CHAPITRE XIII
Charles de Menou succède à de Razilly. — Premier acte d’autorité : il abandonne la Hève et transporte les colons à Port-Royal. — Il ruine l’établissement de Denys à la Hève. — Son caractère d’après Denys. — Denys se retire à la Rochelle. — Mariage d’Aulnay et de Jeanne de Mottin. — Un mot de ses origines. — Ses ancêtres : les de Mottin. — de Seyturier.— de Vaugrigneuse. — de Buenc. — de Luyrieux. — de Coligny. — de Savoie. — de Salins. — Famille de Louis de Mottin, seigneur de Iteux et de Courcelles.
De Razilly étant mort, d’Aulnay, son lieutenant, prit en mains les rênes du gouvernement de la petite colonie. M. Moreau trouve toutes sortes de bonnes raisons pour qu’il en ait été ainsi: “ C’était, dit-il, son droit et son devoir. Lieutenant du Commandeur pendant la vie de celui-ci, le pouvoir lui appartenait incontestablement. Il n’était pas même libre d’y renoncer avant que le roi n’eût nommé au gouverneur décédé un successeur.” Ne perdons pas un temps précieux à discuter sur la légitimité ou la non légitimité de cette succession temporaire. Nous affirmons qu’il fut donné rarement de rencontrer deux hommes qui, comme d’Aulnay et de La Tour, ont été placés dans des circonstances d’une similitude aussi frappante. Le premier gouverneur de Port-Royal, Riencourt, meurt prématurément. Les circonstances de sa mort sont inconnues. De La Tour, en sa qualité de lieutenant, prend alors la direction des affaires. En 1635, de Razilly succombe d’une façon aussi imprévue. Le silence le plus complet est gardé autour de sa disparition. Tandis que les amis d’Aulnay accumulent les suppositions les plus malveillantes, sans preuve, contre de La Tour, ils trouvent tout naturel que leur héros ait succédé à de Razilly. D’Aulnay n’attendit pas pour faire acte d’autorité d’être confirmé dans ses pouvoirs. Sans tarder, il fit sentir aux habitants de la Hève qu’il entendait être leur maître et seigneur. Il transporta au Port-Royal ce premier embryon de colonie. “ La population de la Hève l’accepta ou le subit, comme on voudra ” ajoute M. Moreau (1). Depuis l’année 1633, les Capucins avaient un éta-
(1) Histoire de l’Acadie française, p. 148.
blissement au Port-Royal. Dans une lettre en date du 15 avril de cette année, le P. Joseph du Tremblay écrit : “ Les Capucins du Canada ou Nouvelle-France ont commencé heureusement leur habitation au Port-Royal, délaissé spontanément par les Anglais."’ Il donne la raison de cette nouvelle fondation, c’est “ dans le but d’éloigner des âmes de ce peuple sauvage le danger qu’elles ont couru au milieu de la méchanceté des hérétiques (1).” Pour d’Aulnay, un autre motif existait : les défrichements opérés par les premiers colons rendaient les travaux de culture plus faciles tandis qu’à la Hève tout était à créer. Il pensa bénéficier des travaux de ses devanciers (2). Au surplus, à la Hève, il voyait dans Nicolas Denys un compétiteur ; il résolut de l’écarter de son champ d’action. Il commença par lui enlever sa coopération dans l’exploitation de ses chantiers en lui refusant le service de ses vaisseaux pour exporter son bois, ce qui fut la cause de sa ruine. Denys se plaint amèrement d’Aulnay. Il écrit : “ Le Commandeur souhaitait de faire connaître la bonté du pays et le faire peupler ; d’Aulnay, tout au contraire, appréhendait qu’il s’habitât ; et aussi n’y a-t-il fait passer personne et emmena tous les habitants de la Hève au Port-Royal, les tenant toujours esclaves sans leur y laisser aucun profit. Son humeur et son conseil (Les Capucins selon le P. Candide) “ était de régner ; ce qu’ils n’eussent pu faire si l’on eût connu la bonté du pays et qu’il eût été peuplé. Ils me l’ont bien fait connaître ; car depuis la mort de M. de Razilly, je n’ai pu avoir la liberté de faire venir mon bois ni n’a jamais voulu que ses vaisseaux m’en aient apporté, qui revenaient vides, quoique j’aie voulu lui donner la moitié de la vente du bois (3).”
Denys continue son récit en rapportant un trait qui n’est pas à l’honneur du prétendu “ saint ” de l’Acadie. “ Mon maître, faiseur de bois, dit-il, fut trouver d’Aulnay au Port-Royal. Voyant que cet homme le pressait pour avoir la liberté de faire enlever ses bois, il le lui permit s’il trouvait un navire pour cela. Pour
(1) Dans ses lettres, le P. Pacifique de Provins parle toujours du Canada ou Nouvelle-France, jamais de l’Acadie. Archives de la Propagande, Ecrits originaux rapportés dans les Assemblées générales. Vol. 141, f. 67.
(2) Le P. Candide suppose que des Français étaient demeurés sur des terres aux environs de Port-Royaî. Le P. Joseph n’en parle pas. Il écrit : “ Itaque obviam itum est ingenti periculo animarum illius populi ab haeritica pravitate per adventum Capuccinorum qui nunc linguam illius gentis studiosissme addiscunt.” P. Candide : Pages glorieuses, pp. 137, 138.
(3) Denys : Description des Côtes de l’Amérique septentrionale.
