‹ Charles de Valois (1270-1325)Chapitre 158 sur 432 · LS · texte numérisé non relu

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On a généralement admis, sans discussion, que Marigny était une victime, mais Jean d’'Asnières l’a accusé de crimes et de malversations tellement vraisemblables, et si faiblement niés, quil est permis de se demander si Marigny n'avait pas mérité son sort. Les principaux griefs invoqués furent : d’abord l'argent reçu du comte de Flandre pour faire la paix en 13141, Si cette paix. que Marigny souhaitait d’avance avec tant d’obstination, n'était qu'une faute politique, il est facile de prouver que Marigny avait reçu de l’argent de Louis, comte de Nevers ?, et du roi d'Angleterre. L’accusation d'avoir usé de son influence pour envahir les biens de ses voisins, ou leur faire conclure des échanges désastreux, visait des procédés habituels, et formait un grief qui devait être très facile à prouver #. Quant au fait d’avoir extorqué divers biens de Mahaut d'Artois, pour l'aider contre son neveu Robert, il est prouvé que la comtesse lui a donné la haute justice de Beauvais et de Croisilles et un marché hebdomadaire *, sans doute « de paour de plus perdre ». Nous n'avons pas les preuves de la culpabilité ou de l'innocence d'Enguerrand, mais seulement un résumé de réquisitoire sans preuves, et tous les griefs peuvent se résumer en celui-ci : le favori avait vendu son influence, ou en avait abusé aux dépens de ses voisins et du Trésor royal. Il est bien certain que de semblables faits auraient pu être objectés à presque tous les ministres, agents et parents de Philippe le

Bel, et Jean d’Asnières avait beau jeu à en citer des exemples.

Mais les adversaires d'Enguerrand ont mis tant d’acharnement à le perdre, et ils étaient si peu à l'abri des mêmes accu-

1. Cont. de Nangis, H. F., XX, p. 611-2; Ch. de Saint-Denis, XX, p. 694-9; J. de Saint-Victor, XXI, p. 659, $ 3. 2. P. Clément, o. c., p. 357-364; ci-dessus, p. 135.

3. Le 30 avril 1313, don de 1.000 1. t. de rente, Rymer, Il, p. 49; Édouard II intervint en sa faveur auprès de Louis X, thidem, IN, p. 75. 4. Cette accusation explique pourquoi il eut parmi ses ennemis « D’autres barons de Normandie ou il avoit des terres », Ch. de Saint-

Denis, H. F., XX, p. 693.

5, B. N., lat: 9785, f05 219-220.

sations, que leurs raisons ont perdu beaucoup de leur valeur. La défense avait été, de plus, paralysée, bien que le frère d'Enguerrand eût eu communication des articles objectés à son frère !. Ces griefs n'étaient d’ailleurs pas bien graves, puisque l'exil seul punit Marigny ?, et cela prouve combien les procédés qui lui étaient reprochés paraissaient n'être que des peccadilles. Mais les adversaires de Marigny étaient mécontents, il leur fallait sa mort; pour l'obtenir, ils eurent recours aux procédés de Nogaret et des autres légistes, qui, par un Juste retour des choses, servaient maintenant contre eux *. Si Charles de Valois avait trempé dans certaines iniquités du règne de son frère, il n'en avait pas été l’initiateur : ce rèle avait appartenu aux légistes. Aussi vérifièrent-ils que « ce n’est jamais impunément que l’on joue avec la justice, et que l’on fait de la magistrature un instrument de vengeance et de fiscalité * ». Marigny n'était peut-être pas le plus coupable, mais, moins habile ou moins heureux, il s'était fait des ennemis qui purent lui faire expier des torts qui étaient aussi les leurs. Le procès rentra alors dans les formes usitées sous le règne précédent : une lettre mystérieuse, vraie ou fausse, de Marguerite de Bourgogne, vint aggraver l'hostilité du roi contre Enguerrand ?, puis on reparla de diable, de sorcellerie, et d’envoütement. La femme d'Enguerrand, Jeanne de Lagny, et la dame de Chanteloup, sa sœur, furent accusées d'avoir envoûté le roi et Charles de Valois 6. Il avait été convenu que l'accusé serait seulement exilé en Chypre 7, quand les voults, faits par Béatrice la Boiteuse et un nommé

4. Ch. de Saint-Denis, H. F., XX, p. 695; J. de Saint-Victor, XXI, p. 659.

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