‹ Charles de Villers 1765-1815Chapitre 13 sur 29 · CHAPITRE \'I · texte numérisé non relu

CHAPITRE \'I

" De l'Allemagne"

Reprise des relations entre .M"" de Staël et \'illers. — Quand elle écrit • '«Allemagne», elle a lu la plupart de ses ouvrages. — Vues personnelles de M°' de Staël. — Ce qu'elle doit à Villers. — Elle n'a pas avoué toute sa dette. — Introduction de Villers au livre de l'Allemagne. (Edition de 1814).

Le temps, les préoccupations de toutes sortes avaient apaisé peu à peu les dissentiments qui s'étaient élevés entre Mme de Staël et Villers pendant leur entrevue à Metz et qui étaient venus assombrir leur naissante amitié.

Pourquoi Villers n'aurait-il pas cherché à reprendre ses relations avec cette femme célèbre qui, mettant à profit son: voyage en Allemagne, allait, en notant ses impressions sur ce pays, s'engager dans la voie qu'il suivait lui-même depuis si longtemps; aussi, dès son retour à Lubeck, eut-il soin de lui faire tenir tous les ouvrages qu'il publiait. La réconciliation fut d'ailleurs facilitée par la grande bonté de Mme de Staël; personne plus qu'elLe ne savait mieux pardonner les offenses et ne ge souvenir que des services rendus.

En mai 1810 ^ l'échange de letti'es recommença à l'occasion d'un article de Villers sur Mme de Staël 2. Elle mande à Villers: « J'ai lu votre petit écrit sur la différente manière de sentir

1 Pendant sept ans, il y eut interruption dans leur correspondance, mais des amis communs s'entremirent: Constant, Jacobi. Celui-ci, en 1808, s'était fait pendant cinq jours le cicérone de Mme je Staël, alors à Munich, et écrivait à Villers, le 20 jan\ier: « Elle m'a parlé de vous avec une profonde amitié; vous lui plaisez et vous lui conviendriez parfaitement.»

2 Elle avait eu connaissance de cet article par l'intermédiaire de Hess, neveu de Meister.

l'amour en France et en Allemagne, et je l'ai trouvé ravissant d'esprit et d'âme, il m'a attendrie en me rappelant combien j'avais raison de vous désirer pour ami. J'ai lu et consulté vos atitres écrits, je les cite. ...» Elle est à Chaumont, à quarante lieues de Paris, et songe à partir pour l'Amérique; elle insiste pour que Villers revienne en France: « Vous viendriez me voir avant mon grand départ. N'est-il pas vrai que vous serez où j'irai? Si vous étiez ici, je vous lirais mon livre (elle venait de mettre le point final à son ouvrage De V Allemagne), je vous laisserais y changer tout ce que vous voudriez. Si vous étiez ici, je me mettrais à vous aimer de nouveau ...» Elle a conservé une entière confiance dans le savoir de Villers et n'a pas oublié que c'est lui qr.i, le premier de tous les Français, l'a mise à même de mieux voir et de mieux comprendre les choses d'Allemagne.

En août, de retour à Coppet, elle lui rappelle les orages qui attristèrent leur rencontre à Metz. C'est le même abandon que par le passé: « Tous vos amis de Paris sont ici, Benjamin, Hochet, Prosper Barante, nous parlons sans cesse de vous, et moi que vous avez cruellement traitée, à qui vous n'avez pas écrit lorsque mon cœur s'est brisé pour toujours, moi, je suis parmi vos la mis celle encore qui vous aime le plus. ... Je vous ai aimé parce que je vous estime et vous admire; je plains votre conduite envers moi, mais je ne puis ni ne veux vous en accuser. » Les malheurs, les deuils, l'exil donnent cependant à sa pai'ole quelque chose d'attristé et de plus intime.

