AVANT-PROPOS
L’histoire de l’Acadie est une longue épopée. Ses annales renferment de nombreux exemples de dévouement et d’ardent patriotisme. Avant de jouir de la prospérité, le peuple acadien a dû passer par le creuset de la tribulation. Les hommes entreprenants qui eurent en mains les destinées de ce coin de la Nouvelle-France et qui désiraient dépenser leurs forces et leurs talents, leur vie et leur fortune, pour y établir une colonie française, étendre jusque sur les rivages américains le champ d’action de la noble nation du royaume des lis et y implanter la foi chrétienne, rencontrèrent des obstacles sans nombre. L’ambition, ce mobile de tant d’injustices, la cupidité et la jalousie ont rendu adversaires des hommes de la même race et de la même religion, faits pour s’entendre. De là on voit naître des luttes fratricides qui para-
lysent le mouvement colonisateur. A ces querelles domestiques s’ajoutent les attaques des ennemis du dehors. L’Angleterre convoitant le pays d’Acadie, si beau et si riche en fourrures, profite de l’état de faiblesse dans lequel il est réduit par la guerre civile, pour l’envahir et s’en emparer.
Néanmoins, prise comme le fer entre le marteau et l’enclume, la pauvre colonie eut à supporter le choc souvent renouvelé des deux nations ri\ales. Le petit peuple acadien, en dépit de sacrifices héroïques, dut se résigner à accepter la situation indécise que lui faisait le sort des armes. Il lui fallut subir le joug du plus fort et se soumettre au gouvernement anglais en attendant le jour heureux qui le verrait rentrer de nouveau sous la juridiction de la mère patrie : la France. Durant plus d’un siècle et demi les familles acadiennes vécurent au milieu de transes continuelles jusqu’au jour de la grande dispersion, crime sans nom, qui restera à jamais comme une tache indélébile au front de ceux qui l’ontperpétré.
Parmi les grands hommes dont les annales de l’Acadie ont conservé le souvenir, Charles de Saint-Etienne de La Tour occupe le premier rang. Le rôle qu’il a joué, les luttes qu’il eut à subir contre un adversaire implacable, lui donnent une place à part. Peu de mortels ont eu une destinée aussi étrange et une carrière aussi mouvementée. Son existence fut marquée par une série de succès et de revers. Honoré par son roi qui, pour reconnaître ses bons et fidèles services et le récompenser de son attachement à la France, le décore du titre de lieutenant-général au pays d’Acadie, il est alors riche et puissant. Plus tard, la bonne foi du roi ou de son conseil ayant été surprise par les dépositions calomnieuses de son compétiteur, condamné comme traître, on le voit ruiné, dépouillé de tout, portant en son âme meurtrie le deuil de son épouse héroïque, chercher un asile loin de son pays d’adoption. C’est à Québec, auprès du gouverneur de Montmagny, qu’il se retire. Il y trouve le calme et le repos dont il a si grand besoin. Durant quatre ans, il séjourne dans la petite colonie et il y est entouré de la plus profonde sympathie tant de la part des Jésuites que de toute l’élite de la population. Il apprend bientôt la nouvelle de la mort de son ennemi, il passe en France et va lui-même plaider sa cause jusqu’au pied du trône. Le roi et la reine mère éclairés par les nombreux témoins qu’il produit, se rendant compte
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que leur bonne foi a été surprise, lui accordent, de leur propre autorité, des lettres de pardon et lui remettent avec les rênes du gouvernement de l’Acadie, les vastes possessions dont d’Aulnay l’a dépossédé. De La Tour triomphe ainsi de l’homme qui l’a perdu. Bien plus, par un renversement étrange de la fortune, il épouse même la femme de ce dernier. Croyant en ce moment tenir le bonheur, il espérait désormais une vie plus calme et plus heureuse; mais, il était écrit qu’il passerait ses jours dans la tribulation. Un autre ennemi vient fondre sur lui : Sedgewick, général anglais, s’empare du fort St- Jean et du Port-Royal, conduit de La Tour prisonnier à Londres. Il y languit durant un an. Il sollicite de Cromwell la restitution de son pays, ce qu’on lui refuse. Pour rentrer de nouveau en possession de ses biens, il se voit obligé de se reconnaître vassal de l’Angleterre. Il abandonne dès lors les affaires publiques, il rentre dans la vie privée, et il termine sa carrière au milieu du calme et des joies du foyer domestique. Il meurt en 1666, et son corps repose très probablement au Cap de Sable, premier théâtre de ses exploits.
Une telle vie devait nécessairement rencontrer de la part des historiens des appréciations diverses. Les uns, ceux qui ont connu de La Tour d’une manière plus intime : M. de Champlain, mort en 1635, Nicolas Denys, qui raconte “ des choses qu’il a vues de ses propres yeux ” et dont l’honnêteté et la bonne foi n’ont jamais été mises en doute, les Jésuites dans leur Journal et le P. de Charlevoix, dans sa belle Histoire de la Nouvelle-France, lui ont consacré des lignes fort sympathiques (1).
Plus près de nous, Carneau et l’abbé Ferland, dans leur Histoire du Canada , nous l’ont présenté à certaines heures de sa vie comme un héros. Ils ont fondé leurs sentiments sur le témoignage des premiers annalistes de notre pays : Champlain, Denys, les Pères Jésuites, le Frère Gabriel Sagard, le Père le Clercq et son confrère Sixte le Tac, de l’ordre des Récollets, et leur témoignage si favorable à de La Tour est assurément justifié. La poésie elle-même a immortalisé son nom et l’a donné comme un exemple de fidélité à la foi jurée (2).
(1) Le P. Charlevoix a touché de près à ces événements. Né à St-Quentin, le 24 octobre 1682, il est venu au Canada en 1705, et il lui fut donné de connaître plusieurs descendants des colons d’Acadie.
(2) Gérin-Lajoie : Le jeune La Tour, tragédie en trois actes ; Huston : Le répertoire national, III, p. 3.
Il fallait parvenir en plein XIXe siècle pour rencontrer des historiens français qui se donneraient la tâche de refaire, selon leurs goûts et leurs sympathies, cette page d’histoire au profit de Charles de Menou d’Aulnay de Charnizay qui, s’il eut le mérite de poursuivre l’œuvre nohle et vraiment patriotique du digne Commandeur de Razilly, eut le tort de se laisser dominer par l’ambition et de conduire ainsi la colonie à la ruine. Hélas! il faut bien le dire, ses procédés injustes attirèrent sur le pays des malheurs irréparables ; il en porte donc la lourde responsabilité.
Celui qui étudie cette période jusqu’ici enténébrée de l’histoire acadienne se trouve en présence de deux hommes entreprenants, doués de talents remarquables, et investis de l’autorité sur des domaines dont les limites étaient mal définies.
Le premier, Charles de Saint-Ltienne de La Tour, venu sur le sol canadien en 1610, à 1 âge de quatorze ans, a dépensé sa jeunesse et sa fortune pour contribuer à l’établissement de sa patrie d’adoption ; il fonda deux forts importants, l’un au Cap de Sable, appelé le fort Saint-Louis ou de La Tour, l’autre nommé d’abord fort Sainte-Marie et plus tard fort Saint- Jean, était situé à 1 embouchure du fleuve de ce nom. Pour reconnaître ses longs et dévoués services, la Compagnie de la Nouvelle-France le présente au roi qui le nomme “ Gouverneur et Lieutenant-général ès Costes d’Acadie et pays circonvoisins ”, et lui accorde, en toute propriété, des domaines considérables autour de ses forts.
Lautie, Chai les d Aulnay, conduit a Port-Royal par de Razilly, vingt ans après de La Tour, soit en 1632, à la mort du Commandeur, arrivée en 1635, prend en mains la direction de la petite colonie laissée par le gouverneur défunt ; il transporte les colons de la Hève au Port-Royal, s’y installe en maître comme administrateur n’ayant pour commission qu’une lieutenance à lui laissée par de Razilly. Ce n’est qu’en 1638 qu’il se voit confirmé dans ses pouvoirs. Ce nouveau venu, jusqu’en 1641, n’a pas mis un seul sou dans l’établissement du pays ; n’empêche qu’il brûle d’un si grand désir de s’en voir attribuer le gouvernement général, même de cette partie où gouverne de La Tour, qu’il tente, par tous les moyens, de supplanter ce dernier. Appuyé par le Capucin Pascal de Troyes et, après 1640, par son confrère, le P. Ignace de Paris, qui eux-mêmes convoitent pour leur ordre une juridiction qui s’étendra à toutes les missions canadiennes, d’Aulnay rédige
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des mémoires infamants contre son rival, dans le but de le perdre dans l’estime du roi ; telle fut la cause du conflit durant lequel les deux lieutenants-généraux se livrèrent une guerre sans merci. Qui eut raison ? Qui eut tort ? Les premiers historiens ont donné le beau rôle à de La Tour. Se sont-ils trompés ? Ont-ils été induits en erreur ? Nous ne le croyons pas. Les documents nombreux que nous avons recueillis dans les divers dépôts d’ Archives de France, de Londres, de Boston, et dernièrement encore dans les Archives de la Propagande de Rome, confirment leur point de vue, à savoir que de La Tour fut la victime de l’ambition démesurée d’Aulnay. Pour prétendre que ce dernier aurait été un héros, et le premier, la cause des malheurs qui sont tombés sur l’Acadie, il faut dénaturer les faits, ignorer le concours de témoignages sympathiques à de La Tour et réellement accablants pour son ennemi. C’est ce qu’ont entrepris de soutenir avec une ténacité prodigieuse certains écrivains français. Parmi ceux-là nommons le P. Candide de l’ordre des Capucins, le P. John Lenhart, son confrère, M. Emile Lauvrière. Marchant sur les brisées de M. Moreau ou pour dire plus exactement de feu M. le comte Jules de Menou, ils prétendent avoir raison contre nos premiers historiens et prennent hardiment pour d’Aulnay en dépit de tous les documents qui les contredisent.
