Lettre de Gerhardt à Liebig, du 20 septembre
ZÎO LA VIE DE CHAHLES GEHHAHDT
énergie sans pareille. Malgré ses souffrances el sa faiblesse, il poursuivait ses recherches théoriques, rédigeait des notes pour les Comptes rendus de Gerhardt* et couchait par écrit ses longues méditations d'un ouvrage profondément personnel, regardé comme son testament scientifique, qu'il tenait ardemment h laisser après lui comme le résumé des pensées de sa vie, et auquel, dit Biot, il attachait tant d'intérêt qu'il a travaillé à le finir jusque dans les bras de la mort*.
wiUiamsoD Est-il smfiTulier de voir que telle était la similitude de situa-
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ses'^doctrines ''*'" ^*' ^^^ dcux hommes, liés par la même logique dans la des- '^rhimie'^'^ tiuée, quc pendant que l'un disputait à ses dernières forces le moyeu de faire survivre sa pensée, l'autre préparait de son côté les matériaux de l'œuvre qui pour lui aussi est restée le testament de la sienne?
Tous deux avaient le pressentiment qu(» la victoire allait bientôt resplendir au-dessus d'eux, mais ils jugeaient nécessaii'e de concentrer en un corps de doctrines les idées qu'ils avaient éparpillées dans la lutte eii^ les lançant JS lôUs: cOles" contre "Tlôulvelsaire. fis y étaient incités par les nouveaux adeptes dont les découvertes venaient confirmer leurs conclusions, et qui réclamaient cet évangile.
Je vois dans vos formules, disait W'illiamson^, de Taveuir, mais je rencontre tous les jours de nouvelles preuves de rimpossibilité de faire adopter des changements quelconques aux chimistes établis dans leur notation.
' On ne réussira certainement qu'en agissant sur des esprits non
// gâtés, c'est-à-dire sur des commençants, et pour cela c'est un Traité de Chimie qu'il nous faut plutôt que ces mémoires qui s'adressent aux cliimistes faits.
Dépéchez-vous donc à écrire votre nouvelle édition de la Chimie oi'fjanique^ et faites-la précéder, si vous le pouvez sans trop de perte de temps, d'un limité très élémentaire de chimie inorganique. Je vous
1. Sur la basicité de Tacide asparlique. {Cotuptes rendus de Gerhardt, t. VII, p. 2^5.)
2. Méthode de chimie de Laurent, paru en 1834 chez MaUet-Bacheiier.
3. lettre de Williamsoo à Gerhardt, du 16 août 1851. Cette lettre a été écrite en Trançais par l'auteur.
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réponds du succès d'un tel ouvrage, el j'ose même vous affirmer que c'est surtout cela qui manque pour bien établir vos importantes conceptions dans le public.
Les livres mêmes ne suffisaient pas; on voulait entendre ces doctrines de la bouche même des inventeurs. Et alors que les savants de France se drapaient dans un insouciant dédain pour des productions de la pensée française, l'étranger était avide d'elles : Williamson invitait, au nom de llnstitulion royale de Londres, Gerhardt à venir exposer ses vues :
Les seules personnes cliez lesquelles ou peut se faire écouler, disait-il*, lorsqu'on dit du bien de vous ou de Laurent, sont des Anglais ou bien encore des Américains. Je viens vous demander excuse devons entretenir d'un sujet aussi désagréable que celui-ci. Je ne l'aurais pas fait si ce u'élait pour arriver îi une conclusion pratique, que je voudrais vous soumettre, c'est-à-dire que vous devez semer là où il est possible de récoller: vous devriez venir en Angleterre passer quelque temps et faire» la connaissance personnelbi «les principaux chimistes et gagner autant que possible leur estime et leuramitié personnelles. Vos travaux sont connus et plus appréciés ici que sur le continent.
Mais vos ennemis répondent toujours à cela par des injures personnelles, et malheureusement il n*v a pas assez de personnes qui comme moi peuvent répondre à de telles attaques...
Rien ne peint mieux l'oslracisme dans lequel se débaltaienl les deux amis que l'anecdote suivante :
Le célèbre chimiste anglais Thomas Graham avait, celte même année 1851, amené en excursion à Paris son ami A.-W. Ilofmanh, neveu de Liebig, professeur à la Société royale de Londres, etdéjkremarquépard'importants travaux. En leurhonneur, le baron ïhenard donna un diner de chimisfesdsn^ sa résidence de Fontenay-aux-Roses'. Là se trouvaient réunis Dumas, Boussîngault, Balard, Pelouze, Péligot, Cahours. II. Sainte-Claire- Dcville, Frédéric Kullmann,Ebelmen, Frémy et PaulThenard.
1. Lettre de Williamson à Gerhardt, du IC août 1851. Cette lettre a été écrite en français par l'auteur.
2. Ce diner eut lieu le jour du couronnement de la tralitionnelle rosière.
8ur le coup de six heures, raconle Ilofmann*, nous nous mîmes à table, el bientôt les meilleui^s vins coulèrent à flot, surtout un certain clos de Monlrachet que Ton dégustait avec dévotion.
(Contemplant avec satisfaction cette remarquable réunion de ses collègues français, le baron Thenard s'adressant à Graham : Sauf M. Chevreuil qui s'est fait excuser^ dit-il, vous voyez ici à peu près tout le Paris de la chimie.,, à rexceptiou il est vrai des