Bien loin de songer à faire un séjour à Paris, Villers se préparait à passer quelques mois à Gœltingue. C'est pendant ce temps que le généra] Savary, duc de Rovigo, ministre de la police, faisait saisir chez le libraire Nicole et détruire complètement l'ouvrage de Mme de Staël dont, avec la permission de la censure, on avait déjà tiré cinq mille exemplaires '. Le 3 octobre, Savary, en accordant à l'auteur de V Allemagne les huit jours qu'elle sollicitait pour mettre ordre à ses affaires avant de quitter la France, lui écrivait cavalièrement: « Votre exil est une conséquence naturelle de la marche que vous suivez constamment depuis plusieurs années. Il m'a paru que l'air de ce pays-ci ne vous convenait point. »

Ne pouvant se décider à s'embarquer pour l'Amérique, le G, elle partait pour Coppet, et comptant Villers au nombre des amis dont la sympathie lui est nécessaire en cette période de tristesse et de profond découragement, elle lui écrit le 21 octobre pour le mettre au courant de ses tribulations:

1 Le tirage des deux premiers volumes était complètement leriuiné, celui du troisième n'était que commencé.

« J'ai l'idée, Monsieur, que vous vous intéressez à ce qui m'arrive, <Iuoique je n'aie pas eu de vos nouvelles en réponse à la lettre que je vous écrivis cet été; je ne me lasse pas de croire à la sympathie de nos cœurs. J'avais soumis mon livre à la censure et M. Portalis, qui n'est cependant pas un homme facile, m'avait donné son assentiment, lorsque j\I. le général Savary, duc de Ravigo, a envoyé ses grenadiers tout à travers de ma métaphysique, de ma poésie, et les mouchards de la police demandaient s'il n'y avait pas un chapitre contre l'acceptation des places. Enfin, c'était la plus incroyable scène du monde. M. Savary a dit que mon ouvrage était anti-français, que j'admirais trop les Allemands et les Anglais; enfin (c'était, je crois, la raison la plus saillante) que je ne parlais ni de lempereur. ni des généraux français. Mon ouvrage étant tout à fait étranger au moment présent, je ne comprenais pas bien la place qu'ils pouvaient y jouer. On m'a fait demander mon manuscrit. Enfin, six années d'études et de travaux devaient être détruits en un instant. Je ne sais ce qui arrivera pour la suite, mais comme le continent entier est français, je ne vois pas bien oii, de longtemps, je pourrai publier mon livre. Comme j'y avais parlé de vous avec un sentiment vrai, avec un souvenir ineffaçable de l'impression que vous m'avez faite, je me plais à vous le dire. » ^

En terminant, elle le priait instamment de lui donner de ses nouvelles et ajoutait: « Sachez-moi quelque gré de conserver depuis sept ans une image si présente de votre supériorité et de votre charme. »

Anisi qu'elle le dit, « le continent entier est français ». Obligée de quitter Coppet, elle fuit à travers l'Europe pour échapper à la persécution dont elle est l'objet.

« Nous n'en sommes pas encore réduits à chercher des modèles dans les peuples que vous admirez », disait le duc de Rovigo dans sa lettre du 3 octobre. Et Savary n'était que le fidèle écho de Napoléon qui, ayant parcouru le livre De V Allemagne avec ime irritation croissante, s'était laissé aller à jeter au feu l'un àes tomes 2 de cet ouvrage. Ce besoin de n'entendre louer que la. France, ce dédain contre tout ce qui n'est pas français, cette haine sans cesse grandissante pour ceux qui prétendent reconnaître et proclamer les mérites littéraires, philosophiques ou politiques des nations étrangères sont, en 1810, à leur paroxysme.

1 Comparer cette lettre avec la préface de l'Allemagne et le chap. I", lie partie de Dix années d'exil, écrit à Coppet (été 1811). Le jour avant, le 20, M"ic (le Staël avait écrit à la grande-duchesse Louise de Weimar avec laquelle elle était en relations suivies depuis 1801; certes, la lettre qu'elle lui adresse est moins complète et moins vivante que celle qu'elle a envoyée à Villers. i

'^ P. Gautier. M'hl- de siaët et Napoléon, p. 2.)0.