ET SON TEMPS
lors, il y avait une petite barque de Boston qui lui avait apporté quelques victuailles. Il en parla à celui qui la commandait, qui luy dit qu’on luy achèterait à Boston. Il demanda la permission d’y aller, on la lui accorda. D’Aulnay, à son retour, luy fit accroire qu’il les avait trahis sous prétexte de venir quérir du bois, que c’était pour les surprendre. Il le fit mettre dans une basse fosse, où il n’y avait point de jour, avec des fers de cinquante livres aux pieds, et on l’y fit mourir de misères, et tant que d’Aulnay a vécu, sa conduite a toujours été de maltraiter ceux qu’il croyait capables de faire peupler le pays par leur exemple, en sorte que je fus contraint d’abandonner le pays et pour plus de vingt nulle livres de bois tout façonné. Ce qui fait bien connaître que quelque bonne que puisse être une terre, il n’est point d’homme qui puisse retirer du fruit s’il est persécuté dans ses entreprises, si on lui lie les mains et qu’on l’empêche de s’en servir, ce qui est bien prouve par mon exemple. Et ensuite des désordres que d’Aulnay causa dans le pays, ses enfants furent bien heureux de trouver asile chez moi après avoir été chassés des Anglais, mon établissement ayant servi non seulement à la subsistance de ma famille, mais à la leur propre, pendant près d’un an, dans leur besoin, et à tous ceux qui m’ont persécuté... (1)”
Ainsi Denys, contrairement à ce qu’écrit M. Moreau, dénonce en d’Aulnay, et le “ despote ” qui brûle de l’ambition de régner seul, et le marchand qui veut s’enrichir aux dépens de ceux qu’il cherche à supplanter. Il ne recule pas même devant les actes les plus injustes et il emploie tous les moyens pour arriver à son but. Racontant la prise du fort de la rivière Saint-Jean, Denys ajoute: “Le sieur d’Aulnay a traité de son temps jusqu’à trois mille orignaux par an, sans les castors et les loutres, ce qui fut la cause qu’il en déposséda le sieur de La Tour.’’ M. Moreau et ses disciples ont fait le silence sur ce point. Quant à son désir d’accaparer le gouvernement de toute cette partie du pays, il est superflu d’insister : la double ruine de Denys, ses tentatives, dès 1638, pour mettre la main sur le fort Saint-Jean, ses attaques réitérées contre tous ses compatriotes qui tentaient d’établir des colonies, soit en Acadie proprement dite, soit en l’île du Cap-Breton, prouvent, qu’à
(1) Nicolas Denys : Description, p. 100. — M. Moreau : Hist. de l’Acadie,
la mort de Razilly, il n’eut qu’un rêve, celui de régner seul et de devenir le maître incontesté de ce royaume. Pour ce qui concerne la cruauté de son caractère, la narration de Denys la prouve assez Au reste, plus tard, Crowne l’accusera d’avoir empoisonné madame de La Tour. Tous ses contemporains, Denys et Winthrop n’ont qu’une voix pour lui reprocher la manière vraiment barbare avec laquelle il fit périr les derniers défenseurs du fort Saint-Jean. Ce sentiment fut si unanime, qu’au lendemain de sa mort, la renommée de ses tristes exploits se répandit jusqu au pied du trône. Le roi s’en émut et il se crut obligé de faire une petite enquête. Le P. Ignace prit sa défense. C’était de bonne politique, puisqu’il n’avait cessé, ainsi que le P. Pascal de Troyes, de le soutenir dans ses projets. En l’approuvant, il confirmait la légitimité de ses propres actes.
Vers l’année 1636, d’Aulnay, étant passé en France, résolut de se créer un foyer. Il épousa Jeanne Mottin, fille de Louis Mottin, écuyer, seigneur de Corcelles, et de Marie de Salins. Ce dernier était coassocié de la Compagnie Razilly-Condonnier, et contrôleur du grenier à sel, à Mont-Saint-Vincent, en Charolais. Le P. Candide a prétendu que M. René de Menou fut opposé à ce mariage, qui “ aurait été, à ses yeux, une déchéance ” et dont il aurait gardé “ rancune à son fils ” ; celui-ci en aurait demandé pardon en face de la mort, comme de la grande “ désobéissance de sa vie ”. Il va jusqu’à dire qu’il ne voulut même pas “connaître sa femme”. “Si Jeanne Mottin était sans naissance, écrit cet auteur, si elle n’avait pas les conditions qui sont nécessaires à une femme du monde, si elle manquait des dons d’intelligence qui en eussent fait une plus précieuse auxiliaire de son mari, elle n’était pas dépourvue des solides quahtés d’une bonne épouse (1).”
C’est, sans aucun doute, sur le testament d’Aulnay, dont le texte est rempli d’incorrections, que l’auteur a puisé les renseignements qu’il tient sur la naissance et les quahtés intellectuelles de Jeanne Mottin. En lisant ce document si prisé par les admirateurs d’Aulnay, qui le rédigea après sa conversion, on se rend compte que le P. Candide s’est mépris sur la pensée du testateur.
fl) Pages glorieuses, pp. 166, 318.
ET SON TEMPS
D’Aulnay déclare, tout d’abord, qu’il “ veut mourir dans la foi catholique. Il demande pardon à ceux avec qui il a vécu “ pour tous les mauvais exemples qu’il leur a donnés et il les supplie de prier la divine bonté de lui faire miséricorde.”
A sa femme, il demande “ de lui pardonner les subjets que, dit-il, je say lui avoir donnés de desplaisir et la conjure de prier
nostre bon dieu de me vouloir faire miséricorde . Qu’elle
assure tous ceux qu’elle croira quy me cogno-issent, que je sonet ardament au moins que j’aye un petit brin de désir de leur demander pardon de tout ce que je pourrais les avoir offensés. . .”
