CHAPITRE VII
s CHARLES DE VALOIS ET PHILIPPE V L
La mort de Louis X posa de très graves questions, et agita violemment la France : la question de l'exclusion des femmes de tout droit à la couronne de France fut tranchée, mais seulement après une vive agitation dont profitèrent les ligues d'Artois et les Flamands. Philippe, comte de Poitiers, l'aîné des frères de
successeur de Clément V. À la nouvelle de la mort de son frère, Philippe se hâta de revenir à Paris où de graves événements allaient se passer : Louis X ne laissait que deux filles, mais sa femme Clémence était enceinte; qui serait régent ou héritier ? La question, si importante au point de vue du droit publie, allait recevoir une réponse pour la première fois depuis l’avènement des Capétiens. Aucun texte ne la tranchait. Les événements qui ont amené la solution que l'on a appelée « loi salique » ont été étudiés à plusieurs reprises ? : la conclusion qui s'impose, c'est que l'habileté de Philippe régla en fait la question pendante et créa ainsi le droit.
Dès le début, Philippe agit en régent, ce qui était son droit, en recevant, le 6 juin, le serment d'hommage du comte de
1. Sur Philippe V, v. surtout le livre de M. Lehugeur; aux sources utilisées par cet auteur, il faut ajouter la Chronique Parisienne anonyme et les registres de Jean XXII.
2. G. Servois, Ann. Bull, de la Soc. de l'hist. de France, 18648, pe 48-77; Viollet, Mém. de l'Ac. des Inse. et Belles-Lettres, XXXIV? (Compte rendu, B. E. C., 1895, p. 106).
Forez, qu'il chargea de garder le conclave !; d'après les Chroniques de Saint-Denis, Philippe n'aurait rencontré aucune résistance ?, mais la Chronographia ? et quelques chroniques de valeur médiocre # nous racontent que sur son chemin 5 il rencontra Charles de Valois, Charles de la Marche et Gui de Saint- Pol, qui lui demandèrent d'abandonner la régence à Charles de Valois comme au plus âgé des royaux. Philippe, habile et prudent, accorda de bonnes paroles, et s'enfuit en cachette à Paris. La ville était gardée au nom de son oncle et de son frère : Gaucher de Chatillon, connétable de France, dut employer la force pour le faire entrer dans le palais de la Cité 5
Nous n'admettons pas tous ces récits, nent dév AE pés après coup, pas plus que la version officielle qui laisserait croire à une union constante entre les royaux : il y a dans chacun de ces récits une part de vérité qu'il faut déméler.
Deux documents, qui se trouvent à Paris, n’ont pas obtenu l'attention qu'il méritaient, car ils prouvent l'existence d’une régence exercée par les royaux en l’absence de Philippe. En effet, le 10 mars 13177, Philippe V déclara que les marchands italiens, qui trafiquaient aux foires de Champagne, avaient refusé de payer le sou pour livre imposé par son frère