On sait que la famille de Menou a la bonne fortune de compter en France des descendants. M. le comte de Menou, l’un d’eux, avec une piété filiale digne d’une meilleure cause, a recueilli les factums, mémoires, lettres, laissés par son cousin et sur lesquels fut un jour portée une condamnation contre de La Tour.
En 1873, M. Moreau, auteur des Mazarinades, publia à Paris une Histoire de V Acadie française, sorte de plaidoyer en faveur d’Aulnay. M. Margry qui, en son temps, fut l’un des plus érudits conservateurs des archives à la Bibliothèque Nationale de Paris acheta, pour cette institution, tous les documents de la maison de Menou. Il nous apprend que M. Moreau a “ copié textuellement le manuscrit du comte de Menou, auquel, dit-il, il a ajouté quelques extraits des auteurs anglais (1).” M. Moreau a donc publié le livre de M. le comte de Menou. De fait, il avoue que son ouvrage repose sur des documents dont des copies collationnées
(1) Bibliothèque Nationale, Paris, Manuscrits : Nouvelles Acquisitions françaises, No. 9281, folio 170.
“lui ont été remises par ce dernier”. Il a \oulu “rétablir la vérité dans l’histoire de l’Acadie et venger la mémoire d’Aulnay, qu’on a jugé, dit-il, sur le témoignage de ses adversaires et de ses ennemis (1).” Certes, il fait une œuvre louable celui qui tente de réhabiliter la mémoire d’un homme que YHistoire aura traité injustement. Mais pour atteindre son but l’auteur doit fonder son plaidoyer sur des documents dont l’exactitude et la vérité soient incontestables. Pour quelle raison M. Moreau a-t-il pris la responsabilité de cette publication au nom et à la place de son auteur ? Etait-ce parce que cette tentative de réhabilitation tardive eût été accueillie moins favorablement par le public, si elle eût porté la signature d’un parent d’Aulnay ? Nous ne savons. En tout cas le monde des lettrés n’eut guère l’occasion de s’en émouvoir outre mesure puisque le tirage fut limité à cent exemplaires dont cinquante seulement furent destinés au commerce (2). Pourquoi cette discrétion dans la publication d’un ouvrage destiné à “ venger la mémoire ” du prétendu héros acadien ? Craignaiton, dans le temps, qu’une diffusion plus grande de ces pages vengeresses eût attiré à son auteur une critique défavorable ? La famille de Menou d’Aulnay pourra peut-être répondre à ces questions.
Quelques exemplaires de YHistoire de l’Acadie française ont traversé la mer. Dès l’année 1874, l’un de nos plus distingués compatriotes, l’honorable Pascal Poirier, membre du Sénat Canadien, releva un nombre important d’erreurs qu’il avait remarquées dans cette œuvre, entre autre celle-ci répandue en France : que le sang du peuple acadien ne serait pas pur de tout mélange avec le sang abénaquis, erreur que M. Rameau de Saint-Père a reproduite dans ses deux ouvrages : La France aux Colonies (3) et Une colonie féodale en Amérique (4) . Dans son étude élaborée, (5) avec une série de preuves inattaquables, l’honorable sénateur répudiait cette erreur. Tout en reconnaissant chez ces auteurs l’intention louable de glorifier le peuple acadien en faisant connaître son histoire, M. Poirier ajoutait avec raison : “ Il ne faut pas que le
(1) M. Moreau : Histoire de l’Acadie française, préface, page VIII.
(2) M. Philéas Gagnon : Essai de Bibliographie canadienne, I, p. 333.
(3) Un volume : 1859, chez Jouby, rue des Grands-Augustins, Paris.
(4) Deux volumes : E. Plon, Nourrit et Cie, imprimeurs-éditeurs, rue Garancière, 10 Paris ; Granger Frères Montréal, Canada ; le Canada-Français, 1890 :
(5) Pascal Poirier : Origine des Acadiens, 1874. Eusèbe Senécal, Montréal. Documents sur l’Acadie, p. 135 : Remarques sur les Registres de Belle-Isle-en-Mer.
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mérite personnel de l’écrivain empêche de voir les inexactitudes qui se sont glissées sous la plume de l’historien Cela se comprend : une erreur sera reçue avec d’autant plus d’empressement que celui qui l’aura répandue jouira d’une plus grande autorité. Comme la vérité a des droits incontestables, il importe de relever toute erreur qui pourrait fausser l’histoire, quels que soient l’autorité et le talent de l’écrivain qui l’aura laissée tomber de sa plume.
Plus tard, le P. Candide de Nant publia quelques études sur l’histoire acadienne (1). Ce sont, en 1905: Port-Royal en 1650 (2); la seconde : Le siège du fort Saint-Jean, en juillet 1908 ; enfin Silhouettes de Missionnaires, le Père Léonard de Chartres, en juillet
Dans ces études, une chose nous frappa tout d’abord : l’autorité attribuée au livre de M. Moreau, sur lequel le digne religieux fondait ses thèses et renversait ni plus ni moins les conclusions de nos premiers historiens. Il n’en fallut pas davantage pour nous mettre à la recherche d’un exemplaire d’un ouvrage réputé si précieux. L’ayant enfin découvert nous en fîmes une étude approfondie et, en 1919, dans nos Observations sur l’Histoire de l’Acadie, nous prouvions que ce plaidoyer pro domo d’Aulnay reposait uniquement sur les mémoires de ce dernier et que, par conséquent, il était trop intéressé pour faire loi. Par ailleurs nous ajoutions que l’auteur n’avait pas respecté la lettre des documents et que sa manière de les interpréter était en désaccord avec les lois de l’impartialité historique (3).
Entre-temps, M. Charles de La Roncière, dans son Histoire de la Marine, traitait des rivalités qui surgirent entre les deux ennemis. Le lecteur le moins attentif se rend compte que le savant auteur a pris ses renseignements à l’école de M. Moreau.
Au mois de septembre 1916, le P. John Lenhart, capucin, entreprit la publication de l’histoire de son ordre en Acadie dans une revue de Philadelphie sous le titre : The Capuchins in Acadia and Northern Maine (4). L’auteur s’inspira plus particulièrement chez son érudit confrère, le P. Candide, par conséquent chez Moreau et Rameau ; sur le conflit La Tour-d’Aulnay, il n’apporta
(1) La Nouvelle-France, revue publiée à Québec de 1901 à 1933.
(2) Le même, 1906, page 313.
(3) Abbé A. Couillard Després : Observations sur l’Histoire de l’Acadie française de M. Moreau, réfutation et mise au point, Montréal, I vol. 150 p.
(4) Records of the American Catholiç Historical Society of Philadelphia.
rien de neuf. Un autre capucin, le P. Albéric, avec la permission du P. Lenhart, en 1915, livrait au public canadien une traduction de ce travail dans la revue : La Nouvelle-France, sous le titre . Les Capucins en Acadie (1). Ici encore tout repose sur Moreau,
Rameau, d’Aulnay.
Enfin, en 1922, parut La tragédie d’un peuple ou l’Histoire du peuple acadien de ses origines à nos jours , ouvrage depuis longtemps annoncé et attendu (2). Nous aurions été heureux de joindre nos humbles félicitations à celles qu’a reçues l’auteur, mais le point de vue qu’il a adopté sur le conflit La Tour-d’Aulnay est si contraire aux pièces officielles que nous avons cru de notre devoir de relever cette attaque injustement portée contre la mémoire de celui qui fut la victime d’un cupide agresseur.
M. Lauvrière a prétendu honorer le peuple acadien : la dédicace de son ouvrage le prouve. Comment a-t-il pu croire qu’il a travaillé à la glorification d’une race, quand il dit tant de mal de son premier ancêtre ? De La Tour, en effet, peut être regardé, avec raison, comme le Père de la race acadienne : ses descendants se comptent par milliers en Acadie, sur la terre canadienne. Il semble que ces écrivains, qui se disent si bien disposés à l’égard de la nation martyre, auraient dû prendre le temps de se renseigner à des sources plus pures et plus impartiales avant que de porter contre le grand ancêtre des accusations pareilles. Au surplus, non seulement l’auteur a réédité les calomnies lancées par d’Aulnay contre son ennemi, mais il a surenchéri là-dessus et nous a donné trois chapitres vraiment regrettables. Voilà pourquoi avons-nous publié En marge de la tragédie d’un peuple (3) afin d’attirer l’attention publique sur ces erreurs et endiguer, si possible, le torrent de calomnies répandues contre la mémoire de La Tour, en attendant la publication de son histoire.
En 1927, le P. Candide nous est revenu avec Pages glorieuses de l’épopée canadienne ou une mission capucine en Acadie (4). C’est dans les Etudes franciscaines de Paris, qu’en 1925, il commença à
(1) La Nouvelle-France : août 1915, p. 337 ; septembre, p. 416 ; décembre p. 565 et janvier 1916.
