélité, tout à l’honneur de La Tour. N’est-il pas en contradiction avec celui que lui ont décerné M. Moreau et les admirateurs d’Aulnay ? Il y est qualifié écuyer et l’un des Associés de la Compagnie de la Nouvelle-France. Ces titres lui sont reconnus par le Cardinal-ministre et par Sa Majesté Louis XIII. Qui oserait les mettre en doute ? Les lettres patentes royales portent la date du 8 février 1631. Ce fut le capitaine Laurent Ferchaud qui fut chargé (1) de les apporter à Charles de La Tour. Il était parti au mois d’avril 1631, sur un vaisseau chargé de munitions destinées à la défense du fort du Cap de Sable. Ces précieux documents se lisent comme suit :
“ Armand, Cardinal de Richelieu, grand maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Ayant pouvoir à cause de nostre charge de grand maître, chef, surintendant général de la navigation et commerce de France de nommer, pourvoir et commettre à tous les offices et charges qui regardent le fait de la marine, navigation & establissemans de compagnies touchant le fait du commerce, tant dedans que dehors le roiaulme, et le commandement des pais, isles et terres qui sont conquis oultre mer pour y faire nouvelles collonies de François, mesme en la Nouvelle France, pour lequel pais soubs l’othorité de Sa Majesté et la nostre il s’est formé une nouvelle compagnie, et d’autant qu’il est besoing d’establir un chef et lieutenant de Sa Majesté ou cappitaine pour y commander et tenir la pais & les peuples qui y sont en assurance soubs l’obéissance de Sa Majesté et la nostre, & que dans led. pais de la Nouvelle France il y a plusieurs contrées & provinces ausquelles il faut pourvoir d’ung chef & lieutenant général de Sa Majesté pour y commander, entre autres en la coste de l’Acadie et lieux qui en despendent, estimant ne pouvoir donner ceste charge à personne qui soit plus capable ni qui s en acquitte mieux et avec plus d’affection et fidellité que le sr Charles de Saint-Estienne escuyer, sieur de la Tour, associé en lad. Nouvelle
m Les voyages de Champlain, II, p. 330. Charles de Saint-Etienne de La
^^^f’aum^^ocuments8 inédits' bièn^ propres à jeter complète lumière sur cette question acadienne.
compagnie de Canada, pour la parfaicte congnoissance qu’il a dud. pais où il est a commandé deupuys plusieurs années, pour ses causes et aultres bonnes considérations, avons du consentement de lad. Nouvelle compagnie nommé & présenté, nommons & présentons par ces présentes au Roy nostre souverain seigneur led. sr. de la Tour pour estre pourvu soubs son bon plaisir de la charge de lieutenant general de Sa Majesté aud. pais de l’Acadie, fort Louys & port de la tour, et lieux qui en despendent en la Nouvelle France, pour y commander et à tous les gens de guerre qui y sont pour la garde desd. beux, que pour maintenir le négoce et habitation dud. pais, conservation et sûreté d’ieelluy, soubs l’authorité & obéissance de Sa Majesté, aveq pouvoir d’establir soubs lui un lieutenant que bon luy semblera, pour jouir par led. sr de la Tour de lad. charge tant qu’il plaira à Sa Majesté et de nous, aux honneurs authorité, préminences, qui y sont & seront attribués, suppliant très humblement Sa Majesté davoir agréable ceste présante nomination, sur icelle faire expédier aud. sieur de la Tour toutes les lettres de provisions à ce nécessaires. En tesmoing de quoy nous avons signé, fait mettre le scel de noz armes & soubsigner par nostre secrétaire. A Paris, le deuxième jour de febvrier MVIc trente ung. Signé Armand, Cardinal de Richelieu, & sur le reply, par mondit Seigneur, Martin, scelé en double queue.
