GEHHARDT ET LIEBIG RÉCONCILIÉS
exprimer de vive voix mes sentiments d'estime et d'affection qu'un moment vous avez pu croire altérés, mais que, j'en suis sûr, vous ne révoquerez plus jamais en doute.
Go. Gërdahot.
La réponse de Liebig, réserve faite de la différence des tempéraments, est des plus satisfaisantes et montre que le savant allemand n'était pas inaccessible à des sentiments élevés et généreux et qu'il savait les exprimer dans un fort bon langage :
Liebig â Gerhardt.
Giessen, 28 octobre 1850.
Le contenu de voire lettre du 18 octobre ne m'a pas surpris ; je pouvais prévoir que vous arriveriez à la conviction que je ne suis nullement votre ennemi personnel, et j'étais certain que, dans votre for intérieur, vous ne pourriez avoir longtemps contre moi ni haine ni inimitié.
Je saisis volontiers la main que vous me tendez, pour montrer el vous exprimer que j'ai depuis longtemps livré à l'oubli tout ce qui s'est passé de désagréable entre nous il y a quelques années; ces incidents ne m'ont jamais empêché de suivre attentivement vos travaux et vos efforts, et de me réjouir du profit qui en est résulté pour la science.
il nous est permis d'espérer que le temps mettra en évidence ce qu'il y a de commun et de vrai dans nos opinions, et je partage votre avis que, pour bien des choses, il n'y a peut-être que la forme et l'expression qui diffèrent.
En discutant les théories sur lesquelles nous sommes encore divisés, soyons mutuellement persuadés que nulle considération personnelle ne nous pousse ù soutenir nos opinions et que nous visons le même but, la recherche de la vérité.
J'ai réfléchi à vos propositions concernant la publication de la fliimie agricole et de la Chimie organique^ mais je suis en ce moment occupé d'une nouvelle édition de mes Lettres sur la Chimie, auxquelles je dois ajouter quelques nouvelles lettres, comprenant environ ilix feuilles; puis, la seconde moitié de ma Chimie animale^ dont la première partie a paru il y a déjà quatre ans, absorbe tout mon temps. Mon éditeur ainsi que les acheteurs de la première partie me pressent continuellement d'achever le livre.
Vous voyez donc qu'il m'est impossible de me charger de nouveaux
(i-avaux, et la besogne que vous me proposez est de celles qu'on ne l>eut exécuter sans donner tout son effort. Je vous prie de croire que je suis sensible à votre bonne intention et d'agréer l'assurance de mes sentiments les plus sincères.
Votre tout dévoué,
D"* JUSTUS LiEBIG.
Ainsi, c'est par amour de la science, par cette passion qui est clairement le mobile de tous ses actes, que Gerhardt était porté à roubli des injures personnelles.
Ferme sur sa dignité, fier de son individualité scientifique, il savait faire les premiers pas vers un adversaire dont il estimait Tintelligence, pourvu que sa démarche n'eût aucun caractère de soumission, ne portât atteinte à son droit de tenir la tête haute; de môme, il était sans rancune contre ceux qui, l'ayant blessé, revenaient à lui et se réconciliaient avec lui pour et par la science.
Dans le cas particulier de Liebig, et pour ce qui concerne le projet de collaboration h un grand Traiti* de chimie organique^ que ce savant ne crut pas devoir encourager, la postérité ne peut certes en rien le regretter : nous ne posséderions pas aujourd'hui le grand ouvrage où Gerhardt exposa dans tous ses développements ses doctrines personnelles, où il mit tout ce qui lui avait été suggéré par ses facultés créatrices^ sa puissance d'assimilation secondée par un travail opiniâtre \
Vacance d'une place de
professeur au
Collège
de France.
(terhardt
candidat.
Nous avons vu plus haut que Laurent et Gerhardt s'attendaient à la démission de Pelouze de sa chaire du Collège de France.
Bien que Gerhardt eût eu un pressentiment bien net sur le remplaçant probable, six mois auparavant, les deux amis se décidèrent à poser leur candidature. Gerhardt fut mis en avant et, le 18 novembre 1850, remit sa demande à TAcadémie, accompagnée d'une notice sur ses travaux'.
Si j'ai bien compris le rôle spécial de cette célèbre institution, dit-il