A son père, il dit : “ Je suplye mon père de me vouloir pardonner tous les subjets que je luy ai donné par ma désobéissance et mescontentement dont je luy demande pardon de bon cœur aussi le suplye par l’amour qu’il a à nostre bon dieu de vouloir chairir ma feme et les enfans ql plust à sa bonté nous donner ...”
Pour celui qui sait lire, ces lignes disent simplement que d’Aulnay prie son père de lui pardonner toutes les désobéissances dont il s’est rendu coupable envers lui. On ne voit pas qu’il s’agisse du mariage qu’il a contracté avec Jeanne Mottin, encore moins que c’ait été “ la grande désobéissance de sa vie ”, ainsi que l’écrit le P. Candide (1).
D’Aulnay avoue “ que ce n’est pas le monde qui luy a donné sa femme, mais Dieu et sa sainte Mère ”, et cela, “ pour son salut ”. Il dit qu’il leur a témoigné peu de reconnaissance et il leur en demande pardon (à Dieu et à sa sainte Mère) . “ C’est, dit-il, une
faveur dont j’ay été bien mescongnaissant dont je “ leur ” demande pardon ... et le suplye (son père) de vouloir le suplyer (Dieu) pendant sa vie de me le vouloir pardonner...” Il est évident qu’il s’agit non pas de son mariage mais du peu de reconnaissance qu’il a témoigné à Dieu et à la Sainte Vierge qui lui ont donné sa femme.
Plus loin, d’Aulnay revient à cette dernièr e : “ Je souhaiterais qu’elle luy fust “ cognue ” (de son père) aussi bien comme à moy ; je m’assure qu’il en aurait plus de sentiment que je n’ay pas. . .” Ces lignes ne disent pas que le père d’Aulnay ne voulut pas connaître sa belle-fille, mais simplement que, s’il eût eu l’occasion de vivre en sa compagnie, comme son fils, le père l’aurait
(1) P. Candide: Pages glorieuses, pp. 166, 318.
aimée davantage... “Enfin, dit d’Aulnay, elle n’a pas les conditions quil serait nécessaire à une femme du monde ”, ce qui veut dire, à notre avis, que ses “conditions de vie actuelle” sont loin d’être celles des grandes dames de la noblesse, vu les misères de toutes sortes qu’elle a à endurer dans la colonie ...” Il n’est donc pas question de mésalliance.
Quant au degré d’intelligence de cette femme, nous avouons ne pas comprendre comment le P. Candide a pu se risquer à comparer le mari et l’épouse. L’a-t-il connue plus intimement que ses devanciers ? Trois siècles nous séparent de ces deux personnages et aucun document autorisé n’a été retracé qui puisse établir une telle comparaison. Il y a bien un auteur qui, à l’occasion du mariage de Jeanne Mottin et de La Tour, a écrit cette phrase comme il en a écrit tant d’autres sur le même homme : “ Prise entre cet aigrefin de Le Borgne et le vieux forban de La Tour, la malheureuse perd la tête et se jette dans les bras du pire ennemi de son mari (1).” Il se peut que le jugement du P. Candide soit simplement fondé sur ce sentiment lequel, en réalité, ne prouve rien.
Pour ce qui concerne la noblesse des origines de Jeanne Mottin, ce point n’est pas discutable. Des documents authentiques montrent que, par sa mère, Marie de Salins, elle tenait, par le sang, aux nobles maisons de Bourbon et de Savoie. Lorsque sa fille, Marie de Menou, se présenta pour son admission au chapitre des chanoinesses de Poussay où l’on n’admettait que des tilles pouvant produire seize quartiers de noblesse, elle se conforma à cette loi de rigueur (2), et elle produisit en outre le document suivant, signé par des personnages les plus importants du royaume, ses parents, qui confirmèrent ainsi les renseignements qu’elle avait donnés :
“ Certificat produit avec les quartiers de noblesse de Marie de Menou, fille de Jeanne Mottin, pour son admission au Chapitre de Poussay.
A tous ceux qui ces présentes lettres verront :
Nous, Henri de Senneterre, Duc de la Ferté-Senneterre, pair et Maréchal de France, chevalier des Ordres
(1) M. Lauvrière : La tragédie d’un peuple, p. 95.
(2) Bibliothèque Nationale de Paris : Fonds français : Mélanges généalogiques, XIII, 31,873, p. 113 ; XX, 31,881. p. 129,
du Roi, gouverneur des ville, citadelle et évesché de Metz, pays Messin, évesché de Verdun, vie, et Moyen-Vie ; Jacques Rouxel, Comte de Graneai et de Meduvy, Chevalier des Ordres du Roy, Mareschal de France, Gouverneur de Thionville ; Gaston, Duc de Roquelaure, pair de France, marquis de Biron et Puyguilhern, Comte de Guares et de Pont-Gibaut, chevalier des Ordres du Roi, Gouverneur de Guyenne, Lieutenant-général des Armées de Sa Majesté, et Henri de Daillon, Duc de Lude, pair de France, marquis d’Iîliers, de Bouillé, Baron de Briançon, Chevalier des Ordres du Roi, Capitaine des Châteaux de St-Germain et de Versailles, Grand’Maître de l’artillerie de France.
Sçavoir faisons, certifions, affirmons, par notre serment, à très-honorée Madame de Poussé (sic), en Lorraine, aux Dames chanoinesses dudit lieu et à tous autres qu’il appartiendra que Delle Marie de Menou de Charnizay est fdle de Messire Charles de Menou, Chevalier, seigneur d’Aulnay Charnizay, gouverneur et Lieutenant Général en la Nouvelle-France et de Dame Jeanne Motin (sic), sa femme, nos prochains consanguins, cousin et cousine, née desdits Sieur et Dame en loyal mariage, Damoiselle de tous costez, à sçavoir : du costé du Sr D’Aulnay-Charnizay par son père elle est de Menou et du Raynier, et par Madame la mère dudit Seigneur de Charnizay de Jousserand et de Robin la Tremblaye et Mondon, et par la dite Dame Jeanne Motin, mère de ladicte Damoiselle Marie de Menou, de par son père Louis Motin, écuyer, seigneur de Corcelles, (escript pour Courcelles) et de par sa mère de Salins, de Chantepinot, toutes lignées sorties d’autres grandes et illustres Maisons desquelles la dicte Demoiselle Marie de Menou peut porter de son droit le nom et les armes, ce que nous certifions estre vray.
