Comptes rendus de Gerhardt, 1850, p
CANDIDATURE AU COLLÈGE DE FRAxXCE 205
dans sa notice, elle a pour but d'offrir aux idées neuves une tribune où elles puissent librement et largement se produire, sans être tenues ù cette réserve que leur impose nécessairement renseignement officiel de rUniversité.
C'est cette considération qui me fait aspirer à Thonneur d'obtenir la chaire aujourd'hui inoccupée.
Les travaux auxquels je me livre depuis quinze ans, la direction toute nouvelle qu'ils ont contribué i\ donner à la chimie et particulièrement à la chimie organique, l'impulsion parfaitement visibU» aujourd'hui, qu'en a reçue la philosophie générale de la science, tels sont les titres avec lesquels je me présente à mes juges.
Je veux essayer dans cette notice d'en donner un aperçu.
Cette notice en effet expose :
1* Les idées et solutions fondamentales, parmi lesquelles la divisibilité des formules, les équivalents, les séries homologues, la loi de saturation des corps copules;
2** Les mémoires originaux;
3* Les ouvrages;
4*' La critique;
5* L'enseignement:
G"* Les traductions.
Mais n'était-ce pas braver Taréopago, que de venir résumer devant lui des doctrines qui maintes fois avaient révélé la faillibilité des juges? N'était-ce pas provoquer audacieusement 1(^ plus puissant d'entre eux, à ce moment ministre, que de venir affirmer la découverte d'une idée que ce puissant avait juré de revendiquer comme sienne à son heure? Et cette heure n'étaitelle pas sonnée, de faire sentir le cas qu'on faisait de ce novateur, qui non seulement troublait les assises de la science officielle, mais se permettait de répandre des craintes dans la paisible jouissance des prébendes attribuées aux lévites des autels consacrés?
Non, le Collège de France ne pouvait pas être l'asile d'uu républicain socialiste, au moment où la contre-révolution devenait maîtresse de l'autorité, ni d'un hérétique sectaire de» la chimie, alors que les partisans de fancienne chimie avaient repris toute leur influence.
Ce que la science eût gagné si Gerhardt avait passé au Collège de France les six dernières années de sa vie (il n'avait alors
que trente-quatre ans!), on peut le mesurer par ce qu'il a produit dans les conditions les plus difliciles et avec une énergie qui semblait croître en proportion inverse du temps qu'il lui restait à vivre.
Candidature Devant uuc résistaucc dont Gerhardt se rendit facilement
de Laurent.
compte par les partisans qu'il comptait quand même h l'Institut (Biot, Flourens), les deux amis convinrent que Laurent poserait sa candidature, ce qu'il fit le 23 décembre.
On pouvait espérer que, membre correspondant de Tlnstitut, chevalier de la Légion d'honneur, — titres officiels que d'aucims sans doute trouvaient importants à ajouter à ses titres scientiliques, — présenté au premier tour de scrutin par l'assemblée des professeurs du Collège de France, à la majorité de 13 voix contre 9 h Balard, on pouvait espérer qu'une grande iniquité serait réparée, et que le savant dont le labeur acharné avait fini par gravement atteindre la robuste constitution verrait enfin, sinon le triomphe, du moins les heures paisibles des apaisements, qui en sont le précurseur.
En vain, un grand savant, Biot*, membre de l'Académie des sciences, qui depuis un demi-siècle avait illustré le Collège de France, vint-il apporter le poids de sa haute autorité en faveur de son éminent élève.
En vain, dans une lettre h l'Académie met-il en comparaison les nombreuses satisfactions accordées à Balard, par deux chaires d'enseignement supérieur où, malgré les moyens les plus étendus entre les mains, il n'a produit rien ou presque rien, tandis que les innombrables travaux de Laurent ont été effectués par ses seuls efforts personnels au prix des plus rudes sacrifices.
En vain, il supplie ses collègues de ne pas détruire toute émulation au dedans et au dehors en considérant le titre de
L Jean-Baptiste Biot, né à Paris le 21 avril mi. Élève de l'Ecole polytechnique en 1794, professeur à l'École centrale de Beauvais. Appelé en 1800 à la chaire de physique du Collège de France, et en 1809 à la chaire d'astronomie physique de la Sorbonne. Membre de FAcadémie des sciences dès 1808, du bureau des Longitudes, de la Société d'Arcueil, etc. Auteur d'une foule de travaux aussi remarquables par le fond que par la forme littéraire, ce qui lui valut en [H"S d'être admis au nombre des quarante à l'Académie française. Il mourut le 2 février 1862.