‹ Charles de Saint-Étienne de La TourChapitre 18 sur 70 · RICHARD GRAHAME PIERRE JAMES W. ALEXANDER · texte numérisé non relu

RICHARD GRAHAME PIERRE JAMES W. ALEXANDER

et le sceau.

In testimonium præmissorum Ego Notarius Supra nominatus, presens Instrumentum signo meo manuali solito Signavi requisitus Approbo heac verba “ leurs hoirs & Richard Gramis scripta interlineas.

JOSHUA MAINET,

Notarius publicus.

Nous soussigné certifions que Joshua Mainet qui a soubssigné l’instrument ci-devant escript de Sa main propre est notaire royal demeurant à Londres par l’autorité du Roy

ET SON TEMPS

notre Sire admis et jure & qu’aux actes, instruments et autres escriptures ainsy par luy soubssignés on adjouste foy et crédict et jugement & dehors.

Faict à Londres, ce 30e jour d’ Avril 1630.

CAROLUS DEMETRIUS notre pub. 1630.

TH. DE WATCHTER, not. pub. (1).

Ainsi, le 30 avril 1630, au moment où Claude de Saint-Etienne troquait son allégeance et engageait celle de son fils contre des honneurs et des possessions terriennes, il le faisait de son propre chef et en l’absence de son fils. Celui-ci, en effet, est bel et bien déclaré “ absent ”, ce qui oblige le noüle sir à insinuer dans les dites conventions la promesse de “passer ou de faire passer plus amples lettres en due forme ”, preuve évidente que le seigneur écossais et le nouveau baronnet se regardaient comme tenus de les soumettre au troisième intéressé qui devait avoir un mot à dire là-dessus.

Que faut-il penser maintenant du prétendu document daté du 6 octobre 1629 et sur la foi duquel on a écrit que “ le chevalier Claude de Saint-Etienne, seigneur de la Tour, et Charles de Saint- Etienne, son fils, signent, à Charlesfort (Port-Royal), avec le chevalier Guillaume Alexandre de Menstrie . des articles

d’accord (2) ? ” Nous avons prouvé ailleurs (3) qu’il ne porte aucune signature. Cette copie anonyme fut déposée aux Archives des Affaires étrangères à Paris (4) ainsi que d’autres mémoires qui furent écrits sur la demande expresse d’Aulnay, au lendemain de la prise du fort Saint Jean. Ces derniers, comme le premier document, ne portent aucune signature originale. A notre point de vue, ce trop fameux document, daté du 6 octobre 1629 et vierge de toute signature, n’est qu’une copie forgée sur les conventions conclues entre Sir Guillaume Alexandre et Claude de Saint-Etienne de la Tour, le 30 novembre 1630. Pour le prouver, nous n’avons qu’à rappeler qu’au mois d’octobre 1629, au moment où ces “ actes d’accord prétendus auraient été signés , Claude de La

(1) Archives de l’Etat du Massachusetts à Boston : Suffolk Deeds. Lib. III,

P' 2?2'(2) M. Lauvrière : La tragédie d’un peuple, I, p. 47 ; P. Candide : Pages glorieuses p. 134 d>un p. 32.

(4) SchivesS des Affaires étrangères, Corr. anglaises, 43, folio 195.

Tour était non pas au Port-Royal mais sur les navires de Kirke ; et, en compagnie de M. de Champlain, il arrivait à Londres le 29 octobre 1629.

Ce rapprochement logique des dates et des événements annule pour toujours le document anonyme exploité par les tenants de la thèse des amis de M. Moreau. Au surplus, au temps où cet historien écrivait, ce document lui était inconnu car il n’en dit pas un mot. Au printemps de 1630, Sir Guillaume Alexandre s’embarqua sur des navires en destination de Port-Royal et du Cap de Sable. Il conduisait dans le pays des hommes, des femmes, destinés à devenir le premier embryon d’une colonie écossaise. Sur les navires, on plaça des canons, des munitions de guerre et diverses provisions. Claude de Saint-Etienne de La Tour apportait avec lui les lettres patentes que lui avait accordées son noble protecteur et il avait assuré les Anglais qu’il amènerait son fils à leur rendre toutes sortes de services (1). Mais il s’était trompé sur les sentiments de ce dernier. Arrivé au Cap de Sable, il essuya une honteuse défaite. Muni des pièces dont nous venons de parler, écrit M. Moreau, “La Tour père partit aussitôt pour l’Acadie. Fut-il appuyé dans sa mission par deux navires de guerre, comme Denys l’a prétendu ? Ce n’est pas possible ni probable. Sir Guillaume Alexandre ne dut pas prévoir une résistance que La Tour, sans aucun doute, n’eut garde de lui laisser soupçonner, et qui, à le bien prendre, ne pouvait guère être soupçonnée. De quoi s’agissaitil, en effet, de déposséder La Tour fils ? Non. Il s’agissait au contraire de lui remettre un titre légal de propriété. Les lettres de concession lui donnaient sur les terres concédées “ tous droits, juridiction et privilèges autant et plus qu’aucun marquis, comte et baron en tenait de la couronne d’Ecosse. . . Le fils avait-il sur le territoire dont il se disait le maître, un autre titre que la possession ? L’Acadie était délaissée par le gouvernement français qui ne l’avait pas réclamée depuis 1612 et qui ne semblait pas, à la distance où était La Tour, devoir la réclamer jamais. Sa position était irrégulière et très incertaine . . . (2) ”.