On regai'de comme dangereux pour la sûreté de l'empire des gens tels que Mme de Staël et ses amis; le gouvernement entend se protéger conti'e ceux qui « partagent les inti-igues de cette dame 1 ». En elle, comme en Villers, on frappe l esprit critique, cet esprit que l'on eût voulu exterminer et que l'on ne pardonne pas chez certains raisonneurs. Ridicules chez l'empereur, ces sentiments deviennent odieux chez les subordonnés qui, pour flatter le maître, se montrent encore plus intransigeants que lui et multiplient à l'envi les mesures de rigueur -. Que Ton éloigne l'Allemand Schlegel pour le punir de sa propagande anti-française, passe encore; mais c'est Matthieu de Montmorency, c'est Mme Récamier, qui sont l'un après l'autre frappés pour avoir montré de la sympathie à Jeur amie; l'exil ou l'internement menace tous les intimes de Mme de Staël. Nous avons vu aussi que c'est au début de 1811 que, pour le même délit qui chassait de France Mme de Staël, Villers eut maille à partir avec la police de Davoust. -^

Il va sans dire que pendant sa course hâtive à travers l'Autriche et la Russie, Mme de Staël ne peut continuer avec Villers cet échange de letti'es auquel elle attachait tant de prix; mais elle est loin de l'oublier, elle sait que B. Constant est auprès de lui et quand, en novembre 1812, elle peut enfin se reposer quelque temps à Stockholm, elle se hâte de donner son adresse à Villers et la choisit comme intermédiaire pour faire parvenir à B. Constant certaines lettres que d'autres personnes eussent eu trop d'intérêt à intercepter.

Benjamin possédait une copie d'un fragment important de ce fameux ouvrage siu- V Allemagne, anéanti trois ans auparavant par la police. Il le prête à Villers; celui-ci, désireux de

1 La censure sous l'Empire, Welschinger, p. 358.

^ Villers écrivait, le 2 novembre 1808, à son ami l'éditeur Brockhaiis, à Amsterdam . «... J'ai au reste des nouvelles particulières qui m'apprennent que je suis assez bien dans l'esprit du maître, si dautres subalternes me haïssent. Je suis excommunié, il est vrai, mais seulement par les cardinaux, non par le pape. . . »

• Villers dit, dans son introduction à l'Allemagne, p. XXXIV, que, dans tous ses ouvrages, depuis les articles parus dans le Spectateur du Nord jusqu'au compte-rendu adressé à llnstitut, il a essayé de montrer les tendances dominantes, les divergences et les oppositions des caractères allemand et français, oppositions telles « qu'il paraît que tout moyen de s'entendre est impossible ». Mais on n'a pas voulu comprendre le but de ses efforts et il se plaint amèrement que, depuis 1808, « les baïonnettes lui aient fermé la bouche ». L'auteur de Dix années d'exil disait: « A 50 lieues de la Suisse, la frontière est hérissée de maisons d'arrêt, de villes servant de prison, et l'on ne voit partout que des individus contraints par la volonté d'un seul homme, des conscrits du malheur qui sont tous enchaînés loin des lieux où ils voudraient vivre. » (Edition P Gautier. p. 176).

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témoigner son bon vouloir et son admiration, se hâte de préparer, pour les Gôttingische Anzeigen, une recension élogieuse de l'ouvrage.

Toute trace des dissentiments de 1803 a dès maintenant disparu; aussi, lorsque Villers sera chassé de l'université de Gœttinguc, ne se fera-t-il aucun scrupule de recourir à l'influence de son amie pour obtenir le reLrait de l'arrêt qui l'aura frappé. Mme de Staël n'épargnera aucune peine pour lui venir en aide. Dans les premiers mois de 1814, apprenant que, malgré les ordres qu'elle a donnés, son ouvrage n'a pas encore été réimprimé en Allemagne, c'est à Villers qu'elle s'adressera, et c'est lui qu'elle priera d'employer son crédit pour que cette réimpression soit faite sans délai. Elle lui envoie un exemplaire de l'édition de Londres, regrettant qu'il ne l'ait pas eu entre les mains au moment où il écrivait son article. « Les feuilles de Benjamin ne sont qu'un brouillon. » Elle exige qu'il lui fasse savoir en détail ce qu'il pense de l'ouvrage, qu'il lui signale les fautes qu'elle a commises et l'opinion que l'on a du livre en Allemagne.

