CANDIDAT A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
lité, on se rit de la Constitution, on incarcère tout le monde et l'on pousse les provocations jusqu'à empêcher les réunions électorales des comités républicains socialistes. Jamais Louis-Philippe n'eût osé faire la centième partie de ce qu'ose faire aujourd'hui le gouvernement de Bonaparte. Un seul espoir nous reste encore : le résultat des prochaines élections (10 mai)...
J'en suis tout malade. Tout cela me préoccupe au point de m'empécher de travailler. Notre laboratoire reste pour ainsi dire fermé ; Laurent aussi est accablé. Tous les jours, je lis au moins dix ou douze journaux ; je suis dans un véritable état de fièvre. La nuit, je dois certainement rêver tout haut. Comment veux-tu que, dans une pareille disposition d'esprit, je ne sente pas plus vivement que jamais le vide que laisse ton absence autour de moi ? toi et mon petit Charles, les deux êtres que je chéris le plus au monde ! j'ai bien le petit Gaston, mais il n'est pas si affectueux, et puis c'est à peine s'il commence à épeler quelques mots...
Le Peuple a été condamné à une nouvelle amende de i.OOO francs, il y a huit jours, pour un article sur Bonaparte *. La moitié de l'amende est déjà payée aujourd'hui, et le reste le sera dans huit jours (j'ai encore celte fois porté ma pièce de 5 francs). Mais les misérables out aussi condamné Proudhon à trois ans de prison... Ils ont voulu atteindre dans Proudhon l'idée de la révolution, mais ils ne tueront pas l'idée. Si les élections sont républicaines, alors je puis espérer d'être casé ici. Sinon, il n'y aura qu'une nouvelle révolution qui fera justice à mes droits et à mes nombreux travaux.
Paris, 22 mai 1849. r- u ..
* GerharJt
... Les élections sont excellentes et bien au-dessus de nos prévi- rAssirabiô»*
sions. Désormais la République est plus vivace que jamais, et surtout ***^* **'^*'' la République sociale... Autant j'étais démoralisé l'autre jour, autant j'ai, aujourd'hui, confiance dans l'avenir...
1. Le président de la République est responsable. [Le Peuple, 26 janvier 1849.) La lutte est entre rAssemblée nationale et Louis Bonaparte... Louis Bonaparte, par ses antécédents, par ses tendances, ses accointances, ses préférences, s'e^-t constitué Tennemi de la République; il s'est fait le candidat de la monarchie, Tespoirde la réaction, l'organe de la contre-révolution... 11 a continué la politique malheureuse de Cavaignac. — Du moins, Cavaignac défendait la République, il n'en voulait qu'au socialisme. — Bonaparte en veut & la fois et au socialisme et à la République... L'élection du 10 décembre, ne l'oubliez pas, a été une surprise faite au pays, j'ai presque dit un outrage à la raison nationale. A vous, mandataires du Peuple, de réparer par votre sagesse et votre fermeté le tort fait & la majesté du Souverain, par la médiocrité du sujet et l'indignité de ses partisans...
P.-J. Proldhon.
Dans ces élections, Gerhardt avait été porté sur une liste de candidats à la députation en Alsace où figurait un de ses amis, le professeur Emile Kopp. Ce dernier fut nommé*.
Hélas ! cette confiance du parti socialiste Taveugla complètement sur sa puissance ; il commit fautes sur fautes, qui firent le jeu du prince Louis Bonaparte, en affolant les intérêts et lui facilitant le rôle de sauveur de la société.
Paris, 13 juin 1849.
La conduite infâme de notre gouvernement dans les affaires de Rome* a provoqué aujourd'hui une manifestation de la garde nationale. Changarnier aeu Tinsigne folie de dissiper le cortège, fort calme et pacifique. La Montagne est à la tête du mouvement. Reculera-telle ou que fera-t-elle ? Je n'en sais rien, mais la population est exaspérée et je crains une collision sérieuse... Je rougis aujourd'hui d'être Français. Le bombardement de Rome est bien la chose la plus infâme que je connaisse... Nous savons bien que tuer la République romaine, c'est tuer la nôtre...
Sois tranquille, ma petite femme, je ne m'exposerai pas, — par am ur pour toi et mes enfants, — mais, je dois le dire, vous faites de moi un lâche!... Si cette fois Tinsurrection est vaincue, ce sera la mort de la démocratie dans toute T Europe. Cette pensée m'épouvante ! . . .
i.es socialistes L'iusurrectiou du 13 juin, que Gerhardt appelait une mani- ""Tain^*»*»"^* festation, fut vaincue ; le parti socialiste fut anéanti par les poursuites ordonnées par l'Assemblée elle-même contre les chefs qui l'avaient provoquée : les uns, jugés par la Haute-Cour, furent déportés, les autres, plus heureux, réussirent à prendre la fuite*.
Dès lors, les esprits calmes et clairvoyants pouvaient pré-