‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 1 sur 274 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

En 1860, quatre ans après la morl de Gerhardt, un congrès de chimie fui convoqué h Carlsruhe pour tenter de mettre fin à la confusion qui régnait dans les divers systèmes de formules suivis par les différents chimistes de l'Europe.

Ceux-ci étaient en effet divisés en deux camps principaux : les partisans des anciens maîtres, Berzélius, Dumas, Liebig, représenlant la science classique et officielle, et les novateurs qui s'étaient lancés rapidement dans les voies ouvertes par Laurent et Gerhardt.

La présidence fut donnée au savant qui avait le plus d'autorité dans la science, Jean-Baptiste Dumas.

Mais, dit l'un des témoins des luttes de ce congrès, M. Cannizzaro, devenu lui-même un des maîtres de la chimie', « les habitudes de l'esprit sont souvent Tobstacle le plus puissant aux progrès de la science. Dumas, habitué à exalter toute l'œuvre de Lavoisier, pour lequel il avait un culte patriotique, habitué à considérer la constitulion dualistique des sels comme un des pivols de la chimie moderne, aurait cru offenser la mémoire de Lavoisier en acceptant le système unitaire de Gerhardt. »

Ces luttes ne se bornaient malheureusement pas au choc des idées ; bien souvent, hélas ! perçaient les animosités ou les rancunes personnelles, à tel point que le même témoin ne pouvait s'empêcher de répondre au président à propos de

1. Voir le discours prononcé par lui lors de soo jubilé, le 17 novembre 1896.

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Gerhardt : « Au moins, à présent que M, Gerhai^dt est mort, on pourrait lui rendre justice ! «

Justice 1 telle élait l'invocation suprême du jeune savant qui, quelques heures avant de mourir, s'était écrié, dans l'espérance de la victoire future : « Dans cinquante ans^ on trouvera bien que j'ai fait quelque chose ! »

Si le congrès de Carlsruhe, où l'œuvre de Gerhardt fut l'objet de combats si passionnés — coïncidence singulière ! dans la ville même où moins de trente ans auparavant il avait appris les premiers éléments de la chimie — si ce congrès n'aboutit à rien, du moins une semence avait été jetée, qui germa et produisit des fruits glorieux : plus la science avançait et plus on reconnut l'importance de l'œuvre de Gerhardt.

Maintenant que l'apaisement est venu, que le temps a consacré cette œuvre, l'histoire doit recueillir les documents qui conservent, en vue de l'instruction des générations futures, le souvenir des lutles fécondes pour la recherche de la Vérité, el l'énergique image des héros qui ont combaltu pour elle.

Les élémenls d'une biographie du réformateur existaient, soit dans les archives de sa famille, soit chez ses amis et correspondants, et les nombreux écrits scientifiques qu'il a laissés permettaient de retrouver avec sûreté l'évolution de son génie.

Grâce à l'heureuse entremise d'un ancien préparateur de Gerhardt, M. Charles Lauth, directeur honoraire de la manufacture nationale de Sèvres, je fus mis en rapport avec M. Ed. Grimaux, l'auteur de la vie de Lavoisier. M'étant chargé de la partie biographique, M. Grimaux a pris pour tâche d'analyser l'œuvre du réformateur et de montrer comment il a conçu et développé les doctrines qui servent de base à la chimie actuelle.

J'ai à cœur de remercier ici toutes les personnes qui

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se sont empressées de me communiquer et même de me remettre les lettres qu'elles possédaient, ou de prêter leur concours dans des recherches souvent fort longues et qui n'ont pas toutes été couronnées de succès. Sur la gracieuse autorisalion de M. le Conseiller von Liebig, M. le D' von Laubmann, directeur de la Bibliothèque royale de Munich, a mis à ma disposition toutes les lettres de Gerhardt à Justus Liebig, conservées dans cette Bibliothèque; M. G. Masson, le dossier des relations entre son père, Liebig et le jeune Gerhardt ; MM. Léauté, Moissan et Etard, les lettres de Gerhardt à Cahours ; M"" V Laurent, M"' Paillier, née Laurent, M. Gros-Renaud, les lettres de Gerhardt à Laurent; M"' V^'Wurtz, M"* V^'^ Chancel, M"*' V^' Georges Ville, le professeur Williamson; M. Pelsche, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et M"* Petsche, les lettres de Gerhardt à M. Charles Drion ; M. Louis Orfila, ancien professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris.

J'ai eu le regret de constater la perte des lettres de Gerhardt à ses premiers maîtres Walchner et Erdmann, ainsi qu*à Malaguti, Hofmann, à Tillustre Bunsen et à quelques autres savants de l'Allemagne, de l'Angleterre et de la Russie, sans toutefois que l'absence de ces lettres ait une influence sensible sur la marche des récits.

Je dois reconnaître l'empressement avec lequel les autorités universitaires de l'Allemagne m'ont mis sur la voie de renseignements intéressants, en particulier M. le Recteur des Hautes Etudes techniques de Carlsruhe où Gerhardt débuta dans l'étude de la chimie ^

En dehors de ces documents écrits, des renseignements

1. Enfin je remercie M. Mankel, traducteur à la Compagnie des chemins de fer de l'Est, qui a apporté un précieux concours en rendant avec fidélité le sens de la correspondance allemande souvent difficile à saisir en raison de la nomenclature devenue hors d'usage ou de l'écriture parfois illisible.

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