(2) M. Emile Lauvrière : La tragédie d’un peuple, ouvrage en deux volumes, Paris, Editions Bossard, 43, rue Madame.
(3) En marge de la tragédie d’un peuple ou erreurs historiques, I vol. 120 pages : Desclée de Brouwer et Cie, Belgique.
(4) P. Candide de Nant : Paris VI, Librairie Saint-François, 4 rue Cassette, et Librairie Maisonneuve, rue du Sabot,
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faire paraître les premiers chapitres de ce travail qui forme un volume de trois cent trente pages (1). Si l’on excepte quelques pièces très importantes tirées des Archives de la Propagande de Rome, toute la partie documentaire repose sur la foi de Moreau, d’Aulnay et de M. Lauvrière. Citons le P. Candide : “ Entre
deux politiques qui s’affrontaient à cette époque en Amérique française, dit-il, celle du roi, de l’intérêt général, de la culture du sol, du catholicisme d’un côté, et de l’autre, celle des commerçants, des gros profits, des alliances anglaises et huguenotes, il ne nous semblait pas possible d'hésiter. Si l’histoire donnait le beau rôle à cette dernière, c’est que l’histoire était pipée. Les préjugés en faveur des La Tour, des Le Borgne, les attaques parfois très dures à l’endroit de Charles d’Aulnay et un silence presque complet sur Razilly et les Capucins, tout cela était imputable, en bonne partie, à certaines sources peu limpides. . . . Nous aurons, ajoute l’auteur, du bien à dire de Nicolas Denys et de Chrestien Le Clercq, mais leur témoignage veut être passé au crible d’une sévère critique et on a fait, avec leur grain altéré, de mauvaise mouture (2)..”
Avant le P. Candide, Moreau, l’historien stipendié de la maison de Menou, a passé Nicolas Denys et Chrestien Le Clercq “ au crible d’une sévère critique ”, parce que trop compromettants pour d’Aulnay. Nos Observations sont là pour montrer la partialité de cette œuvre. Mais la confiance du P. Candide en Moreau ne semble pas avoir été ébranlée par nos travaux. Il nous l’apprend dans Pages glorieuses : “ Toutefois, dit-il, c’est en langue française que la vraie politique de la France en Amérique était la mieux exposée et défendue.” L’Histoire de l’Acadie française de Moreau et les deux volumes sur “ Une colonie féodale en Amérique ” de Rameau de Saint-Père (1877), brisaient hardiment des clichés trop à la mode et campaient de beaux portraits de Razilly, de Charles de Menou, seigneur d’Aulnay et des Capucins, leurs auxiliaires. . .”
“ Plus récemment, ajoute le même auteur, un ouvrage de haute valeur “ l’Histoire de la Marine Française ” de Charles de La Roncière, s’orientait dans le même sens. . C’était plus que suffisant pour achever d’asseoir nos convictions. . .” Et plus loin: “ Il y avait du nouveau. Nous avions lu les deux beaux volumes
(1) Voir les numéros de janvier-février et mai-juin 1925,
(2) Pages glorieuses, VI.
de Lauvrière : La tragédie d’un peuple. O joie ! dans cet ouvrage au succès foudroyant, nous retrouvions toutes nos thèses. Alors que prétendre désormais ? La partie de l’histoire qui nous intéresse était traitée à fond : que pouvions-nous ajouter. . . ? Quant à nos propres dépôts (d’archives), nous pouvions presque nous dispenser de les consulter de plus près, après l’étude exhaustive que venait d’en faire M. Lauvrière ...”
“Tout récemment, dit-il encore, (1916-1917), le P. John Lenhart a publié, en anglais, dans les Records of the American Catholic Uistorical Society of Philadelphia (1), un travail qui est exactement sur le plan de celui-ci .... C’est une très bonne étude où nous retrouvons avec plaisir la plupart de nos conclusions ...”
Ainsi, les écrivains de cette école n’ont pas fait de recherches personnelles beaucoup plus approfondies que M. Moreau. Le P. Candide a fondé ses thèses sur ce dernier, partant sur les documents qui nous viennent d’Aulnay et qu’a recueillis feu M. le comte de Menou. M. de La Roncière a puisé lui aussi abondamment à la même source. On nous assure même que les pages consacrées à de La Tour, dans l’Histoire de la Marine, viennent de M. Lauvrière qui collabora à cette œuvre d’érudition. Le P. Candide, qui s’est vu copié par les Pères Lenhart, Albéric et M. Lauvrière, ne peut s’étonner s’il retrouve, chez ces écrivains, “ ses propres conclusions ”. Le P. Candide, en 1927, félicite donc le P. Candide de 1905.
Pages glorieuses, rédigées d’une main alerte, sont conçues en un style sobre et calme. Il s’y rencontre pourtant des erreurs fondamentales ; nous les rappelons en temps et lieu ; n’empêche que l’auteur semble avoir voulu être bon prince à l’égard de La Tour. En une seule occasion, sa plume, jusque-là très calme, trahit de l’émotion. C’est quand il rappelle ce que nous avons écrit sur la canonisation prématurée d’Aulnay. Ses admissions indiquent que nous avons la note juste. “ Certes, dit-il, s’il fallait accepter comme base du jugement les griefs entassés par Latour contre son rival, d’Aulnay serait tout le contraire d’un saint. Quelques-uns de ces griefs furent victorieusement relevés par l’accusé ; restent les reproches d’immoralité, aussi difficiles à réfuter qu’à établir. Latour les avait largement étalés dans sa
(1) Nous remercions cordialement M. W.-F. bienveillance l’étude du P. John Lenhart.
Ganong qui nous a prêté avec
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lettre du 27 octobre 1644 aux autorités de Boston, presque en même temps que d’Aulnay rédigeait le réquisitoire de même nature que nous avons rapporté ailleurs. De part et d’autre, il y avait un procès à gagner. Admettons néanmoins un fond de vérité à ces accusations. Quelques-unes, les plus précises, visent la jeunesse d’Aulnay. Elles datent de l’époque de Razilly. Soit. Avant son mariage, d’Aulnay a eu des écarts de jeunesse. Qu’importe cela à l’histoire (1)” ?
Qu’importe cela à l’histoire, se demande naïvement le P. Candide ? Mais cela importe, puisqu’il s’agit de connaître la valeur morale de l’individu dont les amis chantent les vertus et qu’ds ont entrepris de canoniser. Quoiqu’il en soit, on nous rendra la justice que de la longue lettre de La Tour nous n’avons cité que le démenti qu’elle donnait à d’Aulnay qui l’avait accusé de négliger la colonisation et l’œuvre importante de l’évangélisation des sauvages. Quant aux accusations de nature plus délicate — qui regardent les mœurs — quoique bien précisées par de La Tour qui fournit des noms et des dates contrairement à la pratique d’Aulnay, comme nous connaissions la rivalité existant entre les deux adversaires, notre plume s’est refusée de les rappeler (2). Nous avons préféré, sur ce point comme sur d’autres, attendre des preuves provenant d’une source moins intéressée. Nous n’aurons plus de gêne à mentionner ces faits, en temps et lieu, attendu que le P. Pacifique de Provins, préfet des missions canadiennes, dans les mémoires qu’il adresse aux Eminentissimes Cardinaux de la Sacrée Congrégation de la Propagande, représente d’Aulnay comme “ un mauvais gouverneur ” et l’accuse d’être la cause “ de la ruine de la colonie et de la mission ”, confirmant ainsi le sentiment de Denys et de tous ses contemporains (3).
Il est infiniment regrettable que les admirateurs d’Aulnay n’aient pas suivi cette élémentaire prudence dictée par les lois de la justice. A notre tour de demander à ces écrivains : qu’importent à l’histoire les accusations gratuites formulées par d’Aulnay contre La Tour ? Ont- ils oublié que l’accusateur avait un procès à gagner ? Elles ont été reproduites par M. Moreau, acceptées et étalées avec grande bienveillance par M. Lauvrière, enfin res-
(1) P. Candide : Pages glorieuses, p. 279.
(2) En marge de la tragédie d’un peuple, pp. 77-78.
(3) Archives de la Propagande : Scritture Originali, Riferit© Nell© Cong. Generali, vol. 199, fol. 269.
sassées par le P. Candide. I) Aulnay fut un homme faillible , avoue ce dernier ! Prétendre le contraire serait imprudent. ^ Tout de même, il eut pour se maintenir dans la vertu des aviseurs spirituels dans la personne des Capucins et, sous les yeux, durant trois ans, les exemples du Grand Commandeur de Razilly. Pourtant il eut ses faiblesses. Quant à de La Tour, perdu à l’origine au milieu des bois, laissé à lui-même, sans conseillers, sans prêtres, il en vint à contracter une alliance avec une fille sauvage, mais il a fait revalider cette union qui n’est pas un crime vu les circonstances, et des preuves existent qu’il prit soin de ses enfants contrairement à ce que dit d’Aulnay (1). Voilà pourquoi, de triste sire” qu’il est apparu au P. Albéric en 1915 (2), le P. Candide, plus indulgent en 1927, ayant admis les fautes de son propre “ saint ”, nous le présente comme un homme “ peut-être d’une moralité moyenne (3) ” ? d’où l’on voit que la critique a du bon.