Sans nous arrêter à discuter pour savoir si Guillaume Alexandre s’embarqua av ec son monde sur des navires de la “ marine

(1) Les voyages de Champlain, II, p. 314. — Moreau : Histoire de l’Acadie, p. 106. — Couillard Després : En marge de la tragédie d’un peuple, p. 36.

(2) Moreau : Histoire de l’Acadie française, p. 105.

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anglaise ” ou des vaisseaux de la “ marine marchande ”, nous pouvons admettre que les considérations qu’il nous donne sur la situation des terres de l’Acadie, au point de vue des réclamations de la France, ont dû déterminer la conduite de Claude de la Tour. Des pourparlers s’échangeaient assurément entre les deux couronnes, mais le roi d’Angleterre croyait que la possession de ce pays ne lui serait jamais enlevée malgré les prétentions de la France. Pour cette raison, avait-il promis sa protection royale à Claude SainLEtienne (1).

Etant parvenu en face du fort de la Baie de Sable, ce dernier descendit dans une chaloupe et se fit conduire auprès de son fils. Il lui offrit les titres et les honneurs du roi de la Grande-Bretagne, mais rien ne put ébranler la loyauté du jeune commandant. Les faveurs royales pas plus que les menaces n’eurent raison de son courage et de sa loyauté (2) . Nicolas Denys affirme que Charles de La Tour en vint aux mains a\ec les Ecossais. Le combat dura tout le jour et toute la nuit. “Les assaillants, dit-il, tentèrent d’approcher pour couper les pieux ou pour mettre le feu, mais les défenseurs étaient tellement sur leurs gardes qu’ils n’en purent venir à bout ; il y eut beaucoup d’Anglais de tués et de blessés en cette attaque, ce qui confirma la résolution du jeune de La Tour ; le lendemain, ils débarquèrent tous les matelots et soldats pour l’épouvanter par le grand nombre qu’ils firent paraître, et se rangeant derrière des retranchements de terre qu’ils avaient faits la nuit aux quatre coins du fort, d’où ils faisaient grand feu aussi bien que ceux de dedans, qui ne tiraient point à faux, et qui en blessèrent plusieurs, ce qui fit renoncer les Anglais à la^ prise du fort, les matelots ne voulant plus donner et les soldats n’étant pas en grand nombre, n’en ayant amené que ce qu’il fallait pour y mettre en garnison, tant ils étaient assurés, sur le récit de La Tour père, de n’y trouver aucune résistance, dès qu’ils auraient parlé des honneurs et avantages dont Sa Majesté l’honorait (3).”

La Fargue, historien du XVIIe siècle, ainsi que le P. de Charlevoix, raconte cet événement de la manière suivante : “ Kertk, dit-il, en 1629, ruina tous les établissements français (situés en

(1) The case of William Crowne : Calendar of State Papers, Colonial Senes.

America and West Indies : 1661-1668 British Muséum, Londres.

(2) Les voyages de Champlain, II, p. 314.

(3) Nicolas Denys : Description, 1, p. o».

Amérique), à l’exception d’un seul au Cap de Sable, où était établi un Français, appelé de Latour, qui commandait un bon fort qu’il avait bâti. Le père de M. de Latour qui avait quitté sa patrie sous prétexte de religion, pendant le siège de La Rochelle, demeurait à Londres (1) ; comme c’était un homme de beaucoup d’esprit, il trouva le secret plaisir de plaire à une des femmes d’honneur de la reine, qu’il épousa. Sa femme employa aussitôt tout le crédit qu’elle avait auprès de Sa Majesté pour obtenir à son mari le titre de Baronnet de la Nouvelle-Ecosse ; et son mari, pour prix de cette faveur, s’engagea à mettre les Anglais en possession du Fort dont nous venons de parler. La chose paraissait faisable. En arrivant devant le Cap de Sable, M. de La Tour alla tout de suite à terre et, ayant été conduit au fort où était son fils, il ouvrit la conférence par une ample relation de son crédit extraordinaire à la Cour de Londres et s’étendit ensuite sur les grands avantages qu’il avait lieu d’en espérer. Il ajouta qu’il était entièrement au pouvoir de son fils de faire dans cette Cour une fortune égale à la sienne et, pour le convaincre de la vérité de ce qu’il disait, il lui fit voir les marques du nouvel ordre des Baronnets dont il lui dit qu’il avait dessein de le faire décorer. Il finit par avertir son fils qu’il était entièrement le maître de le confirmer dans le gouvernement de son Fort, au cas qu’il voulût se déclarer pour Sa Majesté Britannique. Le jeune Commandant écouta le discours de son père avec autant d’indignation que d’étonnement et il ne balança point un moment sur le parti qu’il devait prendre dans cette affaire. Il répondit sur le champ à son père qu’il se trompait beaucoup s’il croyait à son fils assez de lâcheté pour livrer le Fort aux ennemis de sa patrie ; qu’il était, au contraire, résolu à le défendre pour le Roi son Maître jusqu’au dernier soupir de sa vie. Il lui dit qu’il sentait parfaitement tout le prix de la dignité que le roi d’Angleterre lui faisait offrir mais en même temps qu’il ne consentirait jamais à l’acheter aux dépens de l’obéissance qu’il devait à son Souverain. Je suis très sûr, ajouta-t-il, en finissant, que le roi, que j’ai l’honneur de servir, est en état de me récompenser d’une manière à ne me laisser aucun lieu de regretter la

