DE LA POESIE ALLEMANDE
Rlopstock.. — Schiller.
Gœthe. — Herder. — Hœlty.
Baggesen. — Voss. — Stolberg.
Anzer, etc.
Kleist. — Gœcking.
Hagedorn. — DuscH.
Lessing. — Gessner.
Foule correspondante d'érotiques allemands tels que
\\'lELAND, etc.
qui ont imité les Français et les Italiens.
RosT. — Thuw
Heinse qui a traduit quelque chose de Grécourt.
Rien.
« Monument singulier de corruption ». Si l'on considère que, même les œuvres de Grécourt, de Lafontaine, de Voisenon, etc., ont été jugées trop sérieuses pour figurer dans cette dernière îisle, on comprendra la sévérité de Villers pour la littérature licencieuse du XVIIIe siècle. '
Même chez les critiques littéraires d'un certain renom, les préjugés du XVIIIe siècle régnent encore sous l'Empire; c'est ce qui inspire à Villers ses remarques les plus acerbes. Plus il se butte à cette admiration exagérée pour l'esprit de société, le bel esprit gracieux, frivole et libertin, plus il s'irrite et devient amer. Mais il ne frappe pas plus fort que Voltaire qui, dans son Discours aux welsches, s'écrie: Dès qu'une découverte illustre une nation, vous la combattez, et même très longtemps. . . . vous ne vous rendez enfin que quand l'Europe entière rit de votre obstination. » Beaumarchais ne dit-il pas- : < Français, dont l'inc]Hiète légèreté fait, au premier mot qu'on écrit, pourvu qu'il, soit âpre et sanglant, une foule de déchaînés de la plus douce nation du monde! public inconcevable! Athéniens légers et cruels
' L'abbé d'Espiarde de la Borde n'a-t-il pas dit, dans VEsprit des Nations, tome I, p. 53, 54, 55 et suivantes :
« L'art de la France consiste à orner les petites choses mieux qu'aucune nation du monde. . . Généralement le Français a bonne grâce, et sa légèreté l'empêche de prendre dès l'enfance un pli trop marqué. . . . L'apogée de l'esprit français, c'est la légèreté dans les propos de la société... Ils ont fait de cette légèreté si vantée la vertu de tous les états et de tous les âges. . . . L'homme léger est le héros de la société française. Son talent est de parcourir mille objets différents dans un moment, évitant comme le poison de la vie l'air et les apparences de la réflexion. II doit écrire légèrement sur toutes sortes de matières après avoir pensé de même. On ne lui demande qu'une vivacité aimable qui s'éloigne surtout du ridicule du bon sens et de la vertu. »
En maints passages de ses écrits. Carraccioli corrobore ce qu'avance d'Espiarde de la Borde, mais il est, plus que ce dernier, un admirateur du genre français. C'est ainsi qu'il dit: « ...Je sais que toute la science ne vaut pas un grain d'esprit et qu'il est fâcheux qu'en Allemagne on ne connaisse d'hommes d'esprit que les hommes savants. » Au sujet des recherches scientifiques, il dit encore: « La France, bien plus éclairée sur cet article, aime mieux une marchande de modes qui travaille de goût, une comédienne qui perfectionne l'art de déclamer, un vernisseur qui imagine un nouveau vernis, un cuisinier qui trouve une nouvelle sauce, un petit maître qui invente un joli mot, que toutes les découvertes des savantasses d'Allemagne et d'Italie, dont les recherches vont se perdre dans l'étude des lois et des antiquités. »
A son exemple, Dussault dit dans le Journal de l'Empire, à propos des lettres russes de M. D... de Salves: « ... En général, l'auteur n'en a pas usé assez libéralement envers son voyageur et ses autres personnages; il ne leur a pas donné assez d'esprit. Un Français n'en a-t-U pas toujours plus qu'il n'en faut pour en prêter aux étrangers? »
• Mémoire de l'affaire Goctz.
qui vous livrez comme des enfants au premier brigand qui vous parle! »
C'est à cette affectation de légèreté que Villers attribue tous les malheurs de la révolution et le dégoût moral qui Ta précédée et suivie. '
Dans un autre petit tableau inédit, il traçait un parallèle entre « les quatre résultats ou grandes colonnes angulaires de la culture française et de la culture allemande -». Le parti-pris de Villers ei' faveur des Allemands l'enti^aîne à des exagérations dans les deux sens et à des généralisations par trop hâtives; mais il démontre de façon péremptoire le contraste qu'il a cru saisir entre les points extrêmes du caractère des deux nations.