D’Aulnay affirme que de La Tour se serait emparé, sans droit, de la succession de Biencourt et qu’un procès en revendication lui aurait été intenté par la famille du défunt ? M. Moreau déclare qu’il “ a vainement cherché les pièces ” de ce prétendu procès ; il apporte une hypothèse, mais pas l’ombre d’une preuve (4) . M. Lauvrière et le P. Candide en rappelant cette affaire ne l’appuient sur aucun document. Ils semblent oublier qu’à cette époque, aussi bien que de nos jours, nul n’aurait pu s’emparer d’une succession pareille sans qu’on puisse trouver, dans les archives du temps, quelques traces des réclamations qu’auraient faites les parents des défunts. Les différentes généalogies publiées sur la famille de Biencourt-Poutrincourt sont muettes là-dessus. Au surplus, les hommes qui les connurent, qui furent leurs fournisseurs ou à leur service : les sieurs Samuel Georges, Macquay, marchands de la Rochelle, David de Lomeron, leur secrétaire, Daniel Braignault et Bernard Marot, capitaines de marine, restèrent au service de Charles de La Tour. On ne trouve, de ces hommes, aucun témoignage qui puisse l’incriminer, bien au contraire, il en est qui louent ses qualités et ses mérites.
(1) Mémoire instructif des choses que le sieur de la Tour a faictes en la Nouvelle-France, Bibliothèque Nationale, Manuscrits, Anciens fonds français, No. 18,593, folio 373.
(2) La Nouvelle-France, Québec ; 1915, page 336 : Les Capucins en Acadie.
(3) P. Candide : Pages glorieuses, p. 133.
(4) Moreau : Histoire de l’Acadie française, pp. 124, 125, 126.
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Certes, M. Lauvrière n’a pas été plus heureux quand il l’accusa d’avoir pris à madame d’Aulnay, devenue son épouse, des pelleteries au montant de 387,000 livres. Le témoignage de Pierre Mélançon (pour Doucet dit Laverdure), qu’il apporte pour prouver son affirmation (1), montre que l’écrivain a été victime d’une nouvelle méprise. Si M. Lauvrière veut bien relire le texte de ce document, il se rendra compte que ce n’est pas La Tour, mais Le Borgne qui est visé dans cette affaire (2). L’erreur d’un écrivain quel qu’il soit, n’ayant pas pour effet d’incriminer celui qu’on accuse injustement, on peut voir que les épithètes de “ malhonnête, d’escroc et de corsaire ” dont l’auteur est si prodigue à l’égard de La Tour, ont été dirigées à mauvaise adresse. Quant à sa prétendue “ apostasie ”, rien ne la prouve non plus. Le P. Candide avoue même qu’elle est contestable (3), partant sont également “ contestables ” la thèse et les jugements de ces historiens.
Le P. Candide, aussi bien que MM. Moreau et Lauvrière, font planer le mystère sur l’origine de La Tour. Avec d’Aulnay, ils ne lui reconnaissent que le nom de Turgis. “ Ce nom, écrit le P. Candide, est lui-même authentiqué par les lettres patentes de Louis XIV, en date de 1652 (4) . Il était facile de contrôler une pièce de fraîche date,” dit encore le même auteur.... Le document, en date du 9 décembre 1652, émané du roi à la demande des amis d’Aulnay, est le seul que nous connaissions où de La Tour est mentionné sous le nom de Turgis. Mais ce nom est en très bonne compagnie ; il apparaît avec ceux de Saint-Etienne de La Tour, ce qui fait dire à M. Lauvrière “Trois particules, maintenant ! ” (5), comme si de La Tour en eût été responsable ? Mais pourquoi aurait-il désavoué un nom que ses ancêtres avaient porté en France ? Le factum d’Aulnay prouve qu’il appartenait bel et bien à la famille des Saint-Etienne de Turgy. S’il était facile en 1652, comme l’écrit le P. Candide, d’identifier un homme et sa signature, l’était-il moins en 1612, alors que de La Tour, ainsi qualifié dans le factum de Biencourt, signe ce document du nom de Saint-Etienne ? L’était-il moins en 1630, alors que Bernard
(1) La tragédie d’un peuple, I, p. 95. Ed. 1924, I, p. 92.
(2) Arrêt du Conseil d’Etat : Affaire Le Borgne, Versailles, 1703.
(3) Pages glorieuses, p. 132.
(4) Le même, p. 276.
(5) La tragédie d’un peuple, I, p. 89 ; En marge de la tragédie d’un peuple,
Marot, signataire du même document, apporte à Charles de La Tour les lettres de la Compagnie de la Nouvelle-France ? Dans sa lettre de 1627, adressée au roi par de La Tour, dans son autre du même jour expédiée au Cardinal de Richelieu, il ne parle que du Sieur de La Tour, son père ; il signe ces missives de ce seul nom, mais le Cardinal le présente au roi sous les noms de Saint-Etienne de La Tour, et le roi, à son tour, le qualifie dans les lettres patentes qu’il lui accorde : Charles de Saint-Etienne, écuyer, sieur de La Tour. Par les compagnons de La Tour qui séjournèrent avec lui en Acadie, par Bernard Marot, par les marchands de la Rochelle, par David de Lomeron, par les capitaines des navires, en particulier Daniel Braignault, toute substitution de noms, non justifiée, devenait impossible. Nous pensons qu’aucun historien sérieux tentera désormais de rééditer le vieux cliché “ branlant ” d’Aulnay. Il suit de là que notre Charles de La Tour, en France aussi bien qu’en Acadie, était considéré comme le descendant de la noble maison des Saint-Etienne de La Tour et des seigneurs de Turgy.
Le même d’Aulnay a accusé son ennemi d’avoir poussé à la révolte, contre de Razilly d’abord et contre lui-même plus tard, les sauvages du Canada. Aucune preuve ne confirme ces dires. Cependant, chose incroyable, M. Moreau et les écrivains susmentionnés répètent à l’envie cette assertion problématique (1).
D’Aulnay a prétendu que, vers le même temps, de La Tour a entretenu des relations d’amitié avec les Anglais. Ces auteurs chantent le même refrain. Ici non seulement rien n’appuie une telle accusation, mais des pièces officielles existent qui la répudient. Elles montrent que loin d’entretenir des relations de cette nature, de La Tour fit une guerre sans merci à ses prétendus amis. En 1632, son fort Saint-Jean est attaqué et pris par les soldats de Sorester, lieutenant de Sir Guillaume Alexandre, la croix érigée par de La Tour au milieu du fort est abattue, ses marchandises sont pillées, et les hommes, conduits prisonniers à Pentagouët, sont laissés sur une île déserte (2) . Les Anglais de Boston eux-mêmes confirment l’exactitude de ces faits (3). Pour venger cette attaque injuste, de La Tour s’empare de Machias ; durant dix ans,
(1) Moreau : Histoire de l’Acadie française, pp. 131, 132, 133 ; M. Lauvrière- La tragédie d’un peuple, I, pp. 64 et 73 ; P. Candide : Pages glorieuses, p. 167
(2) Archives de la Charente-Inférieure : Amirauté de la Rochelle, supp 75
(3) John Winthrop : History of New England, I, p. 154.
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il leur fait une guerre à outrance, au témoignage de Winthrop (1). De tels témoignages réfutent la prose des savants historiens qui ont cru à la parole d’Aulnay. Il y a plus : M. Moreau a prétendu que de La Tour fonda le fort Saint-Jean “ parce qu’il aurait été las de lutter inutilement contre d’Aulnay”, or, les faits réfutent cette grossière calomnie, car le fort Saint-Jean fut fondé en 1630- 1631, et non pas en 1635, ainsi que l’a pensé M. Moreau. A cette date, d’Aulnay n’avait pas encore foulé le sol canadien.
Pas n’est besoin d’une grande attention pour juger de l’inexactitude de cette autre charge portée par d’Aulnay qui prétend que, “ durant six ou sept ans. de Razilly envoya chez de La Tour, trois Capucins afin de le faire vivre lui et ses gens selon la crainte de Dieu ”. MM. Moreau, Lauvrière, le P. Candide ont réédité cette accusation et n’en ont pas remarqué la fausseté (2). C’est un mystère. Ils n’avaient qu’à comparer les dates et les faits pour en voir toute la contradiction. De Razilly, arrivé au pays en 1632, mort en 1635, n’a pu envoyer à de La Tour trois Capucins durant six ou sept ans, il n’y vécut que trois ans à peine ; en second lieu, n’ayant avec lui que trois Capucins, peut-être aussi quelques Frères, il n’eut guère l’occasion de fournir trois religieux à son collègue d’Acadie, en dépit des hypothèses du P. Candide et de ses efforts pour doubler l’effectif du Commandeur et faire travailler à la vigne du Seigneur des ouvriers évangéliques, noyés depuis 1632 (3). Voilà qui est clair. Ni M. Moreau, ni M. Lauvrière, ni le P. Candide n’ont vu dans ce texte la moindre contradiction ? C’est à n’y rien comprendre. Ce n’est pas non plus dans l’autre factum où d’Aulnay vante ses propres exploits et raconte le mérite “ grand ” qu’il se serait acquis dans la poursuite de son œuvre qu’il faut chercher toute la vérité. L’historien a le devoir de comparer ces mémoires à ceux des contemporains d’Aulnay qui jettent une note discordante dans ce concert de louanges qu’il s’adresse pour capter la confiance de son roi et il ne doit accepter ces pièces que sous bénéfice d’inventaire.
M. Adrien Huguet, lauréat de l’Institut de France, nous écrivait il n’y a pas longtemps : “ Les luttes entre Français, que
(1) History of New England, II, p. 103.