(1) C’est une erreur car il avait été conduit à Londres par les Kirke.

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perte où m’expose mon refus. Mais, à tout événement, la satisfaction secrète d’avoir rempli mon devoir en demeurant fidèle à mon Prince légitime, sera toujours une récompense pour moi.

Mécontent de cette réponse à laquelle il ne s’attendait pas, M. de La Tour revint à bord de ses vaisseaux, d’où il écrivit à son fils dans les termes les plus tendres et les plus pressants sur la matière dont il venait de lui parler, mais sa lettre ne produisit aucun effet. Alors M. de La Tour fit entendre au Commandant, qu’il était en son pouvoir d’obtenir par la force ce qu’il n’avait pu gagner par la douceur. Il le pria de faire attention que les troupes, une fois débarquées, il ne serait plus temps pour lui de se repentir d’avoir rejeté les offres avantageuses qu’il lui avait faites. “ Je vous exhorte, mon fils, lui dit-il, en finissant, par l’autorité d’un père, à ne point me réduire à la triste nécessité de vous traiter comme ennemi ”.

Les menaces n’ayant pas plus de succès que les sollicitations et les promesses, M. de La Tour se vit obligé d’en venir aux extrémités. Il descendit les troupes à terre, les rangea devant le Fort, et commença l’attaque. Mais quelle fut leur surprise en voyant le Commandant défendre la place avec tant de valeur et d’opiniâtreté ! Sa résistance fut telle que le général qui s’était imaginé n’en point trouver du tout, et qui avait cru qu’il n’avait qu’à montrer son monde sur le rivage pour l’emporter, voyant plusieurs de ses soldats tués sans avoir remporté aucun avantage, se rebuta de son entreprise au bout de deux jours et décida de lever le siège. Cette proposition ayant été acceptée dans un Conseil de guerre, M. de La Tour se trouva dans une terrible perplexité. Il ne pouvait reparaître à la Cour d’Angleterre où il avait répondu avec tant de confiance de la complaisance de son fils. D un autre côté, il n’était plus vraisemblable qu’il repassât en France. Il n’eut plus qu’un seul parti : ce fut d’avoir recours à son fils et de se reposer entièrement sur la bonté naturelle de son cœur. Il lui restait encore une autre difficulté, c’était de savoir comment il découvrirait à sa femme le dessein où il était, mais la nécessité triompha de la honte. Il saisit, en conséquence, la première occasion où ils se trouvèrent seuls pour l’informer de l’état fâcheux de ses affaires. “ Le motif le plus pressant, lui dit-il, qui m’ait déterminé à entreprendre ce voyage, était l’assurance flatteuse

CHARLES DE SAINT-ETIENNE DEi LA TOUR

où j’étais qu’il me fournirait l’occasion de vous faire en Amérique un établissement heureux, mais puisque ma mauvaise fortune a fait échouer tous ces beaux projets, je ne vous propose point de rester ici où ma tendresse ne peut pas vous faire un sort qui soit digne de vous : Vous êtes libre, Madame, de retourner dans votre patrie pour y jouir de vos parents et de vos amis.”

“Madame de La Tour lui répondit que le vœu qu’elle avait fait sur l’autel en l’épousant, avait été fait sans aucune réserve de sa part, et que ce vœu serait toute la règle de sa conduite. En quelque partie du monde que vous jugiez à propos de me conduire, où dans quelque situation que vous y puissiez être, ajouta cette généreuse femme, je me ferai toujours un devoir d’y partager avec vous toutes les révolutions de la fortune que vous puissiez éprouver, trop heureuse si je puis vous adoucir la rigueur de votre sort en tâchant de soulager vos malheurs.