Depuis si longtemps, il prêche dans le désert! il croit posséder le remède qui rendrait à la conscience française une vigueur nouvelle et il ne peut comprendre qu'on s'obstine à n'en pas user. li s'étonne que quelques années n'aient pas suffi pour faire une âme nouvelle à ses compatriotes et transformer leurs habitudes d'esprit; il ne voit pas que tout, dans les circonstances politiques, vient en aide à la tradition. Ce qui l'irrite le plus, c'est de se voir attaqué et traité d' antipatriote par ces Français, dont il ne veut que le bien. Tout ce qu'il dit n'a-t-il pas été déjà dit et redit par d'autres? et ne prouve-t-il pas par des exemples nombreux que le moment est venu d'écouter ces voix, de suivre ces conseils'; -^
' Nous trouvons dans le Mercure de France, 22 brumaire, an XI, dans un article sur l'Esprit de l'histoire que venait de publier Antoine Ferrand, ce passage : « L'histoire n'est jamais plus intéressante à écrire et à médir ter qu'après une révolution, ces grandes commotions qui mettent à découvert les fondements de la société, rendent le passé plus distinct et i>lus instinictif. Malheur aux peuples qu'il faut, après ces bouleversements, bercer avec des livres licencieux et des romans ! ils ne sentent pas que tous leurs maux sont venus de leur ignorance! »
2 Gu-lture française : «
Salon (>uisine Bordel Moulin à poudre
(Conversation de — (Almanach des — {Justine). — (Ecole polytechnique). Delille). ffourniandsj.
Gultiare allemande :
Famille Fi^lise Auditoire Arsenal
{Mai 1809).
•' (ieoffroy semble cire d'accord avec Villers quand il écrit dans le Journal de V Empire du 12 février 1810 à propos d'un triolet de la tragédie Omasis qu'il vient de citer: « Ce triolet est souillé d'idées libertines que je suis bien loin, d'approuver, mais que la licence de notre poésie légère a
Villers s'exaspère de l'iiiutilité de ses efforts et met comme un point d'honneur à continuer la lutte. Voici qu'une nouvelle occasion se présente. En 1808, l'Académie de Dijon avait propose comme sujet de concours cette question: La nation française méritc-t-ellc le reproche de légèreté que lui font les nations étrangères':' ' Certes, Villers est bien armé pour entrer en lice, mais, outre qu'il a des travaux plus pressants (défense des universités, rapport à l'Institut), il a souffert de violents maux de tête et dune maladie nerveuse pendant le printemps et l'été. On doit lui tenir compte de cet état de nervosité qui ne fera, dès îors, qu'empirer, si l'on veut apprécier sa conduite avec justice.
Villers avait cru un moment que l'échéance du concours serait retardée, cai' la question principale complétée par les questions suivantes: « Trouve-t-on des preuves de cette légèreté dans le caractère et les mœurs des Français ? — Appliquer ces considérations aux Français des siècles passés e/, par un examen
toujours tolérées. » Dans le même journal, on lisait le 15 juillet 1813, au sujet de VEcole des Maris. « C'est particulièrement en France et plus que chez toute autre nation de l'Europe que tout ce qui a rapport à la foi conjugale, tout ce qui tient au lien le plus sacré, est devenu le sujet banal de toutes les pointes, de tous les sarcasmes, de toutes les mauvaises plaisanteries des faiseurs de contes, d'épigrammes, de comédies, de chansons, de vaude\illes, d'opérettes comiques. On formerait une bibliothèque de lazzi de toutes les facéties, farces et parades sur les maris trompés et sur les femmes infidèles. » — Gôrres écrivait à Villers, en mai 1810, après lui avoir raconte un mythe ancien : ,,Ich erstaune, wenn ich das eben Gesagte bedenke, wie Sie ein geborner Franzose aus der Art geschlagen, dass man Ihnen eine solche Stelle sagen und wie ich ein Adoptirter noch so wenig gulte Sitte angenommen, dass ich dergleichen schreiben kann. Sie kônnen sichcr darauf zàhlen, dass ich nach SOjahrigem Aufenthalt in Paris nicht den zehnteu Theil Gallizismen angenommen haben werde, als Sie durch vieljâhrige Verbannung dans le Nord verloren haben."
