‹ Charles de Valois (1270-1325)Chapitre 153 sur 432 · Cont. de Nangis, 11. F., XX, p · texte numérisé non relu

Cont. de Nangis, 11. F., XX, p

8. Geoffroi de Paris, H. F., XXII, p. 150 ; J. de Saint-Victor, XXI, p. 659; ce dernier dit que ce fut 20. 000 1

de ne pas soupçonner une trahison, quand on songeait à cette armée qui avait coûté si cher, qui pouvait tant, et qui n'avait rien fait.La lettre d'Enguerrand de Marigny !, que M. Boutaric croyait forgée pour le discréditer ?, est authentique, et nous montre en lui un partisan de la paix à tout prix trop convaincu pour être clairvoyant. Il semble difficile de justifier la conclusion de cette paix; l’objection se présente de suite : les Flamands ont-ils exécuté leurs engagements 3? Non, le comte, en effet, signait bien des traités, mais ses sujets refusaient de les exécuter, et lui-même usait de moyens dilatoires. Dès lors, ajouter un parchemin aux précédents était inutile, et laisser inutilisée une armée si forte et si coûteuse était une faute; c'était s’exposer à la nécessité de la rappeler peu après, et de refaire de nouveaux frais. Mieux eût valu infliger une sérieuse leçon : Charles de Valois s’est donc montré plus clairvoyant dans cette affaire. Il voulait terminer par la force, alors que c'était possible, un conflit que la mauvaise foi des adversaires rendait interminable: c'était la seule solution possible, et la suite des événements l’a démontré.

La dernière année de la vie de Phihippe le Bel fut triste : elle fut marquée par le supplice de Jacques de Molay et de plusieurs Templiers, qui rachetèrent par leur héroisme les faiblesses de leur Ordre calomnié. Jacques de Molay en appela à Dieu de l'iniquité des hommes, les événements semblèrent répondre à son appel : le pape disparut quelques semaines, le roi quelques mois, la dynastie quelques années après. Déshonoré par des procès iniques contre ceux qu'il avait voulu spolier, Philippe le Bel vit ses fils déshonorés par leurs femmes. L'adultère de Marguerite et de Blanche de Bourgogne, ses brus, fut porté à la connaissance du peuple entier par le sup-

1. Funck-Brentano l'a éditée, 0. c., p. 656-8. 2. Arch. des Missions scientifiques et littéraires, 1865, p. 315-6. 3. Funck-Brentano, o. e., p. 663.

plice des complices, Philippe et Gautier d’Aunay !. Un tribunal, où Charles de Valois et Louis d'Évreux siégèrent pour représenter la famille royale, jugea le cas : les deux princesses coupables furent condamnées à la réclusion à Château-Gaillard. Marguerite y fut tuée peu après, sur l’ordre de son mari, et Blanche y resta jusqu’à l'annulation de son mariage, prononcée en 1322. Quant à Jeanne, sœur de cette dernière, et femme de Philippe le Long, après une courte détention à Dourdan, elle fut acquittée ?, à cause surtout des richesses qu’elle apportait à son mari comme fille du comte de Bourgogne et de Mahaut d’Artois.

Quant à l’œuvre même du roi, elle fut attaquée vigoureusement : quelques jours avant sa mort, une partie de la noblesse française se souleva. Philippe le Bel mourut sans avoir eu le temps de traiter avec les ligues ou de les vaincre.

La fin de la vie du roi approchait quand, en octobre 1314, il rendit visite à son frère à Saint-Ouen *. Quelques jours après, par son codicille, il mit Charles au nombre de ses exécuteurs testamentaires, et le chargea, à défaut de ses fils, d'employer pour la croisade les 100.000 I. t. qu’il léguait à celui qui l’entreprendrait #. Le lendemain, il le mit au nombre des arbitres chargés de fixer l'indemnité qui serait accordée aux filles du comte de Poitiers ou de son descendant, mort sans héritier mâle, le comté faisant dans ce cas retour à la couronne royale ?.

Pendant toute sa vie, Philippe le Bel fut donc plein de bonté pour son frère, et si quelquefois des divergences d'opinion les séparèrent, jamais 1l n’y eut ni conflit, ni rupture. Quelquefois le roi écouta ses favoris de préférence à son frère, mais jamais celui-ci ne fut tenu à l'écart ni privé de son appui.

1. Cont. de Nangis, H. F., XX, p. 610; Geoffroi de Paris, XXII, p. 148.

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