M. de La Tour, charmé que sa femme prît cette résolution, et attendri par les preuves qu’elle lui donnait d’une sincère amitié, écrivit sur le champ à son fils. Après lui avoir exposé les circonstances malheureuses où il se trouvait, contre son attente, il le suppliait de lui permettre de passer le reste de ses jours dans l’Acadie.

Le jeune La Tour, recevant avec son humanité ordinaire les prières de son père, lui fit dire que tout inexcusable qu’était la conduite qu’il avait tenue à son égard, néanmoins l’idée de l’exposer à retourner en Angleterre, où selon toutes les apparences, il ne manquerait pas d’être pendu à son arrivée, était affreuse pour lui ; que cette raison le faisait consentir de tout cœur à luy dresser un asile auprès de luy, à condition, cependant, ce que le père promit d’observer inviolablement, que ni lui, ni sa femme, n’entreraient jamais dans l’intérieur des remparts de son Fort, sous quelque prétexte que ce puisse être. Il s’engagea, du reste, à ne les laisser manquer de rien et à leur procurer toutes les douceurs qu’il était en état de leur faire goûter.

La condition était un peu dure, mais le père n’avait pas le droit de s’en plaindre. Il l’accepta de tout son cœur. Les deux époux débarquèrent avec deux femmes et deux laquais ; et après avoir retiré tous leurs effets de leurs deux vaisseaux, ils les firent partir pour l’Angleterre. Le jeune La Tour eut soin de leur bâtir

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aussi promptement que possible une maison convenable, à quelque distance du Fort. La situation en était agréable ; elle était environnée de bonne terre et ils y vécurent fort longtemps (1).”

Ainsi, Claude de Saint-Etienne s’était trompé sur les sentiments de son fils. En 1697, dans un mémoire qu’ils adressent au roi de France, les enfants de Charles de La Tour rappellent les circonstances de l’exploit accompli par leur père qui eut à lutter contre le sien pour rester fidèle à la France. “Etant en Angleterre, disent-ils, le roi Charles Ier, qui connaissait le mérite de cet officier (Claude de Saint-Etienne) voulut le mettre dans ses desseins. Comme il était veuf, il lui fit épouser une dame d’Honneur de la Reine Henriette de France ; il le fit en même temps chevalier de l’ordre de la Jarretière, et l’obligea, pour le prix de ses grâces, de s’embarquer sur deux vaisseaux de guerre pour aller en Acadie afin d’engager le sieur de la Tour son fils à mettre sous son obéissance un fort considérable que le sieur de La Tour avait construit dans le pays du Cap de Sable. Quelque répugnance qu’eût le sieur de Saint-Etienne à exécuter ces ordres, les sollicitations d’une femme et des motifs de reconnaissance le forcèrent à manquer à son devoir. Dès qu’il fut à la vue de ce fort, il mit pied à terre ; il fut trouver son fils pour l’obliger à remettre ce fort entre les mains du Roy d’Angleterre. Il lui offrit de la part de ce Prince ce qui pouvait le plus flatter, l’Ordre de la Jarretière (2), une commission pour commander et d’autres grandes récompenses ; mais ces avantages ny les prières, ny l’authorité d’un père, ne furent capables de tenter un instant sa fidélité. Il résista à ce que la fortune a de plus brillant et aux sentiments de la nature. La force ouverte ayant succédé aux prières et aux menaces, son courage rendit inutiles toutes les attaques des Anglais qui furent obligés de se retirer.”

Les Commissaires français confirment cet acte d’héroïsme : “ Les Anglais ne furent pas heureux dans l’entreprise qu’ils formèrent contre le fort Louis, au Cap de Sable, en Acadie. Le sieur

(1) La Fargue : Histoire géographique de la Nouvelle-France, pp. 77, 78, 79, et suivantes.— P. de Charlevoix : Histoire de la Nouvelle-France, I, pp. 408, 409,

et suivantes.^ offre de j’Qrdre de la Jarretière peut avoir été faite verbalement car si l’on excepte ce mémoire et la narration de Denys nous n avons pu trouver aucun document où il en est question.

de La Tour fils y commandait ; le sieur de La Tour père, pris par Kirke en 1628, ainsi qu’on l’a rapporté. . . et envoyé en Angleterre, où il avait contracté des alliances contraires à son devoir, avait offert aux Anglais de mettre l’Acadie sous leur puissance. Il repassa l’année suivante vraisemblablement avec les navires dont on a parlé, mais ils ne purent prendre le fort où il commandait (1) ”.