En tesmoing de quoy nous avons signé ce présent de nostre sceing manuel et scellé du scel de nos armes.
A Paris ce jour de janvier.. (1).”
Après ce document, dont nul ne mettra en doute l’authenticité, il suffira de consulter les annales de la Bresse, de Bugey, du Dauphiné, du Jarez, du Piémont, pour y retracer l’histoire généalogique de Jeanne Mottin et prouver la noblesse de ses origines.
(1) Extrait du Compte-Rendu des travaux de la Société du Berry, pp. 1-13, V, p. 208-19. Voir : Dossier de Menou, Vol. 1925, pp. 83, 84 et 286. Fonds français, No 31,881. Faveur de M. le comte Mottin de la Balme.
Les de Mottin ont eu pour berceau le Piémont. Une branche de cette famille émigra en Dauphiné et s’établit dans les environs de Romans. La tradition a conservé jusqu’à nos jours le souvenir de son origine Piémontaise. Sa Sainteté le Pape Pie XI l’a formellement reconnue en un Bref, en date du 20 mars 1922, par lequel Elle renouvelle, au chef actuel de cette maison, le titre de comte Palatin, en faveur de M. Mottin de la Balme, de Plemet, Launay-Guen, Côtes du Nord, France (1).
M. le comte Mottin de la Balme conserve toujours le souvenir de ses ancêtres, en particulier celui de l’un de ses grands oncles qui servit d’abord dans la Gendarmerie de France, à la Maison du Roi, et plus tard, comme Inspecteur-'Général de la Cavalerie avec le grade de Colonel, aux Etats-Unis. C’était Augustin Mottin de la Balme, né à Saint- Antoine en 1736. Il fut tué par les Indiens de Miamis, au cours d’une expédition contre la ville de Détroit, au mois de décembre 1780 (2).
Jeanne Mottin, femme d’Aulnay, appartenait à la branche Charoloise. Elle était la fille de Louis Mottin, seigneur de Reux
(1) Nous sommes heureux de remercier M. le comte Mottin de la Balme
qui nous a communiqué, avec une grande bienveillance, les renseignements si précieux que nous tenons sur sa famille distinguée. Dans une lettre fort sympathique, en date du 3 novembre 1928, M. le Comte nous écrit : “ Mon cher cousin : Si mon modeste envoi a pu vous faire un certain plaisir, il ne peut égaler, j’en suis convaincu, celui que m’a fait votre aimable lettre. Profondément traditionaliste, en un siècle qui l’est si peu, je considère que tous les braves gens doivent se sentir les coudes surtout quand ils se tiennent par les liens du sang à quelque degré que ce soit. Or, l’identité d’origine de Jeanne Mottin avec les Mottin auxquels j’appartiens ne me semble pas un instant discutable : on voit qu’ils sont de la même région ou à peu près ; la première alliance commune avec la maison de Buenc, famille possessionnée dans la même commune que les Mottin Montrigaud, élection de Romans, en Viennois, maintenant département de la Drôme. Armoiries presqu’identiques, avec support : un ours, indiquant le Dauphiné. Présence, en cette province, au XlVe siècle, dans les environs de Romans, bien antérieure à la mention des Mottin en Charolais. Quant à l’origine noble, elle est prouvée dans les deux branches : pour la branche aînée, par le fait d’avoir été remise dans la taille en vertu de l’arrêt du Conseil du Roi, du 21 février 1646, en raison de “l’extrême misère qui l’empêchait de tenir son rang” ; pour la’branche Charoloise, par l’admission de Marie de Menou, à Poussay, où l’on était extrêmement difficile et où il fallait prouver ses seize quartiers de noblesse. Cette question bien réglée vous expliquera comment je me suis occupé de Jeanne Motin quand un Canadien, dont je ne me souviens plus du nom, l’a attaquée devant moi, en raison de sa naissance et de son mariage, avec le prétendu assassin de son mari. La Tour n’aurait pas tué lui-même, mais d’Aulnay serait mort des suites de ses persécutions...” Le lecteur peut juger du chemin qu’à fait l’imputation erronée de M. Lauvrière. On comprend maintenant qu’il appartenait à ceux qui lui tiennent par les liens du sang de réfuter des écrivains aussi peu soucieux de la vérité historique que de l’honneur des familles acadiennes, dont La Tour fut le père ? ......
(2) Illinois State Historical Library : Kankaki Records Illinois Historical
Collections, V. Virginia Sériés II.
ET SON TEMPS
et de Corcelles ou Courcelles, l’un des associés de la Compagnie Razilly-Condonnier. Il exerçait la fonction de Contrôleur du grenier à sel, au Mont-Saint- Vincent. Le 19 novembre 1607, il avait épousé Marie de Salins. Il était le fils de Nicolas Mottin, seigneur de Reux et de Corcelles qui, le 29 septembre 1570, avait épousé Françoise de Vesvres, fille de François de Vesvres, chevalier, seigneur de Fragny, et d’Antoinette de Thomassin.