1 II était facile de voir dans quel sens on désirait que la question fût résolue. Le journal Miszellen fur die neiie Wcltkiinde, en l'annonçant dans le numéro du 22 juin 1808, disait: ,,Die Akademie von Dijon hat unter andern eine Preisfrage fiir das Jahr 1808 ausgestellt auf deren redliche Beantwortung mehr als Eine Neugier gespannt sein mag. Sie klingt an sich schon sehr naïv. . . '" Le correspondant parisien du Morf/enhlatt fiir gcbildctc Slùnde, parlant de la distribution du prix (9 janvier 1810), ajoutait: „Warum aber mag wohl der wackcie Villei-s dièse Frage nicht beantwortet haben er der gewiss am besten die Parallèle zwischen den Franzosen und andere Nationen zu ziehen ge\\-usst und etwas grûndlicheres geliefert haben wiirde? Sollte etwa sein Stillschweigen bedeutungsvoll genug sein"? ■ Pris si directement à partie, Villers répondit dans le numéro du 16 mai 1810 du même journal (voir aussi Journal de Lubeck du l^r mars 1810): „ ... Ihr Correspondant scheint mir also den Beruf dazu einigermassen einzuriiunien. AUerdings ward ich als ich kunde von der Aufgabe bekam, von ihrstark eleclrisirt und dachte die Gelcgenheit nicht voruberzulassen, lange in mir im Verborgenen gcbrùtelen Wahrheiten ans Tageslicht zu befordern. " Nous savons qu'il ne put donner suite à sa résolution.
comparatif, leur opposer sous ces différents rapports les Français du siècle présent. » — exigeait de longues et minutieuses recherches, une connaissance approfondie de la lillcrature française et de celle des peuples voisins. Afin de s'en assurer, il avait adressé, le 1^1 novembre 1808, sous le couvert de l'anonj'me, au secrétaire de l'Académie, une lettre qull le priait de communiquer à ses collègues; il attirait leur attention sur l'amplitude de la question et les nombreuses difficultés qu'elle soulevait. Cette lettre fut-elle simplement mise au panier? Le fait est que le délai ne fut pas prolongé. Quelque temps après, le prix était décerné à un certain Lemoine, pour une apologie de la nation française '. L'on
1 Lachapelle fait l'éloge du travail de Lemoine dans le Moniteur du 23 septembre 1809; voici une courte citation qui nous montre comment, dans le journal officiel, on envisageait la question : « . . . . On nous accuse d'être un peuple léger. Cependant, la nation française a tenu plus que toute autre au Dieu de ses pères, elle a su défendre avec plus de constance ses libertés religieuses si opiniâtrement attaquées. Où les nouvelles doctrines trouvèrent-elles le plus facile accès dans les esprits? chez les autres peuples de l'Europe. ...»