Le jugement de Villers l'intéresse donc au premier chef. N'est-ce pas en partie d'après ses conversations et ses écrits qu'elle a formé son opinion personnelle? Par deux l'ois, dans son livre, elle reconnaît loyalement ce qu'elle doit à Villers. Parlant des universités allemandes, elle dit: « On peut en voir une esquisse dans l'ouvrage que M. de ViLîers vient de publier sur ce sujet. On trouve toujours M. de Villers à la tête de toutes les opinions nobles et généreuses; il me semble appelé, par la grâce de son esprit et la profondeur de ses études, à représenter la France en Allemagne et l'Allemagne en France '. » Faisant allusion au Compte rendu adressé à l'Institut, elle dit dans le Chapitre réservé à l'étude de l'influence de la nouvelle philosophie sur la littérature et ries arts: « On peut voir, dans un dernier écril de M. Ch. de Villers, que j'ai nommé avec la haute estime qu'il mérite, quels travaux immenses l'on publie chaque année en Allemagne sur les auteurs classiques. » Il n'y a aucune banalité dans ces éloges; Mme de Staël apprécie à leur valeur les travaux de Villers et approuve la direction qu'il leur a donnée pendant toute sa vie. /Ces marques d'estime le flattent; elles lui semblent toutefois, non seulement méritées, mais dues, et il lui eût été pénible de ne pas trouver dans l'ouvrage de Mme de Staël ce témoignage public rendu à ses intentions. Dans l'arlicle-

^ De l'Allemagne, Ire partie, cli. XVIII, sur les Universités allemandes.

'^ Arliclc pul)li6 au début de 1814 dans les Gôttingische Gelehrte Anzcigen.

quil consacrait à cette œuvre, Villers affirmait hautement que c'était lui ^ qui avait indiqué la route à M-c de Staël et marquait ainsi sa priorité dans le mouvement d'idées qui allait naître de cet important ouvrage sur l'AUem-agne. Il admirait 1 œuvre et l'auteur tout en s'étonnant pourtant que des matières aussi complexes et délicates fussent traitées si hâtivement tandis que lui qui depuis vingt ans, en avait fait l'objet specia de ses études/hésitait à tracer ce vaste tableau d'ensemble. Il aurait eu, sans doute, plus d'une retouche à y faire.

Il est certain que Mme de Staël n'avait pas adopté sans y rien ch^mger toutes les vues de Villers. Si elle avait su conserver sa personnalité et sa liberté de jugement même a 1 égard de Schlegel, son compagnon de voyages et de travad pendant huit ans elle navait pas davantage complètement subi l'influence de Villers, bien qu'elle lui empruntât des directions générales; elle ne partageait pas tous ses partis-pris littéraires en faveur de l'Allemagne. Elle avait trop conscience de sa propre valeur pour cru'il en fût autrement. N'oublions pas, du reste, quelle a vu l'Allemagne ^ qu'elle y a séjourné en deux fois et que sa renommée lui mivrknt toutes les portes, tous les cénacles la mettai en relations avec les hommes les plus distingues. Elle était habile à diriger la conversation sur les sujets qui 1 intéressaient et ne manquait pas d'en relever les passages saillants A Weimar elle étudie assidûment la philosophie et la poésie allemandes^,

1 Dièse Hauptzûge der Deutschen Gelehrteii Republik hat Rec^schon

.vor ttofS Jah^en ?799 (im Spectateur du ^orfU^m^nr^^^^^^^^^^^ und Novemberheft: Considérations sur l état actuel de la Littera are aile Zmdc Z un Français) im Umrisse geschildert. Es sei jhm erlaub hie Sibemerken indem er sich der strengen Anonymitat dadurch entaussert, d^sseschon damais mit dem Plan Smging, ein unfassendes Werk uber Sschlands Litteratur fur Frankreich zu verfertigen und dass er sogar S e es Sld zu Stande bringen zu kônnen. Je nâher er aber zu rucken glau S, e weiter dehnte sicl? sein Horizont aus; sein ^^^l ^^^h^.^J,^^hj^ tveite,- hiAaus zu weiehen, und die Unternehmung ward ihm tagl ch be^^^^ licher und schwieriser. Er wagte unterdess einige parUelle Uaistellungei

n besZleiï Fàchern, und ihrS UnvoUkommenheiten maehten ihn noçh zagMer u d hielten'ihn noch mehr ab von der Bearbeitung de^s unabsehMren Feldes Hier findet er einen Theil semer projectirten A beit

e k' anmuthsvoll in ErfuUung gebraeht. Was der Mann brutend

und schwerfallig einer langen Forsehung noch ""t^^jî^^;^" 7/, f ' "' \ele mïihsam und fest zu beorunden, das hat d|e ge'stvol e met um so Niele Nebendinge bekiimmerte Frau mit rascher Hand geschickt aufgetuhit...