(2) Moreau : Hist. de l'Acadie, p. 133 ; Lauvrière : La tragédie d’un peuple, I, pp. 63, 64 ; P. Candide : Pages glorieuses, pp. 137, 159.
(3) Pages glorieuses, pp. 118, 119, 144.
l’ambition rendait adversaires, ont singulièrement obscurci l’histoire des premières années de la colonisation ... Il est très difficile aujourd’hui de se former une opinion sur des factums rédigés sous le coup de la colère et de la passion . . . ”.
De son testament même où d’Aulnay s’accuse, et où l’on serait peut-être tenté de surprendre une lueur de son âme, les historiens dont nous parlons auraient dû se méfier. Ils ont cru y percevoir des sentiments de grande vertu et ils ont fermé les yeux sur les accusations portées contre lui par ses contemporains : Denys, les Récollets, les Capucins, de La Tour. Ils excusent même ses actes les plus injustes plusieurs fois renouvelés contre Denys, d’abord, de La Tour ensuite, enfin contre Jacques Maillet et René Guignard, au Cap Breton. C’est sur les ruines de ses propres compatriotes que le “ saint ” d’Acadie voulut bâtir son empire éphémère, et ce destructeur aurait été le bienfaiteur du pays ? M. Lauvrière et le P. Candide accumulent les hypothèses et ils en tirent des conclusions décisives, tout comme M. Moreau qui écrivait il y a un demi-siècle. Mais les choses ont marché depuis. Les recherches historiques se sont poursuivies dans tous les sentiers ; c’est le cas de dire que M. Moreau et ses disciples ne sont pas à la “ page ”.
On a tenté de nous reprocher d’avoir écrit nos Observations , parce que cet auteur, “ mort depuis cinquante ans ” ne peut se défendre ! Qu’on le note en passant : nous n’en voulons pas à l’auteur “ défunt ”, encore moins aux écrivains qu’il a dupés et qui ont adopté son point de vue et ses erreurs. L’attaque portée par nous ne s’adresse aucunement à la personne, mais à l’œuvre de Moreau. En écrivant nos Observations, nous n’avons eu qu’un but : éclaircir un point de notre histoire. Paix donc aux cendres de cet homme ! mais son œuvre subsiste ; il a fait école. Que ses disciples défendent leur maître contre les attaques de la critique moderne, gardienne de la vérité, autrement c’en est fait de sa thèse et aussi de la leur. “ Nous n’ignorons pas, écrit le P. Candide, que ces auteurs, Lauvrière surtout, furent naguère pris à partie dans une brochure de combat. L’auteur de cette dernière refuse toute valeur historique aux sources défavorables à de La Tour et inculque de parti pris et de mauvaise foi quiconque a cru devoir les utiliser. Sur ce ton, il est impossible d’établir une dis-
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cussion courtoise et objective. La longue argumentation de l’auteur laisse d’ailleurs intactes nos principales positions (1).”
Le distingué religieux ne relève aucune de nos remarques ; il se dérobe derrière une conclusion qui montre son embarras. Puisque nos Observations et notre En marge restent sans réponse, nous aurions mauvaise grâce de reprendre ici “ notre longue argumentation ”. Néanmoins, pour nous justifier, nous allons, dans les pages qui suivent, étudier au mérite tous ces documents et avec toute l’impartialité qui leur est due. En écrivant l’histoire de La Tour nous avons eu à cœur non pas le triomphe d’une idée préconçue ou d’une thèse, mais celui de la vérité. Nous savons qu’il fait fausse route l’historien qui cherche à tromper ses lecteurs, car la vérité finit tôt ou tard par prévaloir. Voilà pourquoi, depuis trente ans, sommes-nous à la recherche de tous les documents favorables ou non à de La Tour, non pour les dénaturer, moins encore pour les ignorer, mais dans l’unique but d’étudier loyalement cette phase de notre histoire acadienne. Parce que nous avons écrit que les mémoires d’Aulnay reflètent l’âme d’un ennemi ; qu’ils sont trop intéressés et trop passionnés pour être reçus sans méfiance, et que la prudence la plus élémentaire demande cette réserve, on nous reproche de “ leur refuser toute valeur historique ” ? Le P. Candide reconnaît que cet homme “ avait un procès à gagner (2) ”. Il plaidait donc sa cause ? Que penser du sens critique de ces écrivains qui fondent leurs thèses sur ce plaidoyer ? Même après la publication de nos humbles travaux, le P. Candide avoue encore “ qu’il n’éprouve aucune gêne à reconnaître qu’il a résumé ces événements d’après Moreau.” Peut-il nier que cet auteur ne fut pas partial ? Nous avons prouvé, dans nos Observations, qu’il a dénaturé les documents. Le même P. Candide qui “ appuie ” ses positions sur le témoignage de M. de La Roncière ne peut pas ne pas avouer que ce dernier a puisé aux mêmes sources. Un coup d’œil sur les références de l’Histoire de la Marine le dit assez.
Ce qui frappe chez ces hommes de lettres c’est qu’ils font un silence complet sur tout document ou partie de document favorable à de La Tour. S’ils se risquent à en faire la mention, ils
(1) Pages glorieuses, p. 196.
(2) Le mêmes p. 279.
ont le soin d’infirmer ce témoignage en disant que Champlain, Denys, les Jésuites, les Récollets ou les Capucins, les membres du Conseil du roi, le roi et la reine, M. de Montmagny, furent des ‘naïfs, des incapables”, faciles à berner (1). Ils n’ont pas l’air de douter le moins du monde que cette affirmation gratuite, qui voudrait détruire la bonne renommée qui a valu à de La Tour la confiance de si nombreux contemporains d’âge et de conditions diverses, a besoin d’être confirmée par des preuves.
Quant à M. Lauvrière, les trois chapitres de son ouvrage qui ont fait le thème de notre “ brochure de combat ”, montrent, de toute évidence, qu’il n’a pas fait, dans les archives de son pays, une étude aussi “ exhaustive ” que le croit le P. Candide. Au surplus, n a-t-il pas mis sur les lèvres de La Tour des paroles qui ne sont pas de lui mais de John Crowne (2) ? N’a-t-il pas formulé sui cette erreur une accusation de deux crimes dont jamais personne n’a parlé avant lui, et qu’aucun document ne permet même de laisser soupçonner (3) ? Dans la seconde édition, l’auteur ne fait-il pas dire à de La Tour qu’il arriva en Acadie à “l’âge de cinq ans , alors que cette narration est faite par un chroniqueur de 1 Abbaye de Beaumont-lès-Tours, lequel, en rapportant ce fait, ignore même le nom véritable de La Tour (4) ! M. Lauvrière s’est donc mépris au détriment de la justice et de la vérité historique. De quelle façon, a-t-il interprété le fameux document des Kirke en date de 1627, et fait jaillir injustement sur les La Tour la responsabilité de l’attaque des Anglais contre Québec ? (5) M. J. Tramond, l’un de ses distingués collègues, de l’Institut de France, nous écrit que c est une erreur et que M. Lauvrière sera “ le premier à le reconnaître” (6). Soit! n’empêche que, sur cette erreur, l’auteur a fait reposer une accusation de trahison. Il n’avait qu’à lire les Observations des Commissaires français pour y trouver une traduction exacte de ce passage incriminé (7). Puis
i * (1lE"°reaU : H1®1- de l’Acadie française, pp. 102, 122, 258 ; M Lauvrière • PP. HMR $£ *' pp' "• «■ *»• »>.*»> P- Candide : V,se. Sï
PP. 2, 42 3 4 5 * *84!*9toyagédie d’Un P6UP,e’ P' 8°- En marge de ,a tra^die d’m Peuple,
(3) M. Lauvrière : La tragédie d’un peuple, L p. 80
(4) Le même, édition de 1924, I, pp. 42, 60.
(5) Le même, I, p. 45.
t. ^ Revu.e de l’histoire des colonies françaises, No. 54, 2ème trimestre- 1 Action française (Montreal) octobre 1926. mestre ,
a « 0 de? Commissaires de Sa Majesté très chrétienne et de ceux
de Sa Majesté Britannique - Amsterdam et Leipzig. 1755 pp 168
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que nous touchons à cette prétendue trahison des La Tour (1), et que M. Lauvrière l’a fondée sur les Mémoires des Commissaires anglais, comme aussi sur ceux de quelques particuliers de cette nation : Crowne, Elliot et autres, n’est-il pas à propos de demander comment il n’ait pas remarqué les nombreuses mises au point des Commissaires français qui accusent les mémoires précités “ d’être inexacts et de dénaturer les faits ” (2) ? Ces Observations des Commissaires français sont là, tout à côté, dans le même recueil, depuis 1751, pour réfuter le savant auteur. Mais pourquoi aller chercher si loin la justification des La Tour ? M. de Champlain ne dit-il pas catégoriquement que la flotte des Kirke fut conduite par le traître “ Jacques Michel ” ? (3) Quant au fameux document qu’auraient signé le 6 octobre 1629, au Port-Royal, Claude de La Tour et Charles son fils, nous avons dit ailleurs ce que nous en pensions, mais comme le P. Candide y revient sans même le faire passer par la plus bénigne “ critique ”, il suffit de rappeler que Claude de La Tour, étant à Londres avec M. de Champlain, ne pouvait, au même moment, signer le prétendu document à Charlesfort, en Acadie.