Heeren écrivait à Villei-^ en 1809: « Je serais charmé de voir l'ouvrage de ^I. Lemoine. Sur 165 pages, on peut dire beaucoup de choses excellentes; pourtant elles ne suffiront pas pour esquisser le sujet. . . » Voici les idées importantes du travail de M. Lemoine: Tous les peuples de l'Europe ont « un grand fond de mobilité et d'inquiétude ». Ce caractère domine chez les Français qui « lient en quelque sorte le Nord au Midi » et unissent à la vivacité des nations méridionales l'énergie des peuples septentrionaux. Ceux qui accusent les Français de légèreté n'ont observé que la population de la capitale et, dans celle-là, la classe des gens riches, le monde de la cour et des lettres. La frivolité est le défaut de la classe supérieure de la société, non de la classe inférieure « confondue trop souvent avec la première et qui forme le coi-jis de la nation. » Si tout chez les grands ;< paraissait dans une affreuse confusion, la nation voyait ces désordres d'un œil triste et les hommes sages pressentaient dès lors que les esprits étaient mùi-s pour un ordre de choses plus noble, plus grand, plus raisonnable ». Par ci par là, quelques attaques assez maladroites contre les voisins de l'Est. — C'est un li\Te fait à la hâte et sans grande solidité de fond. Lemoine le scritait si bien que lorsqu'il en publia une deuxième édition, il y ajouta de « nouveaux développements » destinés à réfuter tant bien que mal les accusations et assertions de l'honorable M. de Villers. Cette édition parut chez Treuttel et Wiirtz en mars 1815. Qu'il nous soit peiTnis d'en citer deux passages qui montrent combien, même après la publication de V Allemagne de Mme /Je Staël, la majorité des gens de lettres comprenaient peu les mœiu-s de leurs collègues d'outre-Rhin. On lit page 160: « On n'est pas léger en France, pour avoir su plutôt qu'en .Allemagne, préférer au genre gothique le style pur des Grecs, et la raison n'est pas plus dans la tristesse britannique, que la légèreté dans l'élégance et la grâce qui nous distinguent. » Dans les pages 174 et 175, la mauvaise humeur de Lemoine contre les productions littéraires de FAllemagrie et de r.\ngleterre s'accentue : « Les Anglais vantent leur Clarisse, et les Allemands Werther. Mais comment préférer les romans anglais à notre Héloïse, à Mathilde, et surtout à la Princesse de Clèues? Comment supporter un rcman aussi affligeant que celui de Werther qui, montrant au lecteur lem-
s'attendait si bien, toutefois, à voir Villers prendre part au concours que létonncment fut général lorsqu'on apprit qu il s était ab-^tenu; par la voie des journaux on le pria d expliquer son attitude- c'est alors qu'il publia, dans le Morgcnblatt du 9 janvier 1810 la lettre qu'il avait adressée naguère à 1 Académie de Dijon; nous y trouvons un plan détaillé de la manière dont il aurait traité le sujet.
\près avoir examiné les griefs que relevaient contre les Français les nations étrangères, il aurait attiré l'attention sur le fait que ces mêmes reproches leur ont été fréquemment adresses par les meilleurs de nos écrivains. Cela posé, il aurait analyse ce qu'on entend pai' légèreté», pour pouvoir dissocier les éléments divers qui la composent et étudier leurs « racines dans lesprit de l'homme et des nations. On trouverait, en la considérant du côté de la moralité des actions qui en résultent, qu elle doit être distinguée fort soigneusement de la frivolité, (iiie 1 ou peut aussi reprocher à notre nation avec quelque apparence de justice » La légèreté semble plutôt une qualité négative, « un oubli une omission des motifs, des considérations qui, si on les faisait sérieusement, devraient détourner de faire quelque chose ou encïager à faire telle autre. Un homme à qui ses passions, son intérêt, son goût ou son caprice du moment font désirer o atteindre un certain but, se précipite vers ce but. . . . sans s inquiéter si les pas quil doit faire pour y parvenir sont possibles, séants ou convenables, s'ils sont dans l'ordre, sils sont rigoureu-
pire ii-résislible dune passion sans frein, doit propager la folie du suicide au lieu de la guérir'.' et nv a-t-il pas, sous ce point de x-ue, beaucoup d inconsidération dans cette composition imaginaire ?>> Enfin pages 18b et 187 « .J'ai décidément cherché une nation qui. pour la foice de^ cmotion^ et luitérèt de la scène, parût remporter sur la nôtre, et soudain l Espagne m'a vanté ses imhroglios; l'Italie, sa scène disparate; l'Angleterre Shal e- Seare avec ses apparitions, ses fantômes; T Allemagne, les brigands, les tdbunaux secrets, S supplices de Scyller (sic) et cette longue suite d assassinats, d'infanticides, le dies irae, et toutes les erreurs vraiment diaboliques de Githe Mais ces compositions, tout admirables qu elles paraissent a nos délracteui-s ne prouvent quun fait suivant nous: c est que la plupart des nations rivales, nialgré leur prétention à loriginalite comme a la profondeur, ne sont pas encore sorties de Tesprit et des mœurs du moyen âae » Le \[\-re de M'ne de Staël ne fait que conhrmer ses opinions anteri^'eiires' Tel est Ihomme dont l'Académie de Dijon consacra 1 etroitesse nationaliste. On comprendra que le livre de Lemome ait i encontre eu Allemagne une critique sévère et des juges qui démolirent de fond en comble son argumentation. (Voir les Gôttinf/ischc Gelchrtc Anzeigennoih 11 mars 1816, p. 40.5 et suivantes.) Lemoine est, en effet, ramnent clan^ c bien renseigné. Sa documentation est souvent nulle ou superficielle; il s es fait en hâte et sans sv être suffisamment prépare 1 avocat d un parti, il ne lui a pas été possible de traiter son sujet à fond et dune manière objective, ni même dune façon un peu neuve.