“ Jamais les Anglais ne purent s’emparer du fort du Cap de Sable où commandait le sieur de la Tour fils, disent les Commissaires du Roi (2).” La tradition, appuyée sur la parole incontestable de Denys et de Champlain, a toujours accepté ces faits comme des vérités historiques. M. Moreau, le premier, a tenté de mettre en doute leur récit, mais en bon sire pourtant, à deux siècles de distance, il reconnaît que la “ noble conduite de Charles de La Tour lui fut dictée par le patriotisme ; il rejette “ l’héroïsme ” dont Denys et Champlain lui ont fait honneur. Rappelons que, pour en arriver à cette conclusion, l’auteur passe sous silence la partie la plus louangeuse, pour de La Tour, du texte de Champlain qui affirme que ce dernier “ souhaitait plutôt la mort que de condescendre à une telle méchanceté que de trahir son roi. . . (3).” Ainsi, l’auteur s’arrête court au moment où il rencontre sa propre réfutation. Est-ce là de l’histoire ?

M. Lauvrière, appuyé sur Moreau, écrit “ Inconsciemment, le bon (plus loin : le naïf) Denys, et l’honnête Champlain collaborèrent aussi à ce merveilleux récit (4).” Le P. Candide n’a pas d’autres documents à apporter ; le sentiment des auteurs précités lui suffit “pour asseoir ses convictions” (5).

Le Frère Bernard, disciple de M. Moreau et de M. Lauvrière, reconnaît que “ La Tour n’avait aucun intérêt d’affecter des sentiments anglophiles. Car, dit-il, il ambitionnait de gouverner toute l’Acadie, au nom de la France (6).” Voilà qui est très catégorique quoique le premier, M. Moreau, se soit contenté d’écrire : “ Si La Tour fils n’avait pas calculé d’avance ce que sa résistance à l’entreprise de son père pouvait lui apporter de bénéfice, il put

(1) Mémoires des Commissaires, III, p. 170. — Smith : Acadie, pp. 74, 75.

(3) Les voyages de Champlain, II, pp. 314, 315.

(4) La tragédie d’un peuple, I, 50.

(5) Pages glorieuses, pp. 134 et 135.

(6) Frère Bernard : Les origines du conflit Franco-Anglais en Amérique. Quatrième cours à l’Université de Montréal, 1927-28.

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au moins avec habileté et promptitude en tirer parti (1).” On voit, par ces lignes, que le docte conférencier s’est souvenu du texte de l’auteur. Mais, comme M. Moreau et le P. Candide, il se tait sur la partie la plus intéressante du texte de Champlain, qui loue sans réserve la loyauté de Charles de La Tour, dernier défenseur du drapeau français sur le coin de terre du Cap de Sable. “ Quoiqu’il en soit de ses dispositions de 1629, ajoute le Frère Bernard, voici les faits certains, enregistrés, par l’histoire impartiale : les navires anglais se retirèrent vers Port-Royal, laissant Claude de La Tour aux soins de son fils (2) .”

Non ! cette affirmation n’est pas conforme aux faits historiques. M. de Champlain est très clair sur ce point. Ayant échoué dans sa mission, Claude de La Tour suivit les Ecossais au Port-Royal où Sir Guillaume Alexandre avait établi sa colonie depuis quelque temps. Il y était encore à l’arrivée des Français en Acadie en 1630.

Au printemps de cette année, le sieur Jean Tuffet, marchand de Bordeaux, l’un des directeurs de la Compagnie de la Nouvelle- France, équipa deux navires dans le but de ravitailler le fort du Cap de Sable. Bernard Marot (3), qui avait été l’un des compagnons de La Tour, fut chargé de conduire ces navires sur lesquels trois Pères Récollets prirent passage. En arrivant au Cap de Sable, ils eurent la joie de voir flotter la bannière de la France sur les bastions du fort, et ils furent accueillis avec enthousiasme par Charles de La Tour et sa poignée de braves Français.

“ Les Sieurs Directeurs de la Compagnie, dit M. de Champiain, font équiper deux vaisseaux pour le Cap Breton, et deux autres pour aller faire une habitation en l’Acadie, où était le fils de La Tour, qui avait succédé en la place du feu sieur Jean Biencourt . . . . Le sieur Tuffet fait faire l’équipage de ceux de Bordeaux l’an 1630, chargés de commodités nécessaires, pour aller faire une habitation à la côte d’Acadie, où il met des ouvriers et artisans avec trois Religieux de l’ordre des Pères Récollets, le tout sous la conduite du Capitaine Marot, de Saint-Jean de Luz, se

(1) M. Moreau : Histoire de l’Acadie française, p. 106.

(2) Frère Bernard : Les origines du conflit Franco-Anglais en Amérique.