M. Lauvrière ne s’est-il pas étrangement trompé sur la lettre du Cardinal de Richelieu, en date du 16 mars 1633, en lui donnant une conclusion injurieuse pour de La Tour et qu’elle n’a pas ? (4) Est-ce ici encore simple inadvertance ? Joignons à ces faits cette autre accusation portée erronément contre de La Tour au sujet des pelleteries prises sur madame d’Aulnay par Le Rorgne et l’on aura une idée de la valeur de cette partie de l’ouvrage incriminé.
Que penser maintenant du silence qu’on a voulu faire sur les torts d’Aulnay, sur les accusations portées contre lui par ses contemporains et par le P. Pacifique de Provins qui, durant dix ans, fut préfet des missions d’Acadie ? Ce religieux l’accuse “ d’avoir mangé et détourné à son profit la somme de vingt mille francs laissée par le Cardinal de Richelieu pour les missions et l’entretien des petits sauvages ...” Il déclare “ qu’il a ruiné la
(1) La tragédie d’un peuple, pp. 47, 48.
(2) Mémoires des Commissaires, I, pp. 151, 160, 168, 169, et Ille.
(3) Les voyages de Champlain, II, p. 255.
(4) M. Lauvrière : La tragédie d’un peuple, I, p. 64. En marge de la tragédie d’un peuple, p. 48.
colonie au temporel et au spirituel”. Le P. Candide n’a vu que de la “ mélancolie ” dans ces lettres ou sont couchées, en termes très clairs pourtant, des accusations formelles contre d’Aulnay, son gou\ernement et ses souteneurs les Pères Pascal de Troyes et Ignace de Paris. U y a plus le P. Candide, ça et là, nous donne bien quelques bribes des documents qu’il a tirés des Archives de la Propagande, mais il publie du texte italien les passages les moins compromettants pour son héros, ayant le soin de remplacer par des points de suspension les charges qui s’y rencontrent. Sont-ce là des indices de la bonne foi et de l’esprit d’impartialité qu’on désire trouver chez des historiens ? Ce sont, à coup sûr, d’étranges méthodes pour écrire l’histoire. Jamais dans nos humbles collèges canadiens, on nous les a recommandées comme un moyen sûr d’arriver à la vérité. S’il fallait juger des livres historiques qui nous viennent de France par ceux auxquels nous faisons allusion — ce qu’à Dieu ne plaise ! — il y aurait lieu de n’y jamais parvenir, et le mot de Michelet : l’Histoire est une conspiration contre la Vérité, recevrait ici une juste application.
Le P. Candide est allé plus loin. D’Aulnay et Moreau, à ses yeux, ont une si grande autorité, qu’il ne craint pas de faire retomber la responsabilité du conflit sur les Récollets. “ De toute façon, dit-il, il est impossible d’envisager autrement que comme un malheur la détermination des Récollets d’ignorer la mission de leurs confrères, de la tenir pour une usurpation et de rester malgré tout en Acadie, dressant autel contre autel, et contribuant, de ce seul fait aux rivalités qui suivirent. Sans l’appui moral que leur présence apporta à la rébellion de La Tour, celui-ci eût peutêtre hésité devant l’irréparable, la colonie eût grandi dans la concorde, l’Anglais, la voyant forte, l’eût respectée, et l’histoire acadienne serait autre chose qu’un long drame. Les Récollets ne pouvaient voir les choses sous cet angle. Les événements amenant des complications imprévues, ils se trouvèrent pris dans un fatal engrenage (1) ”.
Le P. Candide, en 1908, dans son étude A propos d’une légende (2), portait le même jugement: “Capucins et Récollets ne sont pas synonymes. Plût à Dieu qu’ils le fussent ! Il nous
(1) P. Candide : Pages glorieuses, p. 112.
(2) La Nouvelle-France.
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semble évident, en eff et, que si La Tour et Charnizay eussent eu les mêmes conseillers, ces deux puissants voisins ne seraient pas devenus des rivaux si dangereux....” Ainsi, d’après l’auteur, la mésintelligence qui surgit entre les deux gouverneurs serait imputable, en grande partie, aux rivalités existantes entre les deux familles religieuses ? Jamais nous n’aurions voulu envisager la question à ce point de vue. Que deux hommes du monde, deux gouverneurs, également jaloux de leurs droits, de leurs prérogatives, se prennent de querelle cela s’explique ; que des religieux, pour supplanter des confrères qui appartiennent il est vrai à une branche différente de leur ordre, les encouragent dans leurs luttes et leurs ressentiments, il y a là un mystère et, de leur histoire, c’est la page la moins édifiante et la moins glorieuse. Puisque le P. Candide nous indique des aperçus nouveaux sur pareil état de choses, nous y reviendrons avec d’autant moins de gêne que nous connaissons, par les dépositions du P. Pacifique de Provins, qui fut préfet des missions canadiennes durant dix ans, tous les dessous de ces luttes intestines.
En fait, une rivalité s’éleva entre les Récollets, venus les premiers chez La Tour en 1630, et les Capucins, autour des missions canadiennes et acadiennes. Tandis que d’Aulnay cherchait en France à s’accaparer le pouvoir temporel au détriment de La Tour qu’il voulait supplanter, quelques Capucins, parmi lesquels le P. Pascal de Troyes, intriguaient, de leur côté, auprès du P. Pacifique de Provins pour obtenir une juridiction générale sur toutes les missions canadiennes. Le 7 novembre 1641, le Préfet des missions demande à Ingoli ce que “l’on doit entendre par les missions canadiennes ? ”. Il insiste pour que les pouvoirs des Capucins soient étendus à tous les lieux où “ il n’y a pas de missionnaires ” ; en ce faisant, dit-il, “ on ne fera dommage à personne ”.
Les Récollets avaient vu confirmer leurs pouvoirs en 1635. Ils avaient donc bien le droit de rester chez La Tour. Par ailleurs, les menées d’Aulnay et les procédés du P. Pascal de Troyes, ne furent pas approuvés par plusieurs Capucins. Ils lui firent une
(1) La lutte de clochers, survenue entre les Capucins et les Récollets sur les terres du Canada et d’Acadie, se renouvela en Louisiane entre les Capucins et les Jésuites, ainsi que nous le disons plus loin. Claude L. Vogel : The Capuchins in French Louisiana (1722-1726).
telle opposition que d’Aulnay et son protecteur demandèrent leur rappel. En dépit des protestations du P. Pacifique de Provins, qui, en 1644, voit la colonie s’en aller à la ruine temporelle et spirituelle, et qui cherche à ouvrir les yeux des supérieurs et des cardinaux de la Propagande, d’Aulnay l’emporta pour le plus grand malheur.
Le P. Candide connaissait ces faits. Il sait bien, car il le dit lui-même, que les Récollets avaient une mission chez La Tour, en Acadie, égale à celle des Capucins de Port-Royal et de la Hève. Il est donc injuste envers les Récollets, quand il leur reproche d’être restés en Acadie, chez La Tour, qu’ils regardaient comme leur bienfaiteur et leur protecteur, alors qu’ils tenaient des pouvoirs d’Ingoli, Préfet de la Propagande. Ces religieux furent fidèles à leur gouverneur en dépit des menaces de l’ennemi commun, jusqu’au jour de la grande catastrophe : la prise du fort Saint-Jean. D’autre part, le mot du P. Pacifique de Provins qui, en 1644, déclare que la politique d’Aulnay fut, à cette époque, “ la cause de la ruine de la colonie et celle de la religion ”, fait voir jusqu’à quel point le P. Candide s’est abusé lui-même. Certes, les annales de l’histoire acadienne renferment des pages glorieuses, mais le lecteur de bonne foi, en nous lisant, se rendra compte qu’elles ne sont pas exclusivement à la gloire des amis du P. Candide ; Charles de Saint-Etienne de La Tour et les Récollets, ses protégés, qui se maintinrent en Acadie en dépit des efforts de leurs ennemis, en ont bien une large part.
Le vice capital des ouvrages auxquels nous faisons allusion, c’est que leurs auteurs ont accepté sans réserve et sans les passer par “ une sévère critique ” ces factums dus à la plume de cet homme si intéressé dans sa propre cause. Voilà pourquoi nous ne craignons pas d’ajouter : les historiens auront beau multiplier les thèses, les présenter sous les titres les plus attrayants, se complimenter les uns les autres, se décerner les plus beaux éloges de compétence historique, s’ils n’ont pas d’autres preuves à apporter pour les confirmer, elles ne sauraient résister à la critique moderne. Un seul témoin, un seul document, ne suffisent pas pour amener dans les esprits attentifs une ferme conviction quand des preuves extrinsèques les contredisent. Il sera toujours vrai de dire qu’une erreur fût-elle répétée par cent
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mille personnes ne fera jamais une vérité et une simple hypothèse fût-elle reproduite par cent auteurs ne pourra jamais être admise comme un fait.