semeii! conformes aux lois éternelles du juste et de l'injuslc; enfin, il suffit pour lui que le but soit atteint! selon ce (licton favori, que le but justifie les moyens; cet homme, dis-je, agit avec légèreté. Et certes, on est fort léger, on franchit lestement tous les obstacles quand on a jeté loin de soi cet importun fardeau des réflexions, des considérations, des appréhensions timorées, des si et des mais qui rendent les gens réfléchis et scrupuleux si lourds et si lents dans leur marche. La frivolité, au contraire, est un goût positif; c'est le goût exagéré des bagatelles, des petites choses, de la paresse, des modes, des danses, par exemple. » Villers constate que ce goût est devenu une habitude chez les Français depuis que les femmes régnent dans la bonne société; c'est à leur influence qu'il attribue ce penchant caractéristique à donner une importance extrême à des riens, à rechercher, par contre, le côté ridicule des choses sérieuses, à faire de l'esprit avant tout et à propos de tout.
Puis seraient venues un certain nombre de considérations sur l'individualité des diverses races humaines, sur ce qui leur donne des caractères distinctifs et particuliers. Villers aurait fait un petit « traité de l'unité et de la diversité de l'espèce humaine ». Reprenant ensuite le côté historique de la question, il aurait fixé avec précision le moment où s'est formée la nation française, le mot nation étant pris dans le. sens moderne. Il ne croit pas que l'on trouve « de manifestation claire et positive de ce caractère avant François Fr qui fut un Français par excellence. . . »
Ces bases posées, Villers aurait recherché à travers les siècles à laquelle des races qui ont composé cette nation (Celtes, Gaulois. Romains, Germains) appaiiient cet élément mobile d'où procèdent la légèreté et la frivolité ^ Le résultat de ses recherches l'eût conduit à reconnaître cjue cet élément provient surtout de la « nation gallique » et que ces caractères devinrent inhérents à la nation fraiiçaise lorsque cette race eut entièrement absorbé les autres. Il eût naturellement circonscrit ses observations à la littérature et aux beaux-arts, car les sciences se traitent partout de la même manière; ce qui est vraiment national dans le caractère d'un peuple se révèle dans les manifestations artistiques, dramatiques, lyriques, philosophiques ou religieuses de sa pensée.
Touchant la compai'aison entre les Français de jadis et ceux d'aujourd'hui, nous avons le regret de constater que Villers aurait sacrifié à la mode du jour en célébrant le « héros placé
1 Villers a Icnté d'cxéciUer une partie du plan ainsi traeé dans l'intrcduction qu'il écrivit en 1814 pour une édition du livre de CAUemagnc de Mme de Staël.
n IM lètc d'un Gouvernement brillant et qui a cache par i.nc Lmen^itc de gloire l'immensité de honte de toutes les années immen^i c cie lo ^^^^^^ ^^ supériorité de M'- de
I ërqu n'eût jamais vonlu acheter un succès littéraire au pnx d'éloge décernés à celui qu'elle regardait comn^e le eau de la France - et ViUers, nous le savons, pensait comme elle.
Kotzebue qui avait lu et relu cet ai'ticle, estimait qu il était du devoir rVmers de reprendre la question pour ia traiter a ?oncPEt ropinion de Kotzebue n'était pas à dédaigner, car, jusau' ci i n'avait eu pour Villers qu'une admiration assez roide -, n s'éta t Vabord défié de ce Français qui voulait f ^-^^.^^^^ .1 meUrc dans les bonnes grâces des Allemands et il avait lesn qu l^e ^iépit en le voyant se poser en comn.entateur de k^it aors que lui, Kotzebue, s'était, trois semâmes dm ant cassé b tête sur la Critique de la raison pare sans arriver a y co nprendre grand'chose Mais il avait enfin reconnu le mente de ce[Tmi de l'Allemagne, qui n'avait d'auti'e ambition que de servir d'intermédiaire entre les deux peuples.