(3) Bernard Marot fut l’un des signataires du factum de Biencourt, en 1612, avec Charles de Saint-Etienne de La Tour. Ces hommes étaient donc de vieilles connaissances : Gabriel Marcel : Factum de Biencourt, p. 32.

mettant en mer pour avec la grâce de Dieu parfaire leur voyage, ayant été contrariés de mauvais temps à leur traverse près de trois mois, ils arrivent à un lieu qui s’appelle le Cap de Sable. . . . où ils trouvèrent le fils de La Tour et quelques autres Français qui étaient avec lui, auquel le dit Marot donna des lettres du sieur Tuffet, par lesquelles l’on mandait audit de La Tour, de se maintenir toujours dans le service du Roy, et de n’adhérer ni condescendre aux volontés de l’Anglais, comme plusieurs méchants Français avaient fait, lesquels se ruinaient d’honneur et de réputation d’avoir desservi sa Majesté, ce qui ne se pouvait espérer de lui, s’étant toujours maintenu jusqu’à présent, et que pour cet effet, il lui envoyait des vivres et des rafraîchissements, armes et hommes pour l’assister, et pour faire édifier une habitation au lieu qu’il jugerait le plus commode, et plusieurs autres discours tendant à ce sujet (1).”

Champlain affirme, et il savait ce qu’il écrivait, que Charles de La Tour avait gardé à la France ce coin de la terre acadienne en dépit des tentatives des ennemis et de celles de son père. Tandis que Québec eut à subir le joug du vainqueur et que Port-Royal était repris par les Anglais, sur le petit fort du Cap de Sable, aux confins les plus reculés de l’Acadie, le drapeau de la France flottait encore grâce au patriotisme de Charles de Saint-Etienne de La Tour. Pour cette action, il a certes droit à la reconnaissance de la France et à celle de notre peuple.

Le secours extraordinaire envoyé par les marchands de Bordeaux arrivait à son heure, dans un temps où tout allait manquer aux défenseurs du Cap de Sable. Avec quelle joie Charles de La Tour salua les enfants de la France qui venaient le secourir ! Il est plus aisé de se l’imaginer que de l’écrire. M. de Champlain le note dans son style archaïque : “ La Tour, écritil, très aise de voir naistre ce que à peine il pouvait espérer, qui néanmoins ne s’était pas laissé emporter aux persuasions de son père, qui était avec les Anglais, souhaitant plutôt la mort que de condescendre à une telle méchanceté que de trahir son Boy, ce qui donna du mécontentement aux Anglais, contre le père de La Tour, qui les avait assurés de réunir son fils à leur rendre toutes sortes de services (2).”

(1) Les voyages de Champlain, II, p. 314.

(2) Le même, p. 315.

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Bernard Marot et ses hommes s’empressèrent de se faire raconter les événements qui s’étaient passés durant tant d’années d’absence. Il est bien sûr que les fidèles compagnons de la Tour, qui l’avaient si courageusement soutenu, ne durent pas taire les incidents qui marquèrent la dernière tentative de Guillaume Alexandre et la noble conduite de leur commandant. Après tout, les Français d’alors étaient comme ceux d’aujourd’hui et le commun des mortels. Charles de la Tour n’étant pas seul sur ce coin de terre, ayant avec lui des compatriotes, il ne semble pas raisonnable de croire qu’il ait été le seul à faire le récit de son héroïque résistance qui lui a valu depuis l’admiration de toutes les générations. A leur retour en France, le capitaine Marot et ses hommes en répandirent le bruit jusqu’au pied du trône et chez les Associés de la Compagnie de la Nouvelle-France. En récompense de sa fidélité, l’année suivante, Charles de la Tour recevait le titre de lieutenant-général au pays de l’Acadie. Il avait bien mérité cet honneur (1).

Si la joie des Français du Cap de Sable fut grande, celle des Récollets ne fût pas moindre, car ils venaient reprendre les missions interrompues depuis nombre d’années. “ Grand fut le contentement d’un chacun, écrit Champlain, et principalement des Pères Récollets, de se voir au lieu qu’ils avaient souhaité, tant pour remettre les Français au droit chemin de la crainte de Dieu, qui avaient été plusieurs années sans avoir été confessés, ni reçu le Saint-Sacrement, que pour l’espérance qu’ils se promettaient de faire quelques progrès dans la conversion des infidèles (2).” D’après ces lignes, on peut voir que les Français du Cap de Sable, la plupart catholiques, s’approchèrent des sacrements. Ce fut probablement en cette circonstance que Charles de La Tour fit bénir le mariage qu’il avait contracté avec une fille des bois. M. Moreau a écrit, et nous-mêmes, trompé par cet auteur, nous avons pensé qu’à cette époque il se fit catholique. C’était une erreur ; nous ignorions alors (3) que les Saint-Etienne, seigneurs de

(1) Déposition du capitaine Daniel Braignault : Archives de l’Amirauté de la Rochelle, Prov. 76.

(2) Les voyages de Champlain, II, p. 315.

(3) Observations sur l’Histoire de l’Acadie Française de M. Moreau, p. o5 : En marge de la tragédie d’un peuple, p. 21. M. Rameau a écrit dans le même sens: Une colonie féodale en Amérique, I, pp. 74, 75.