■^ M"H> de Slacl visita Weimar et Berlin (de novembre 1803 à mai 1804) d-ms son premier voyage, puis Munich et Vienne quelques années plus îaî-d (de déc3,re 1^8oVàiuin 1808X dans son deuxième voyage en Allemagne.

■■^ Elle met toute son attention à traduire des pièces de Gœthe, cnU'e autres //iyarfèrr et F Epouse de Corinthe. Elle soumet ses essais au îoète (Gœtlils Jahrbuch! V, p. 117, 118, lettre de M"- de Staël a

elle se sent si bien dans son élément que, écrivant le 31 mars 1803 à la duchesse, elle disait: « J'avais un peu de temps considéré Weimar comme ma patrie. » Elle éprouve enfin ce sentiment d'admiration que Villers avait voulu faire naître en elle pour ces « richesses intellectuelles ».'

Aussi, et quoi qu'on en ait dit, y a-t-il dans son livre beaucoup d'elle-même et n'est-ce la diminuer en rien que de signaler les emprunts qu'elle a faits à ses amis et initiateurs.

C'est dans la première partie de i Allemagne qu'elle a mis le plus d'observation personnelle; c'est là, en effet, qu'elle a consigné les souvenirs de ses voyages: « Les premières impressions qu'on reçoit en arrivant dans le Nord de l'Allemagne, surtout au milieu de l'hiver, sont extrêmement tristes.... Cette frontière du Rhin est solennelle; on craint en la passant de s'entendre prononcer ce mot terrible : Vous êtes hors de France ! - » Ce sentiment de tristesse fut si fort qu'elle y revient en plusieurs fois ^. Les campagnes désertes, les maisons noircies par la fumée, les églises gothiques, « seuls monuments remarquables en Allemagne » lui « semblent préparées pour les contes de sorcières ou de revenants^». Un sentiment de calme qui contraste étrangement avec l'agitation de sa vie, se dégage de toutes ces impressions et, pour la première fois, s'impose à son esprit la vision que « l'éternelle barrière du Rhin sépare deux régions intellectuelles qui, non moins que les deux conh'ées, sont étrangères l'une à l'autre. »"^

Gœlhe.) « Le bon Wieland » est le seul représentant de la philosophie du XVIIIc siècle qui l'intéresse peu. — « .Je suis tiès frappée de celle du XIXc quand Schiller et Goethe me la développent », écrit-elle à .Jacobi le Ipi janvier 1804. Mais c'est avec ce dernier qu'elle désirerait s'en entretenir. Le 11 mars nouvelle lettre à Jacobi. Elle s'est mise à létude de la philosophie de Goethe efl d© celle de Schelling. «Mais si je vous vois,— j'ai tout — ; si, pendant votre séjour à Paris, la littérature et la philosophie allemandes m'avaient été connues comme elles me le sont à présent, j'aurais puisé des trésors dans votre conversation. Mais ne faut-il pas d'ailleurs s'éloigner de la France pour généraliser quelques idées. Tout y est fait et l'idéalisme y paraît moins vraisemblable que partout ailleurs. . . »

' « J'appris à lire l'allemand, j'écoutai Gœthe et Wieland. . . ., je compris l'àme et le génie de Schiller. ... et je passai là trois mois pendant lesquels l'étude de ia littérature allemande donnait à mon esprit tout le mouvement dont il a besoin pour ne pas me dévorer moi-même. » Dix années d'exil, p. 107, 108. (Voir encore Gœthes Jahrbuch. V, p. 117, 118 et 121. 125.)

- De V Allemagne, Jre partie, eh. XIII.

■' Voir encore op. cit., I^c partie, ch. I.

' Chap. XIII, Ire partie.

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