Ce rôle semble ^i bien lui être naturedlement dévolu ([ue
Gœthe alors tout préoccupé du sort de sa théorie des co^Ueurs
Se son intervention pour introduire cette théorie en France3
Ce n'est pas la première fois que les bons offices de Rein-
hrn-d sont mis à contribution à ce sujets Villers fut t.es flatte
1 „Ja. est ist ein G^genstançl de^PMlosophen ^^^^^^^^l ^ Luthers Reformation so ^;:«"1^^5.f; ;^^H^!'EinJ^^^^^ vermag und was
ruerlraut? . . ." Lettre du 6 juillet 1810. war e^ .... Heiliglhum emzudnngen.
freiinden mag. Ei ^^^^ ^ "f , 'jj^ 'ï^len und es ware mir hedeutend >:u zwischen deu F^anzosen und I^eutschen una es janushifrons
wiirdo ubenaschen. '
' T qn ;„in 1^07 Reinhard expose à Villers dans ses grandes lignes
l'ouviag. de Goethe, ms stant l'^'.J'^,^ << ,;\l "''T,n%k là cï o naloU.gie ». physiqSc cl du christianisme » '1,';™'!^'%" S' „"' "i " alors s'occupe" de HluSï^n^'irÇS .^î„:?oir^e"?audrirde V?;"er le terrain lardes
de voii- son « apostolat » j'ecomiu par Gœthe, « l'un de ces princes de riiumanité qui donnent l'impulsion à tout un siècle ». ^ De France aussi, c'est à lui que l'on a recours. En 1811, F. Guizot, voulant fonder avec MHe de Meulan Les annales de r éducation, s'adresse à Villers qui fait, « de la propagation des bonnes choses », son devoir et son état pour le prier de présenter à l'Allemagne ce nouveau journal. « Je tâcherai daccréditer en France beaucoup d'idées saines, de bonnes méthodes, d'utiles découvertes que nos chers compatriotes ignoreraient toujours si Ton ne prenait la Irompette pour les crier aux quatre coins des rues. » Giiizot voudrait que Villers l'aidât de ses consedJs pour tout ce qui aurait rapport à l'instruciion et à l'éducation allemandes, cai' il met « le plus grand prix à êti'e bien rensei-
articles dans le Conservateur d'Amsterdam. Il s'en occupe, en effet, en 1810, lors d'une visite qu'il fait à Reinliard, niais pas de manière à contenter Gœthe: „Janus Bifrons ist schon auf einem schlimmen Wege!" s'écrie celui-ci le 7 octobre. Il eût voulu se rencontrer avec Villers et le convertir lui-nième; les circonstances ne s'y prêtent pas. Cependant, Villers, à ses moments perdus, s'occupa pour .son compte de cette théorie des couleurs; il l'étudia avec B. Constant en 1812 et 1813, sans parvenir à aucune conclusion. (Voir lettre de B. Constant à Villers, 26 octobre 1813.)