Turgy et de Lignières, comptaient, en France, parmi les familles catholiques de la Champagne, et qu’ils donnèrent au Seigneur plusieurs prêtres, des religieux et des religieuses (1). D’Aulnay, l’ennemi de La Tour, n’a pas craint de s’attaquer à son caractère moral. M. Moreau et ses disciples ont cru à sa parole et ont réédité ces ignobles calomnies. L’union contractée par de La Tour avec une tille sauvage, en l’absence du prêtre, a donné quelque vraisemblance à ces accusations. Il serait du reste téméraire de soutenir que les hommes de La Tour aient été, sans exception, des modèles de vertus et de continence. Si d’Aulnay, de l’aveu de ses panégyristes, a vécu comme un homme de son temps, quand il eut pour le guider des missionnaires à ses côtés, et, sous les yeux, les exemples du vertueux Grand Commandeur de Razilly, on ne saurait être étonné qu’il ait pu se rencontrer quelques défaillances chez La Tour et ses compagnons. Le P. Candide admet volontiers des causes excusantes (2). En tout cas, d’Aulnay profère là-dessus des accusations aussi “ difficiles à établir qu’à réfuter ”. Il a prétendu, en outre, que les “ hommes de La Tour abandonnaient sans secours les enfants procréés d’eux ”. Pour ce qui concerne Charles de La Tour, cette accusation est sans fondement. Nous savions que, de son union avec une sauvagesse, il eut une tille qui fut appelée Jeanne et qui épousa un noble français Martin d’Arpentigny, sieur de Matignon. La Tour lui laissa une seigneurie au Cap de Sable. M. Lauvrière, à tort ou à raison, prétend qu’un descendant de ce Matignon, devenu marquis, en France, touchait, en 1750, 6,000 livres de rente sur le fonds de l’Ile Royale (3).

D’après le même auteur, La Tour aurait eu deux autres filles qu’il aurait conduites en France. “ En novembre 1632, dit-il, La Tour arrive à La Rochelle, après une traversée de dix-sept jours. Il amenait avec lui deux de ses filles métisses (on en connaît, au moins, trois). Il confie la cadette au frère de Razilly, Claude (dit Launay-Razilly) qui la place chez les Ursulines de Tours, où elle meurt quelques années plus tard. L’aînée, âgée de six à sept ans, bien que baptisée par les Pères Capucins sous le nom d’Antoinette de Saint-Etienne, il la livre à une prétendue parente

(1) Bibliothèque Nationale, Cabinet d’Hozier, Vol. 131, Dossier 3372 : Mémoire pour servir à la généalogie de MM. de Sainct-Etienne.

(2) P. Candide : Pages glorieuses, p. 279.

(3) La tragédie d’une peuple, édition de 1924, I, pp. 42, 60.

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de La Rochelle, “ huguenote fort zélée Il est vrai que, trois ans plus tard, l’intervention d’un oncle de Richelieu, le Commandeur de la Porte, l’arrache à cette influence protestante et Launay- Razilly la confie à sa propre sœur, Louise de Launay, maîtresse des novices en l’antique et riche abbaye bénédictine de Reaumontles-Tours ; après un séjour de huit mois au Val-de-Grâce (16 juin 1644-16 février 1645), où la fit venir la Reine, curieuse d’entendre sa belle voix, Antoinette de Saint-Etienne fit profession à l’abbaye de Reaumont (9 juillet 1646) (1).” Nous avons en mains cette pièce importante (2), dans laquelle il est parlé de ces deux filles des bois qui devinrent religieuses en France. La chronique dit qu’elles sont filles “ d’un gentilhomme français ”, nommé Eléazar de La Tour. Est-ce Charles de La Tour ? Ce n’est pas sûr. Toutefois, on lui reconnaît sa qualité de gentilhomme. Si c’est notre de La Tour, il n’était donc pas fils de maçon comme l’ont écrit faussement d’Aulnay et ses amis qui reviennent si souvent sur la prétendue bassesse de son extraction. En second lieu, elle prouve de nouveau que de La Tour prit soin de ses enfants en essayant de leur procurer une éducation convenable, si peu avouables que soient les motifs qu’on lui impute gratuitement (3). Ces faits sont donc la plus péremptoire réfutation du vieux cliché d’Aulnay.

Après les premiers épanchements de joie causée par l’arrivée d’un secours si opportun, il y eut conseil pour discuter des moyens à prendre afin de consolider la petite colonie. Rernard Marot et les Pères Récollets et Charles de La Tour furent d’avis qu’il fallait informer Claude de La Tour “ qui était au Port-Royal avec lesdits Anglais, de tout ce qui se passait en ce lieu, le persuadant à le faire revenir et laisser lesdits Anglais, ce qui fut exécuté, tant pour le remettre en son devoir, comme pour savoir de lui l’état des Anglais et leur dessein, pour ensuite se gouverner selon qu’ils aviseraient suivant sa relation (4)

Un nommé Lestang fut envoyé avec une lettre de La Tour fils à son père : “ qui, dit Champlain, l’ayant reçue et lue, se mit

(1) La tragédie d’un peuple, 1924, I, p. 60. Chroniques de l’abbaye de Beaumont-les-Tours (1519-1657) ; dans les Mémoires de la Société Archéologique de Touraine (Vol. XXVI, année 1877).