Les de Vesvres et les de Thomassin étaient puissants. La dernière famille, possessionnée en Charolais, portait : “ D’azur à la croix écotée d’or”. Jean de Thomassin, seigneur de Montmartin, baron de Boucé, épousa Louise de Bourbon, fille de Claude de Bourbon, comte de Busset, et de Marguerite de la Rochefoucauld, fille de Antoine de la Rochefoucauld et d’Antoinette d’Amboise de Ravel.
Jean de Mottin, bisaïeul de Louis de Mottin, fut homme d’armes des Ordonnances du Roi, gentilhomme de son Hôtel, et vivait en 1532. Il avait pris pour femme Jeanne de Terroux. Il était fils de Philibert de Mottin, écuyer, seigneur de Corcelles, vivant en 1492, et de Jeanne de Fougères.
Philibert de Mottin, père de ce dernier, seigneur de Corcelles et de Reux, avait épousé Antoinette de Buenc, fille de Jean de Buenc, seigneur du heu, de Mérigna, de Chevanel, en Bugey, qui, le 29 avril 1428, avait épousé Gabrielle d’Urfé.
Les de Buenc se retracent depuis le Xlle siècle. On croit que l’auteur de cette famille fut Henri de Buenc qui fut la tige des seigneurs de Beaurepaire, de Mirigna, de Chevanel, en Bugey, et de Chastes, en Dauphiné. Jean de Buenc, son descendant au Ville degré, épousa au château de Genoist, Gabrielle d’Urfé, fille d’Arnoul d’Urfé, chevalier, seigneur de la Bastie, en Forez, et sœur de Guichard d Urfe, et d Arnoul d Uifé.
Les d’Urfé, qui portaient : “ De vair au chef de gueules ”, remontent à Ulphé, surnommé le Vaillant, fils de Ulphé, surnommé le Robuste, prince en Allemagne, venu en Forez avec Louis le Gros, roi de France. Il y rencontra une parente de Guy I, comte de Forez, nommée Aymée et issue de la maison des comtes de Viennois. Il l’épousa en 1129. Au IVe degré, on rencontre Arnulphe, seigneur d’Ulphé, dont la femme fut Clémence de Mauriac De ce dernier naquit Arnulphe V, qui épousa Marguerite de
Marcilly. Arnulphe VI, issu de ce mariage, s’allia, en 1380, à Antoinette Paillard, dame de Mussault. Il fut seigneur de la Bastie, et père de Gabrielle, femme de Jean de Buenc (1).
Les d’Urfé s’allièrent aux de Clermont, de Balsac, de Polignac, de Lespinasse, Montbel d’Entremont, d’Allemand, et à plusieurs autres familles marquantes de la Bresse et de Bugey.
La maison de Salins, dans laquelle Louis Mottin se choisit une épouse, fut l’une des plus distinguées de son temps. L’historique nécessairement abrégé que nous allons en donner le prouve. D’après M. l’abbé Guillaume, elle doit son origine à Albéric, fils puîné de Mayeul, vicomte de Narbonne, et de Raymonde. Il épousa Athellane, vicomtesse de Mâcon. On lui connaît deux enfants : Léthalde, comte de Bourgogne, et Humbert, tige de la maison de Salins.
Humbert, vivant en 930, fut sire de Salins. Il prit pour femme Ermangarde, fille de Lambert, et ce dernier était de la maison de Sémur, fils de Geoffroy de Sémur et de Mahaut de la Châtre. Un de ses descendants fut Gérard ; il fut sire de Salins et il eut une fille, Maurette de Salins, qui porta l’héritage à Gérard, comte de Vienne et de Mâcon.
De ce mariage naquirent Gaucher, sire de Salins, qui s’allia à Marguerite, fille de Archambaud de Bourbon II, et d’Adélais de Bourgogne. Ce mariage fut annulé. Marguerite de Bourbon épousa Guy de Dompierre. De cette alliance sortirent les comtes de Flandre (2).
Gaucher de Salins épousa Alix de Dreux, princesse du sang royal de France, fille de Robert II, comte de Dreux et d’Isabelle de Coucy. Gaucher IV fut sire de Salins. Il garda le nom et les armes de son aïeule maternelle. Sa fille unique vendit Salins à Hugues, duc de Bourgogne en 1225 (3).
Les de Salins formèrent plusieurs branches : les Salins-la- Bande, les Salins-la-Tour et les Salins-Vineelles.
(1) Les De Buenc portaient: “D’azur à deux pals d’or”; Guichenon • Histoire de Bresse et de Bugey, p. 80.— M. Auguste Bernard : Les d’Urfé: Souvenirs historiques et littéraires du Forez. Paris, Imprimerie Royale, 1839.
{2) Du mariage de Gaucher de Salins et de Marguerite de Bourbon vint une fille, Marguerite de Salins, qui fut adoptée par Guy de Dompierre, elle épousa le comte de Forcalquer.
(3) M. de Lurin : Nobiliaire de Franche-Comté, p. 525.
ET SON TEMPS
On a prétendu que les Salins-la-Bande eurent pour auteur Gérard de Salins, chevalier, fils naturel de Gaucher IV, sire de Salins. Il vivait en 1275. Une branche de cette famille s’établit en Bourgogne et porta le nom de Salins-la-Mâcle.
Les Salins-la-Tour eurent pour auteur Humbert de Salins, chevalier, vivant en 1202. Il eut un fils Dimanche de Salins, qui fut seigneur de Marchant. Il épousa Isabelle de la Roche, dame de Marchant, fille du chevalier Othon de la Roche.
De ce mariage vinrent Jean de Salins, qui suit, Anselme et Hugues.
Jean de Salins fut chevalier. Il épousa Marguerite de Coligny. Enfants : Henri, Etienne.