LES LETTRES PATENTES ROYALES VIII février
Louis par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous ceulx qui ces présentes verront, salut. Scavoir faisons que pour les bonne et entière confiance que nous avons de la personne de nostre cher et bien aimé Charles de Saint-Estienne, escuyer, sieur de La Tour, associé de la Compagnie de la Nouvelle France, & de son sens, prudhommie, fidellité, expérience, et bonne dilligence, à icelluy, pour ses causes et autres à ce nous nouvans et en agréant et approuvant la nomination & présentation qui nous a esté faite de sa personne par nostre très cher et très amé cousin le sieur Cardinal de Richelieu, grand maître, chef, surintendant général de la navigation & commerce de France, ci attaché soubs
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hettre de M. de Vaux, conservateur des Archives de la Charente-Inférieure, à l’auteur
ET SON TEMPS
le scel et contre scel de nostre chancellerie, avons donné & octoyé, donnons et octroyons par ces présentes la charge de nostre lieutenant général au pais de l’Acadie, Fort Louys, port de la Tour, & lieux qui en despendent en la Nouvelle France, pour y commander à tous les gens de guerre qui y sont tant pour la garde desd. lieux que pour maintenir le négoce & habitation dud. pais, conservation et sûreté d’icelluy, soubs nostre authorité & obésissance, avecq pouvoir d establir soubs luy tel lieutenant général que bon luy semblera pour jouir et user aux honneurs, authorité, prérogatives, prééminences, privilèges, droitz, proufitsz, revenus & esmollumans qui y sont et seront atribuez, tant qu’il nous plaira. Cj donnons en mandemant a tous noz lieutenans généraulx, cappitaines, conducteurs de nos gens de guerre, justiciers, officiers, lieutenants généraux, magistratz, conseillers de ville, chescun en droict soy qu’ils laissent led. sieur de la Tour jouir & user de lad. charge, plainemant & paisiblement, et a luy obéir ou entendre de tous eeulx et ainsi qu’il appartiendra ès choses touchant & concernant icelle charge. Car tel est nostre plaisir. En tesmoing de quoy nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes. Donné à Paris, ce Ville février, l’an de grâce MVIc XXXI & de nostre règne le XXIIIe. Signé Louys, et sur le reply, par le Roy, Bouteiller, et scelé de sire jaulne en double queue.
Collationné aux originaulx par moy, conseiller secrétaire du Roy, Maison et Couronne de France, et de ses finances. Signé Poitevin (1).”
Charles de Saint-Etienne de La Tour accusa la réception de cette commission royale dans les termes suivants (2) :
“ Aujourdhuy Seiziesme jour du mois de juillet mil six cents trente ung jay reçu les présentes lettres de provision et accepte la charge de lieutenant général pour le Roy en ceste province de l’acadie et aultres quy en dépendent selon la Volonté de Sa Majesté et conformément aux dites lettres, partans je promets et
(1) Archives de la Charente-Inférieure : B. Amirauté de la Rochelle Prov 461. Faveur de M. de Vaux, conservateur des Archives.
(2) M. Edmonds, conservateur des Archives de l’Etat du Massachusetts, «à Boston, a eu la complaisance de nous fournir une copie de la confirmation de la commission accordée à de La Jour, annexée aux lettres patentes originales qui turent offertes à la Société Historique de Boston il y a plusieurs années, par feu M. Gay. De La Tour y apposa le sceau de ses armes, maintenant disparues de la commission. Nous avons heureusement retracé leurs empreintes sur ses lettres du 25 juillet 1627, dont l’une est à la Bibliothèque Nationale de Paris, l’autre à l’Institut de France.
jure d’estre fidel au Roy à mon Seigneur le Cardinal et à la compagnie de la nouvelle france garder les ordonnances et notamment l’édict de la dicte compagnie de la nouvelle france et les articles de société d’icelle tant en qualité de lieutenant général de Sa Majesté en ses provinces que comme ung des associés d icelle , en foy de quoy jay signé le présent acte le dit jour au fort St Louys province de l’acadie pays de la nouvelle france. de Par mon dict Seigneur