Un Capucin vénérable, le P. Alexis, écrivait naguère ces lignes pleines de sagesse : “ Si le métier d’historien est honorable, il est aussi périlleux à cause des responsabilités qu’il comporte. L’écrivain consciencieux ne doit pas oublier qu’il s’est arrogé, de sa propre autorité, le droit de disposer de l’honneur des hommes, chose plus précieuse que la vie même, et qu’il doit régler ses jugements en conformité avec les principes de la religion relatifs à la calomnie et à la diffamation, à la médisance et au scandale. Il se mettra en garde contre toutes les sources d’erreurs se souvenant, s’il les commet, qu’elles sont redoutables et presque sans remède. Un verdict porté par l’historien sur un personnage ou sur une institution demeure, la plupart du temps, sinon irréformable, du moins irréformé . . . Que de braves gens .... ont été ainsi déshonorés. La raison d’une telle anomalie est évidente : les victimes
de l’histoire sont incapables de se défendre . On ne saurait
se faire une idée, sans les avoir pratiqués, du nombre de documents mensongers qui encombrent les archives. Les dénonciations anonymes, les accusations de tout genre y abondent .... Si vous entreprenez d’esquisser un tableau d’histoire, munissez-vous de tous les documents utilisables, non pas de quelques-uns seulement, de peur que votre portrait ne tourne en caricature. . .” (1).
Ainsi en est-il de celui d’Aulnay qu’ont tracé MM. Moreau, Rameau, Lauvrière et le P. Candide. Pour l’avoir brossé sans “ ombres ”, le portrait du prétendu “ saint ” d’Acadie s’est changé en “ caricature ”, grâce aux documents nouveaux que nous avons consultés.
“ Plus près de nous, écrit le P. Candide, un écrivain s’est donné la difficile tâche de renverser tous les travaux récents cités plus haut et d’étayer de “vieilles formules branlantes”. Les critiques d’histoire ont peu prisé ces matériaux rajeunis. En effet, rien de décisif, pas un argument emportant l’adhésion. A peine un doute possible sur certains points d’importance secondaire. Ce doute nous l’avons loyalement enregistré. Il paraîtra
(1) La Nouvelle-France, octobre 1916,
à plusieurs l’effet d’un scrupule exagéré. Quoiqu’il en soit en réalité, il laisse intactes, et c’est l’essentiel, les vérités maîtresses exposées dans notre travail et que nous croyons, après tant d’autres, définitivement acquises à l’histoire (1).”
Ne cherchons pas noise au P. Candide qui identifie son œuvre avec celle de M. Lauvrière au point qu’on pourrait peut-être lui décerner la paternité des trois chapitres incriminés ? Ne troublons pas davantage le digne religieux sur ses “ prétendus scrupules ” de conscience. Nous aurons l’occasion, dans les pages qui suivent, de relever ses erreurs historiques, en faisant subir à ses trop nombreuses hypothèses une “ loyale critique ”. Disons seulement que l’histoire de La Tour, fruit de longues recherches, dissipera la légende qu’on était en train de créer avec des documents erronés.
Il est un point sur lequel le P. Candide a raison : difficile, la tâche le fut d’autant plus que La Tour n’a pas laissé en France des descendants de son nom qui eussent pu venger sa mémoire attaquée si injustement, surtout depuis cinquante ans, par “l’honnête Moreau ”, passé de vie à trépas, et par ceux de son école. Les milliers des siens qui habitent le Canada n’eurent ni le temps ni les moyens de se renseigner sur leur ancêtre dont le nom, jusqu’à ces dernières années, fut toujours synonyme d’honneur et de loyauté. Au surplus, nos archives fort incomplètes, ne sont guère connues. Les documents qui le concernent étant dispersés dans les divers dépôts d’archives du Canada, de Londres, de Boston, de Paris et de la Rochelle, il nous a fallu les recueillir de longue main. Nous avons de plus consulté les différents auteurs anglais et français. Nous souvenant du conseil du P. Alexis, nous avons cherché partout les pièces qui touchaient à cette question. Grande était la tâche, grand fut le courage. Le livre de M. Lauvrière que nous espérions devoir être plus sympathique et mieux renseigné ne fit qu’accroître le désir que nous entretenions de nous rendre en France afin de nous renseigner sur place. Enfin, ce jour arriva. Après un court séjour à Londres où nous avons glané une récolte abondante dans les dépôts d’archives du British Muséum, il nous fut donné de nous rendre à Paris, où se trouvent de véritables mines, pas toutes exploitées pourtant, de documents concernant l’Acadie et le Canada. Sans prétendre avoir fait “ une
(1) Pages glorieuses : Avant-Propos, page YIII.
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étude exhaustive ” des archives de France — qui donc peut raisonnablement le prétendre ? —en marchant sur les traces de nos aînés, nous avons découvert assez de documents sur la question pour nous prouver que ces auteurs ne l’ont étudiée qu’à un seul point de vue, et que le procès, car c’en est un, il n’y a pas à en douter, méritait d’être révisé.
Mais le croirait-on ? On s’est avisé, en certain milieu, de nous reprocher le soin que nous avons mis à scruter les archives de France, d’Angleterre et celles du Canada ! “ Pour une vaine tentative de démolition, ainsi qu’on qualifie notre modeste opuscule, il a fallu à ce détracteur acharné, un voyage en France, un autre en Angleterre, une correspondance volumineuse, des mois de fouilles ténébreuses, la collaboration plus ou moins complaisante de toute une équipe d’archivistes au service d’un Dominion, que sais-je encore ? Nous qui ne disposons ni de ces loisirs, ni de ces moyens, ni de ces aides de tout genre, nous ne pouvons nous résigner à perdre notre temps, notre activité, nos ressources, alors que nous consacrons à des travaux autrement plus importants que la réhabilitation d’un grand coquin, dont les félonies astucieuses n’intéressent plus guère personne. . .” L’auteur de ce compliment moins que flatteur avoue que la réhabilitation de l’homme qu’il s’est appliqué à noircir ne l’intéresse pas. Soit ! Mais qu’il ne s’étonne pas si d’autres y trouvent de l’intérêt ; et si par amour de la justice et de la vérité historique, ils lui font voir ses propres erreurs. Nous estimons que s’il se fût donné la peine d’étudier avec plus de soin la question qui nous occupe, il n’eût pas éclaboussé de La Tour et, en lui, la race si honnête de ses nombreux descendants, disséminés sur tous les coins du pays (1). En tout cas, tout écrivain de bonne foi, étant mis en présence de ses erreurs, se fera un devoir de se rétracter et se gardera de récidiver (2).
(1) La plupart des familles acadiennes tiennent par le sang aux Saint- Etienne de La Tour. Dans la seule paroisse de Saint-Pierre de Pubnico, patrie des d’Entremont, on compte 250 familles toutes descendantes de La Tour. Du Cap de Sable à Yarmouth, où se trouve la baronnie de Pobomcoup, les descendants de La Tour se comptent par milliers.
(2) Il ne semble pas que M. Lauvrière entretienne de semblables sentiments à l’égard de La Tour. Pour s’en convaincre, il suffira de lire la préface de Pages glorieuses du P. Candide et les lignes qu’il écrit en présentant le livre du Professeur John Brebner dans lequel, dit-il, “ ses multiples trahisons sont palliées ”. New England Outpost : Acadia before conquest of Canada. Columbia University Press, 2960, Broadway New York. Lauvrière ; Revue d’Histoire des Colonies françaises, année 1929, mai-juin, p. 315,
Dirons-nous la joie quand, palpant un à un les papiers que la famille de Menou de Charnizay a vendus à la Bibliothèque Nationale de Paris, il nous fut donné de mettre la main sur la lettre originale que de La Tour adressa au Cardinal de Richelieu, le 25 juillet 1627 ? A l’Institut de France, dans la collection Godefroy, grâce à l’obligeance de M. Dehérain, nouvelle découverte : nous avions là, sous les yeux, une autre lettre originale qu’il écrivait au roi le même jour. L’une et l’autre portaient l’empreinte, bien conservée, du sceau de ses armes. Depuis plusieurs années nous cherchions ces empreintes dans les documents de Boston, mais bien inutilement, après tant de recherches nous les retrouvions enfin ! précisément dans les manuscrits que M. Lauvrière avait consultés. Cette découverte nous conduisit à une autre. De La Tour possédant des armoiries, il y avait heu d’espérer que nous pourrions identifier sa famille. Les précieux manuscrits du Cabinet d’Hozier étaient là. Nous n’avions qu’à les consulter. Il s’y trouvait une généalogie presque complète de la grande famille de Saint-Etienne qui furent seigneurs de Turgy, de Lignières, de Chamblain, et autres lieux, et dont les membres ont habité l’ancienne province de Champagne dans la partie comprise dans les départements de l’Yonne et de l’Aube. Nous étions sur bonne piste ; en analysant le document nous sommes tombé sur la description des armoiries qui correspondent, quant au champ principal, à l’empreinte du sceau retrouvée sur les lettres de Charles de La Tour. A partir de ce jour, il nous fut donné de visiter la ville de Troyes et ses environs, Bar-sur-Seine, Chamblain ou Geraudot. Peu à peu nous avons accumulé les documents et nous avons acquis la certitude que les auteurs qui, à la suite d’Aulnay, ont fait naître d’un maçon le héros acadien ont lamentablement erré. Ils ont en cela réédité Moreau qui, pas plus qu’eux, ne présente le moindre petit bout de papier pour confirmer ses dires. Arrêtons-nous ici. Ce que nous avons dit ailleurs prouve qu’il appartenait à la grande famille des Saint-Etienne. Quant au nom de La Tour qu’il a porté, il lui est venu de sa bisaïeule Jeanne de Lespinasse, femme de Claude de Saint-Etienne, seigneur de Turgy, d’Esnon, de Montelon ou Monthelon (1), de
(1) Des liens de parenté existaient vraisemblablement entre les de Saint- Etienne et les de Salins. Marie de Salins, femme de Louis de Mottin, seigneur de Courcelles, et mère de Jeanne de Mottin, avait pour aïeule Anne de Montelon, fille de Guillaume de Montelon.