Henri de Salins, seigneur de Poupet, Flacey, Boy et autres lieux, prit pour femme Huguette de Grandson, fille de Jacques et de Marguerite de Vergy.
Etienne de Salins épousa Louise de Rye, fille de Mathey de Rye, chevalier, et de Béatrice de Vienne. Il reprit en fief son château de Varse de Jeanne de Montbéliard, dame de Montfaucon. Enfants :
Louise de Salins, mariée à Charles de Clermont, seigneur de Vausser, Hautefort, Saint-Béron, fils de Godefroy de Clermont, baron du lieu, en Dauphiné, et d’Isabelle de Montoison.
2° Renaude de Salins épousa Lancelot de Luyrieux.
3° Guigonne de Salins s’allia à Nicolas Raulin de Poligny.
4° Antoinette de Salins devint la femme de Jacques Bouton, seigneur du Fay, fils de Jean Genevois Bouton et de Jeanne de Villiers-la-Faye.
Anselme, fils de Dimanche de Salins, fut sire de Montferrand, seigneur de Vaugrigneuse, de Marchant et de Belmont. Il épousa Jeanne de Montferrand, fille de Jean et de Marguerite de Vaugrigneuse. 11 eut Antoine, qui suit.
Antoine III, chevalier, sire de Rans, de Saint-Martin, épousa Gilberte de Rans, fille de Poincard de Rans et de Dame de Cromay. Il eut un fils : Jean de Salins, mort avant 1436 ; il fut marié cà Jeanne Darcy. Il eut : Philibert, Guillaume, Hugues et Henri.
Philibert épousa, en 1469, Jacqueline Bouton, veuve de Claude de Brancion, fille d’Ernest Bouton, seigneur du Fay, chambellan du roi Louis XI et d’Anne Oyselet (1) ; en secondes noces, Jeanne de Vienne.
Les de Salins-Vincelles
Les de Salins-Vincelles eurent pour auteur un des fds de Gaucher IV, sire de Salins. Nous savons peu de choses sur cette branche jusqu’à Guy de Salins, seigneur de Pasquier, de Nevy et de Vincelles, qui épousa Etiennette Pasquier avant 1400.
VII. Jean de Salins, chevalier, seigneur de Vincelles, troisième fils de Guy de Salins et d’Etienne Pasquier, releva les armes de sa mère qui étaient “ D’azur, à trois fusées d’or, mises en fasce ”. Il chargea celle du milieu d’un écusson aux armes anciennes de sa maison. Jean de Salins prenait alors le titre de bailli de Dole et maître d’Hôtel d’Isabelle de Portugal, duchesse de Bretagne. Il avait épousé Jeanne Bouton, veuve du seigneur de Sainte-Croix, fille de Guillaume de Bouton, seigneur de Saligny et de Jeanne de Montmoret. Il eut Guy qui suit.
VIII. Guy de Salins, chevalier, seigneur de Vincelles, eut pour femme Marguerite de Fétigny, fille du chevalier Henri de Fétigny. Il mourut en 1484. Il eut Henri.
IX. Henri de Salins, chevalier, épousa au château de Vauldrey, le 21 juillet 1484, Isabelle de Salins, sa cousine, fille de Jean de Salins, seigneur de Ray et de Villers, et de Péronne de Laitre. Il eut Claude de Salins, chevalier, seigneur de la Charmée et de Vincelles. Il fut bailli de Charolais, en Bresse, écuyer tranchant et capitaine des archers de la garde de Philippe, Archiduc d’Autriche. Il épousa, le 19 juillet 1508, Anne de Vaugrigneuse, fille de Claude de Vaugrigneuse, seigneur de Thol et de Marigna, et de Aimée de l’Aubespin. Celle-ci était la fille de Jean II de l’Aubespin et de Béatrice Saint-Amour et petite-fille de Guillaume de l’Aubespin et de Marguerite de Coligny (2). Les de l’Aubespin et les de
(1) Simonne d’Oyselet épousa Louis de Morel, seigneur de Beaulieu. Charlotte, leur fille, épousa Jean VII de Vaugrigneuse. Guichenon : Histoire de Bresse et de Bugey, p. 387.
(2) Les de l’Aubespin portaient : “ D’azur au sautoir d’or, cantonné de
quatre billettes de même.”
ET SON TEMPS
Coligny furent deux illustres maisons. M. Minjollat de la Porte les fait descendre d’une souche commune. “ Du Bouchet, dit-il, le généalogiste des Coligny, parle des l’Aubespin de Saint-Amour. Etienne de Coligny appelle, dans son testament de 1318, Odet de l’Aubespin de Saint-Amour cognatus meus. Plus tard, en 1434, Jacquemard de Coligny veut qu’à défaut de ses quatre fils et de ses deux filles “son très cher neveu ” Claude de l’Aubespin Saint- Amour soit son héritier. Guillaume de Coligny nomme comme héritiers les l’Aubespin Saint-Amour. Tous les généalogistes s’arrêtent généralement au comte de rAubespin qui s’allia aux Nettancourt . . . Parmi les alliances de cette illustre maison nous citerons quelques grands noms : Harlay, La Chambre, Villars-Thoire, Scorailles, Choiseul, Durfort, Uzès, Montmorency, Noailles, La Trémouille, Damas, La Tour-Maubourg, Clermont-Tonnerre (1).”
Claude de Vaugrigneuse était fils de Henri de Vaugrigneuse, chevalier, et de Jeanne de Bouvens (2), et petit-fils de Derriosus de Vaugrigneuse, chevalier, et de Marguerite de Luyrieux. Cette alliance en donne à Jeanne de Mottin, car par cette dernière, elle remonte à Humbert de Savoie. En effet, Marguerite de Luyrieux était la fille de Humbert de Luyrieux (3) et de Catherine de Sales, et ce dernier était né du mariage de Guillaume de Luyrieux et de Catherine de Savoie, fille de Humbert de Savoie, seigneur d’Arvillars, fils naturel du comte Amé VI de Savoie.