(2) Faveur de M. le comte Mottin de la Balme et de M. Claude de Bonnault.

(3) La tragédie d’un peuple, p. 44.

(4) Les voyages de Champlain, II, p. 315.

aussitôt en devoir de venir trouver son fils, ne pouvant ny espérant faire grande fortune avec les Anglais, qui avaient grandement diminué de l’opinion qu’il en avaient eue.” La lettre de Charles de La Tour arrivait probablement vers le temps où les capitaines des vaisseaux Anglais se disposaient à quitter Port-Royal pour retourner en Angleterre. Denys rapporte, de son côté, que Claude de La Tour ne pouvant plus reparaître en ce pays, et encore moins retourner en France, sa femme et luy supplièrent Charles de La Tour de les conserver dans le pays . . . Son fils luy fit réponse, qu’il ne voulait point être la cause de sa mort, mais qu’il ne pouvait luy accorder sa demande qu’à condition qu’il n’entrerait ni luy ni sa femme dans son fort ; qu’il leur ferait bâtir un petit logement au dehors, que c’était tout ce qu’il pouvait faire ; il reçut la condition que son fils luy fit. Le Capitaine envoya tout leur équipage à terre, où La Tour père descendit avec sa femme, deux hommes pour le servir, et deux filles de chambre pour sa femme. Le jeune La Tour leur fit construire un logement à quelque distance du fort, où ils s’accommodèrent du mieux qu’ils purent. Ils avaient apporté quelques victuailles, qui ne furent pas plutôt consommées, que La Tour fils y suppléa, en nourrissant son père, et toute sa famille. . . Environ l’an mil six cent trente-cinq, ajoute Denys, je passay par là ; je fus voir le jeune de la Tour, qui me reçut très bien, et me permit de voir son père en son logement ; ce que je fis. Il me reçut bien, m’obligea de dîner avec luy et sa femme ; ils étaient fort proprement meublées ; dans le temps que j’y étais, il y arriva un Père Récollet à qui la femme témoigna la joie qu’elle avait de me voir (1).”

De la bouche de Claude de La Tour, les Français apprirent que les Ecossais au nombre de soixante-dix qui hivernèrent au Port-Royal, durant l’hiver de 1629-1630 (2), trente étaient passés de vie à trépas, et les autres prenaient des mesures pour venir attaquer le fort au Cap de Sable. A la fin de ces pourparlers, Bernard Marot, les Pères Jésuites, et Charles de La Tour, résolurent de bâtir un fort à l’embouchure de la rivière Saint-Jean, “ à quatorze lieues du Port-Royal, plus au Nord dans la Baye Fran-

(1) Nicolas Denys : Description de l’Amérique, p. 74 et p. 77.

(2) Nous savons que Sir Guillaume Alexandre occupa le Port-Royal avec ses premières recrues le 24 avril 1629. Les voyages de Champlain, II, pièces justificatives, p. 6.

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çaise.” Pour parvenir à l’exécution de cette entreprise, “ il était nécessaire d’avoir les hommes et commodités pour bâtir et se fortifier en la dite rivière (1).” Telles furent les circonstances dans lesquelles Charles de La Tour prit la résolution d’appeler auprès de lui son père qui “ était avec les Anglais Bernard Marot, le représentant officiel de la Compagnie de la Nouvelle- France et les Récollets crurent mieux servir les intérêts de leur patrie en l’avisant ainsi. Champlain est bien clair sur ce point. Charles de La Tour suivit ce conseil et son père vint le trouver. Il demeura au Cap de Sable jusqu’après 1635 puisque Denys l’y visita dans sa propre demeure. A Charles de La Tour revient le mérite de cette louable action. La fidélité du fils envers sa patrie couvre la passagère infidélité du père. Quant aux Ecossais, ils n’oublièrent jamais la rebuffade qu’ils essuyèrent au Cap de Sable. Deux ans plus tard, en 1632, à la veille de quitter le Port-Royal, ils s’emparèrent, par surprise, du fort Sainte-Marie, bâti par Charles de La Tour en la rivière Saint-Jean ; ils abattirent la croix qu’on y avait élevée, pillèrent les marchandises des magasins, prirent les soldats, les amenèrent en captivité à Pentagouët et les abandonnèrent sur une île déserte. Après beaucoup de péripéties, ils purent revenir en Acadie où, étant au fort Saint- Louis, au Cap de Sable, ils rédigèrent le procès-verbal de cet attentat, que de La Tour ne devait pas laisser impuni.

(1) Lea voyage» d» Champlain, II, p. 817.

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