ET SON TEMPS
Looze, de Bnon ; elle tenait ces fiefs d’Etienne de Lespinasse, son pere, et de Poncet de Lespinasse, seigneurs d’Esnon et de La four, descendants des La Tour d’Auvergne et de Boulogne.
Connaissant la noblesse des origines de Charles de Saint- Etienne de La Tour, on comprend que Claude de Saint-Etienne ait ete accueilli avec tant de bienveillance par Sir Guillaume Alexandre et qu’il ait épousé, en Angleterre, une des dames d’honneur de la reine Henriette de France. Dès lors, le récit de Denys s’explique et reste de domaine des faits historiques en dépit des efforts tentés par MM. Moreau, Hameau, Lauvrière, pour le reléguer parmi les récits fabuleux d’antan. Ces historiens ne pouvaient s’imaginer que des liens de parenté unissaient ce maçon prétendu aux de Lespinasse, et que, de ce chef, il tenait par le sang aux Dauphins d Auvergne, Bourbon-Montpensier, Biencourt-Poutrincourt, de la Trémoille, de Balsac, d’Amboise, de Polignac, Montbel d’Entremont, c’est-à-dire aux grande familles du royaume, alliées aux maisons de France, de Savoie et d’Ecosse. Notre ouvrage remet les hommes à leurs rangs et les faits en leurs lieux. Si le P. Candide^ne se fût pas contenté de croire à la prétendue “ étude exhaustive ” de ses devanciers dans les archives de son pays, il aurait retracé, dans divers fonds de la Bibliothèque Nationale ou celle de Samt-Sulpice, des pièces de grande importance, en particulier la généalogie complète de Jeanne de Mottin, femme d’Aulnay. Il aurait appris que, par sa mère, Marie de Salins, elle tenait par le sang aux nobles maisons de Vienne, d’Urfé, de Vesvres, de L’Aubépin, de Chavannes, de Luyrieux, de Vaugrigneuse, familles puissantes de la Bresse et du Bugey, et qu’elle avait le droit de porter dans ses armes celles de ses ancêtres les ducs de Savoie et de Bourbon. Cette dernière maison royale de France était alliée aux de Lespinasse et aux Saint-Etienne de La Tour. Ces renseignements précieux réfutent donc les hypothèses de l’auteur “sur la prétendue mésalliance d’Aulnay ”.
Le même P. Candide aurait appris que M. Lauvrière commettait une nouvelle injustice contre la mémoire de La Tour quand il a prétendu que les “ pauvres enfants d’Aulnay ne pouvant se faire avec les jeunes La Tour quittèrent leur mère et se retirèrent, en 1656, à Port-Boyal chez Le Borgne qui les relégua dans
les cabanes champêtres (1) Enfants précoces ! devons-nous ajouter puisqu’ils n’étaient pas nés ! Le mariage La Tour-Mottin eut lieu en 1653 et les petits La Tour, tout “ La Tour ” qu’ils furent, étant encore dans le néant ou au berceau, ne durent pas causer à leurs demi-frères autant de désagrément que l’écrit le P . Candide. Il est faux également que de La Tour ait dépouillé les enfants d’Aulnay au profit des siens. Un document trouvé à Paris, aux Archives de Saint-Sulpice, réfute ces deux assertions. Marie de Menou, fille aînée d’Aulnay, morte chanoinesse de Poussay, déclare dans son testament, qu’elle a toujours aimé ses frères et sœurs de La Tour. Bien plus, elle les fait ses héritiers. “ Je suis libre, dit-elle, de léguer mes biens à qui bon me semblera, mais comme mes frères de La Tour sont malheureux et pauvres en Acadie, je
leur lègue ce qui m’appartient de préférence à tous autres - ”
Comment cette pieuse femme a-t-elle pu conserver tant d’affection pour des frères qui lui auraient rendu la vie aussi pénible qu’on l’a dit ? Quelle sympathie aurait-elle pu avoir pour des enfants dont le père eût été aussi malhonnête ainsi que l’ont insinué les écri\ains dont nous parlons ? Ces accusations tombent en présence de la déclaration de l’une des prétendues victimes.
A la Rochelle, dans les Archives de la Charente-Inférieure, nous avons déniché des documents d’une importance capitale, qui dissipent tout doute sur les limites des pouvoirs des gouverneurs du temps. MM. Moreau, Lauvrière, le P. Candide, ont écrit que la juridiction de Razilly s’étendait sur tout le pays et qu’il eut à confirmer de La Tour dans ses vastes possessions. C’est une erreur, car de La Tour, depuis 1631, était gouverneur “ ès côtes d’Acadie ”, la Hève exceptée. Ses lettres patentes lui accordaient des droits de chasse et de pêche au même titre que de Razilly. De La Tour tenait sa commission de la Compagnie de la Nouvelle-France et du Roi Très-Chrétien.
Tous les documents du temps, lettres du roi ou des ministres, le qualifient du titre d’écuyer et le nomment Saint-Etienne de La Tour. Ces noms, ces titres, lui appartenaient donc en propre ! Ils réfutent les écrivains de la nouvelle école qui s’attardent encore sur le vieux cliché d’Aulnay et tiennent si fort au nom de Turgy
(1) Le P. Candide : Pages glorieuses, p. 281 ; La tragédie d’un peuple, p. 95.
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ou Turgis lequel désigna, dans la suite des siècles, un village du département de l’Aube et dont les Saint-Etienne furent les seigneurs.
Là encore nous avons mis la main sur la déposition d’Etienne de Mourron, capitaine du Saint-Clément, à qui le Grand Prieur de France permit d’aller ravitailler le fort Saint-Jean. D’Aulnay s’étant opposé à son passage, de La Tour se vit contraint de se rendre à Boston demander des secours. Cette pièce fait tomber la responsabilité de cette démarche sur son ennemi.
Ces documents que les admirateurs d’Aulnay, en dépit de leurs prétendues recherches “ exhaustives ” n’ont pas vus, jettent une clarté nouvelle sur le conflit. Nous estimons que, désormais, personne n’osera les qualifier de “ vieilles formules branlantes ”, car ils ont tout l’intérêt des récentes découvertes.
C’est aux nombreux descendants de Charles de Saint-Etienne de La Tour que nous dédions ce travail. Il nous a coûté de longues études et de patientes recherches. Qu’on nous comprenne bien : ce n’est pas un panégyrique ; et nous reconnaissons que de La Tour, comme tout mortel, a pu commettre des fautes dans la défense de ses droits légitimes ; on pourra même discuter certains de ses actes, mais nous espérons que ceux qui lui sont unis par les liens du sang — et nous nous glorifions d’être de ce nombre, — trouveront en leur ancêtre assez de courage, de vertu et d’honneur, pour qu’ils n’aient pas à en rougir, car il fut, en ces dernières années, victime de l’Histoire après l’avoir été de Charles de Menou d’Aulnay de Charnizay.
Qu’il nous soit permis, en terminant, de remercier les nombreux collaborateurs qui nous ont honoré de leur bienveillant concours dans la recherche des documents nécessaires à la rédaction de ce travail important. Nommons, en premier lieu, notre ancien ami et correspondant, M. Claude de Bonnault, de Châteaules-Murs, près Vierzon, Cher, au service du département des archives de la Province de Québec, en France, dont l’éruditi >n est justement appréciée des intellectuels et des amis de l’histoire canadienne ; M. Théodore Beauchesne et ses adjoints, du département des archives canadiennes, à Paris, M. Arthur Doughty, conservateur des archives à Ottawa, M. le comte Mottin de la Balme, historien et chef actuel de la famille de Mottin, demeurant
au château de Launay-Guen, à Plemet, Côtes-du-Nord, M. F. de Vaux, conservateur des archives de la Charente-Inférieure, à la Rochelle (1). M. L. Denys de Bonaventure, lieutenant-colonel en retraite, de la même ville, M. le chanoine A. Prévost, archiviste de l’Evêché de Troyes, M. Adrien Huguet, lauréat de l’Institut de France, de Saint-Valery-sur-Somme, M. Grand d’Esnon, propriétaire actuel de la seigneurie et du château d’Esnon, M. le comte François Chandon de Briailles, M. Edmonds, conservateur des archives de l’Etat du Massachusetts, à Boston, M. W.-F. Ganong, historien de Nicolas Denys et professeur au Smith College, de Northampton, Massachusetts, M. Léandre d’Entremont, de East Central Pubnico, Nouvelle-Ecosse, historien de sa famille et des familles acadiennes, M. Léo Leymarie, et M. S. de Cathelineau, de Paris, notre sympathique et distingué archiviste provincial, M. Pierre-Georges Roy, de Québec, M. Jean de Labroquerie Taché, conservateur de la bibliothèque du Parlement fédéral, à Ottawa, et M. Joseph Tarte, adjoint. A tous nous disons notre meilleur merci.
ABBÉ A. COUILLARD DESPRÉS, Ptre, Curé,
Membre de la Société Royale du Canada.
(1) L’orthographe du nom de cette ville historique varie avec les dictionnaires ei les écrivains. On écrit La Rochelle ou la Rochelle. Pour nous conformer aux pièces anciennes que nous a fait tenir M. F. de Vaux, conservateur des Archives de la Charente-Inférieure, nous écrivons la Rochelle.
Armoiries des Saint-Etienne de Turgy et de Lignières.