Du mariage de Claude de Salins et d’Anne de Vaugrigneuse naquit un fils : Claude de Salins. Il fut chevalier, seigneur de Vincelles et de la Charmée. Il épousa Antoinette de Seyturier (4) . Elle était la fille de Claude de Seyturier et de Claudine de Moyria, et celle-ci fille d’Irénée de Moyria, seigneur du nom et de Mailla,
m Miniollat de la Porte: Histoire de l’Aubespin-en-Jarez, pp. 14, 112, 113 136 137, 138.— Pierre de Saint-Julien: Histoire de Bresse: De l’origine des
Bourguignons, p. 141. mie d’Hubert de Bouvens et de Marguerite de
Cette dernière était la fille de Aymon de Coucy-Cliâteauvieux,
Chateauvieux. Cette derniere etaide Champagnej de Brie, 1)ailli et lieutenantgénéralCIàeg Savoie. Il avait épousé Jacquemette de diaïant, bile du comte de Chalant. G"'ch“.« : .Hl.tolr .4. Vx^sièV ils furent alliés aux
toire de Bresse et de Bugey, p. 368.
gouverneur du Montdenis, et de dame Louise de Villette de Chevron. Irénée de Moyria était fils de Claude de Moyria, chevalier et de Jeanne de l’Aubespin, autre puissante famille de Jarez, dont nous avons parlé (1).
André de Moyria, père de Claude de Moyria, fut chevalier, l’un des deux cents gentilshommes et chef d’Hôtel de Louis, duc de Savoie. Il avait épousé Claudine de Luyrieux, issue d’une maison alliée aux de Savoie. Elle était la fille de Louis de Luyrieux, chevalier, seigneur de Villars, conseiller et chambellan du duc de Savoie, et d’Antoinette de Poix. Louis de Luyrieux eut pour père Humbert de Luyrieux, pour mère Alix d’Amesin. Guillaume de Luyrieux, père de ce dernier, avait épousé Catherine de Savoie, fille de Humbert de Savoie, seigneur d’Arvillars (2).
Du mariage de Claude de Salins et d’Antoinette de Seyturier naquirent quatre fils : Claude, Charles, Philibert, Jean de Salins, et deux filles : Madeleine et Etienne. La première épousa, au château de Vin celles, François de Poligny, écuyer, seigneur d’Augéa, fils de Hugues de Poligny.
Philibert de Salins, fils de Claude de Salins et d’Antoinette de Seyturier, écuyer, baron et seigneur de Vincelles, et de Marigny, épousa Jeanne de Balay, fille d’Aimé de Balay II, chevalier et baron de Longwy, et de Véronique de Courcelles. Il eut un fils, Philibert, chevalier, baron de Vincelles, qui épousa, le 26 septembre 1573, Françoise de Stainville, fille de Jean de Stainville, gouverneur de Suerre, et de Françoise de Chabot, dame de Pouilly.
Quant à Claude de Salins, fils de Claude et d’Antoinette de Seyturier, il fut chevalier des ordres du roi, seigneur de la Charmée et en partie de Vincelles. Il fut le père de Marie de Salins et aïeul de Jeanne Mottin. En 1576, il épousa Anne de Chantepinot, fille de Pierre de Chantepinot, écuyer, bailli de Noyers, et de Anne de
(1) Les de Moyria, seigneurs et barons de Chatillon et Corneille, portaient : “ D’or, à la bande d’azur, accompagnée de six billettes de même en orle ” Cimier : Une licorne d’argent. Supports : Deux griffons d’or. Devise : Invia virtuti, nulla est vis. Guichenon : Histoire de Bresse et de Bugey, np, 144 145 184, 185. 386.
(2) Catherine de Savoie, sa mère, lui fît donation de ses biens, le 17 mars 1380, en présence d’Amé VI, comte de Savoie, père d’Humbert de Savoie, seigneur d’Arvillars. Guichenon : Histoire de Bresse et Bugey, p. 144.
ET SON TEMPS
Monthelon (1). Cette dernière était la tille de Guillaume de Monthelon, seigneur de Massy-le-Ferre, et de Catherine de Moissan (2). Pierre de Chantepinot était issu du mariage de Jacques de Chantepinot, avocat au bailliage de Dijon, et de Marie de Boursault.
Les de Salins, on le voit, s’allièrent aux principales familles du pays ; ils tenaient, par le sang, aux comtes de Vienne, aux de Bourbon, de Morogues, d’Oyselet (3), de Montbel d’Entremont, Maréchal de Meximieux, de l’Aubespin, de Vaugrigneuse, de Seyturier, de Coligny, de Grandson. Telle fut la famille distinguée dans laquelle Louis Mottin entra par son mariage avec Marie de Salins.
Louis Mottin, de son épouse, Marie de Salins, eut huit enfants: Nicolas, Jean, Claude, Paul, Etienne, Philibert, Jeanne et Anne.
Nicolas fut écuyer et seigneur de Reux. On le voit en qualité de capitaine des vaisseaux de la Compagnie de la Nouvelle-France. Il épousa Françoise Bourrelier, dont la famille, originaire de Bourgogne, portait : “ D’azur, à la fasce d’or, accompagnée de trois trèfles d’argent.”
(1) R. de Lurin : Nobiliaire de Franche-Comté, p. 527. — L’abbé Guillaume- Dunard Varin. — Guichenon : Histoire de Bresse et de Bugey, pp. 164, 165.