^ Villers adresse, à Gœthe la lettre suivante; „Der Bifrons ans dem Vogesischen Gebiirge, an den Pijthier, in Weimar. Wahrlich, ist der schônc Nahme, aus zeitigen VerhâUnissen entlehnt, und auf Raumverhaltnisse angewandt, nicht ganz unpassend, und sehr ehrenvoll ! — Doch muss ich noch hinzumerken, dass der Vogesische Bifrons, indem er nach teutoburgischen Gefilden hinsieht, ein jugendlich frommes Gesiclit zeigt, wie es sich cinem Lehrlinge ziemt, dessen Ausdruck, Andacht, Ehrfurcht und Wissgier ist, da sein anderes, nach Westen gekehrtes, ein gramlich, altkluges Gesicht ist, voll Runzeln und Ekel, und das sich selbst gern vernichten woUtc, ein wahres Selbstmôrdea- Gesicht! — Sein Mund ist verschlossen gegen Teutoburgien hin; Augen und Ohren desto weiter aufgesperrt; gegen Gallien hingegen ist das alte Maul in continuirlicher Bewegung und mit Schimpf und Spott beschâftigt, Bo mehr dem Donner des Zornes iihnlich, als einen briiderlichen Mahnen. Unterdes, mag sich denn der Pijfhier denken, wie das arme, zwischen beiden Gesichtern einfach liegendes Ciehirn, das mit Empfangen, verdauen, bruten, emittiren unaufhôrlich beschâftigt ist, bci der rythmischschlagenden Vorrichtung, seiner doppelten Funktlon oft gezerrt und conlrahirt wird. Was den Janiis betrifft, den aus Lyon, Paris, und den ich, der geographischen Lage nach, den Capifolinen heisscn kann, der ist kein blosser Bifrons, sondern wohl ein Multifrons, der nach gar vielen Gegenden tsich umsieht. — Und noch ist zu merken, dass aile seine Gesichter lâchlend und siiss, zur Eintracht und liebevollen Syncretismus einladend. — Nur gegen den Bifrons hat er einmal mit allcn seinen Gesichlern eine hiissliche Fratze gezogen. Es dauerfe aber nicht lange, und wurde bald wieder ganz honigmild. — Aus allen den Munden rund herum wie aus denen des neuen Brunnens auf dem Kônigsplatz zu Casse!, fliesscn hûbsche, sanfle, immer foin grammatikalisch richtig gefuhile gefiigte Wortc, und Feriôdeleyen nach decenter galli.scher Art, die kcine menschliche Seelc bcleidigcn kônnen; und ailes so klar und durchsichtig, dass man bald gewahr wird, es ist piires, klares Wasser, das jedcr trinken,
gné • sur cette matière. Nous savons que Guizot, grâce à Stapfer, était fort au courant de la littérature et de la philosophie germaniques. Aussi terminait-il sa lettre par ces mots: « Je me vante de m'ètrc formé à l'école de Lessing. » ^
Ainsi, des deux côtés du Rhin, Villers était considéré, du moins par un certain groupe, comme le Janus bifrons, le drogman chargé de mettre en contact les deux grandes nations. -
verdauen kaiin ohne Noth, und niemals einen Rausch veranlassen wird, welches lelzterc demi die Leute in einem philosophirenden Janus sehr hoch preisen und loben. Der lehrbegieiige, eifrige — etwas zornige — Bifrons, verbeugl sich tief gegen den Pythier in Tiibingen. — So den 3. .\ug. 10. V. Uebrigens werde ich micli bemiihen, die Hohe Lehre der Colorisation zu fassen, welcho mir abhângig scheint: 1° von der Natur des Lichtes; 2° von der colorirten Gegenstande, und 3" von der eigenen Kraft und Beschaffenheit unseres Seheorgans. {Gœthes-J ahrbiich^ vol. XX, p. 11.5-117.) — Malgré ses promesses, Villers ne présente pas l'œuvre de Gœthe au public français. Reinhard mande à Gœthe le 23 août 1810, en envoyant la lettre de Villers: „ .... Hier der Brief von .Janus Bifrons, der Ihnen die lachelnde Seite zukehrt und deutsch schreibt. Im Grunde liegt die Farbenlehre zu sehr aus seinem Wege. Ich werde nicht ruhen bis er Ihr Werk gelesen hat und dann wollen wir sehen...'" En effet, la tliéorie de Gœthe n'intéresse que la science et ne peut modifier en rien les opinions morales et intellectuelles des Français; c'est pourquoi Villers s'y attache moins qu'à d'autres œuvres et réserve cette étude q une autre époque: « Il me faudra conquérir le temps nécessaire sur mes mille et un projets qui remplissent mon avenir et même qui le débordent. . . », écrit-il à Reinhard à la fin de 1807.
' Lettre de Guizot à Villers, 26 mars 1811.
2 G. Muller écrivait à Villers, le 7 janvier 1808: „ .... Mit Ihren Schriften — zur Vollendung der angefangenen wûnsche ich Ihnen von ganzeu Seelc glûck ! — deren Tendanz so rein patriotisch, deren Ideen so wahr, so richtig, so edel sind, bereiten Sie mit vielem Erfolg eine bessere Opinion vSie werden Wiederstand fiiulen, iiber das Wahre und Gute wird gewiss siegen..... ""