‹ Charles de Villers 1765-1815Chapitre 6 sur 29 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Introduction de Kant en France.

Villers travaille à une Exposition de la doctrine de Kant. — Ce que l'on connaît de Kant en France avant 1801. — Villers dédie son livre à l'Institut National. — Analyse. — Accueil fait à l'ouvrage en France : dans les journaux ; à l'Institut. — Profondément déçu, Villers lance un pamphlet anonyme : Kant jugé par l'Institut et observations sur ce jugement. — Villers et Degérando. — Le Premier Consul désire être renseigné sur ce nouveau système de philosophie. — Opinions de divers personnages et de quelques cercles de province. — \'illers revient en Allemagne. — Tentatives faites par Le Fèvre, Roux-Bordier, Degérando, etc., pour intéresser les Français à la doctrine de Kant. — Lettre de Villers à Georges Cui'ier. — On oublie Kant; silence complet jusqu'au moment où parait l'Allemagne de M"' de Staël.

Libéré de tout engagement envers la rédaction du Spectateur du Nord, Villers consacrera désormais tout son temps à l'étude de la philosophie de Kant et réalisera son projet de donner à ses compatriotes une idée exacte et complète de cette « nouvelle philosophie ». A l'aurore du XIXe siècle, sa tentative semble présenter quelque chance de succès.

Dès le début de 1799, il se met à l'œuvre avec ardeur, renvoyant à plus tard l'exécution d'autres travaux '. Cet ajournement ne satisfait guère son ami Collignon, imprimeur à Metz, qui lui avait suggéré l'idée de quelques-uns de ces ouvrages dont il escomptait auprès du public un accueil bien plus favorable que celui auquel devait s'attendre une étude aride et bien ingrate. Villers ne se laisse pas distraire de son projet.

La philosophie française lui est antipathique; elle s'use « à tourner éternellement dans le cercle des vétilles empiriques » -.

1 Un dictionnaire, un commentaire de l'Astrâc, une biographie d'Iffland et une autre de Frédéric. LetU"e à Collignon.

2 Essai sur Kant, p. 402. Villers.

Livrée à la classe des beaux esprits et des écrivains à la mode, elle a perdu « en profondeur et en consistance tout ce qu'elle avait gagné en agrément et en popularité ». Ranimer l'étincelle de la philosophie et des hautes spéculations qui seules élèvent le niveau intellectuel et moral des peuples, n'est-ce pas là un magnifique idéal"? Quel service plus grand pourrait-il rendre à sa patrie que de l'initier à une doctrine si éminemment propre à fortifier les cœurs abattus par la tourmente révolutionnaire? Le moment paraît opportun; Kant a, dès maintenant, publié tous ses ouvrages importants.

Mais, une première difficulté se présente. Quelle forme Villers donnera-t-il à cet exposé? Fera-t-il des Lettres philosophiques, à l'imitation de son ami Jacobi, ou écrira-t-il des Dialogues à la manière de Platon? Quant à donner une traduction littérale, il n'y a jamais songé'. Après mûre réflexion, il se décide pour « la division naturelle » du sujet qu'il traitera « simplement, sèchement et sérieusement ». Loin de lui, toutefois, l'intention d'être pédant et ennuyeux; du suc trop âpre» des « fleurs philosophiques de Kœnigsberg», il essayera de composer « une goutte de miel que les bouches françaises trouvent potable»'-. Et il soumet son plan à Jacobi.^

Certes, la tâche qu'il assume n'est pas facile; elle lui semblerait même au-dessus de ses forces s'il n'avait l'espérance

1 II répond à JacobI qui, sur de faux bruits avait cru que tel était son projet: « Cent pages sont plus que suffisantes pour donner aux Français la moelle de la Critique. »

2 Lettre à Jacobi, 25 nov. 1799.

3 Voici le plan :

1. Quelle idée doit-on se former d'une Philosophie eu général?

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