(2) Catherine de Moissan était la fille de Hélie de Moissan, seigneur de Scev en Auxois, avocat-général au Parlement de Bourgogne. Nicolas de Monthelon était le fils d’Etienne de Monthelon, natif d’Autun. 11 avait épousé Marie de Ganay, fille de Guichard de Ganay, conseiller du duc de Bourgogne. De ce mariage naquit Nicolas de Monthelon, seigneur de Pleuveron lieutenant-general au parlement d’Autun. En secondes noces il avait épousé Marguerite du May. Guillaume de Monthelon, né de ce mariage, fut reçu avocat au parlement de Bourgogne le 15 février 1535. Il épousa Catherine Moissan. Nicolas de Monthelon, Von fils, reçu avocat, le 14 janvier 1566, fut president a Mortier et prit pour femme Bénigne de Chantepinot, fille de Jacques de Chantepinot, avocat du roi au bailliage de Dijon, et de Marie Boursault. Les de Ganay portaient : D argent, à la fasce de gueules, chargée de trois roses d or, posées une et deux, accostée de deux coquilles aussi d’or.” P. Anselme, VI, pp. 413, 477.
(3) Les d’Oyselet furent alliés aux de Bouton et aux de \ îenne, autres
familles distinguées par leurs alliances. Jacques Bouton, seigneur de Channlly,
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deaCM.lEuSx?Se‘ d’Apchier/ Guicheno,, , Hist.fre de Bresse et de Bugey, pp. 151, 337.
Jean Mottin fut prêtre. On ne sait rien sur Claude ni sur Paul. Etienne fut écuyer, et porta le titre de seigneur du Clos. Philibert est inconnu. Quant à Jeanne, elle fut l’épouse de Charles d’Aulnay de Charnizay. Anne Mottin, sa soeur, devint la femme de Nicolas Le Creux, écuyer, sieur du Breuil, commandant au fort de Canseau (1).
En secondes noces, Louis Mottin épousa, le 8 avril 1637, Claude de Thomasset, fille de Louis de Thomasset, bailli du Mont-Saint- Vincent. Cette famille, qui a produit, entre autres, un garde du corps au Duc d’Orléans et un secrétaire du roi, à la fin du XVIIe siècle, portait : “ De gueules, au pélican d’argent ”. De cette dernière union naquirent encore cinq enfants.
Jeanne Mottin avait donc le droit de porter dans ses armes celles de ses nobles ancêtres : les de Salins, d’Urfé, de Savoie, de Bourbon, de Vaugrigneuse, de Seyturier (2). En l’épousant d’Aulnay ne se mésalliait pas.
(1) Nicolas Le Creux, le 10 janvier 1652, est présent à une transaction passée entre les enfants de Louis Mottin. Il demeurait alors à Saint-Eusèbe-sur-Bois. Bibliothèque Nationale, Fonds fs, no. 31,875, vol. 14, f. 445.
(2) Marie de Salins, mère de Jeanne Mottin, portait : “Ecartelé, au 1 d’azur, à deux faux d’argent, emmanchées d’or, en sautoir, qui est de Seyturier ; au 2, de sinople à la croix d’or (Vaugrigneuse) ; au 3, de gueules à la croix d’argent (Savoie) ; au 4, d’azur, à 3 fleurs de lys d’or, et au bâton de gueules, péri en bande (de Bourbon) ; sur le tout : d’azur, à 3 fusées d’or, accolées en fasce (Salins).”
Jeanne Mottin portait : “Ecartelé, au 1, d’azur à 3 fusées d’or, accolées en fasce (de Salins) ; au 2, de vair, au chef de gueules (d’Urfé) : au 3, de gueules à la croix d’argent (Savoie)) ; au 4, d’azur, à 3 fleurs de lys d’or, au bâton de gueules, péri en bande (de Bourbon), sur le tout d’or et d’azur à 3 molettes, accompagnées en coeur d’une coquille, le tout de l’un et de l’autre et de l’un en l’autre.”
M. le Comte de Mottin nous communique la lettre suivante :
Lettre, non datée, mais évidemment du XVIIe siècle, et qui a été écrite au moment de la recherche des quartiers de Jeanne Mottin lors de l’entrée de sa fille, Marie de Menou, au Chapitre de Poussay. Cette lettre figure avec divers documents dans le Dossier Mottin, No. 2065, Bibliothèque Nationale, fonds français, à Paris.
M. Emard, seigneur de Montépin, est issu de Mademoiselle Perrette Mottin, il demeure en Bresse en sa dite seigneurie de Montépin dans le (ressort) du Bailliage de Châlons-sur-Saône, en Bourgogne, et quand il va à Châlons, il loge chez Madame Derittenan (sic) le logis qui a pour enseigne “La Galère” proche le pont.... ? Item le dit sieur de Montépin a tous les plus beaux titres de l’ancienneté et noblesse de Mottin.
Messieurs Mottin, seigneurs de Corcelles, ont aussi de fort beaux titres de la dite famille.... Les armes de la dite famille sont : “D’or, à une coquille St-Jacques de sable, accompagnée de trois étoiles d’azur, deux en chef une en pointe. Cimier : un pélican sur trois petits de sable. Supports : à droite de l’écu, une licorne d’argent, à gauche, un ours d’or.” Devise : “ Deus meus miserere mei.” . ,,
(Adresse) A Monsieur Bolin, messager en Charolles, logé aux Trois Moutons à Dijon.
Guichenon : Histoire de Bresse et de Bugey, III, p. 20, donne aux Mottin-
Corcelles, de cet endroit les armes suivantes : “ D’or et d’azur, à trois molettes en l’un et en l’autre, posées deux et une.”
Armoiries de M. le Comte Mottin de la Balme