‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 160 sur 274 · DECOUVERTE DES ACIDES AMIYDHES · texte numérisé non relu

DECOUVERTE DES ACIDES AMIYDHES

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Gerhardt avait affirmé Timpossibilité d*obtenirj les acides anhydres provenant des acides monobasiques par Tenlèvemenl de la molécule dVau que ces derniers paraissaient tenir dans leur constitution. Ses adversaires, dans la théorie dualistique, non seulement n'étaient pas convaincus de cette impossibilité, mais ils avaient peu de temps auparavant remporté un triomphe éclatant par la découverte de Tacide azotique anhydre obtenu par Deville dans son laboratoire de Besançon. Dumas, aux applaudissements de son auditoire de la Sorbonne, n'avait pas manqué de saisir la haute importance de cette découverte, qui semblait faire échec aux nouvelles théories de la Chimie unitaire. L'heureux auteur avait depuis reçu la récompense d'une telle victoire en succédant à Balard qui, nommé au Collège de France, s'était démis de sa place de maître de conférence a l'Ecole normale.

Si le fait de la découverte était indéniable, il n'en est pas moins vrai qu'il n'était pas possible d'expliquer la formation de ce corps nouveau par les théories en vigueur, et il restait exact que ce n'était pas le retrait d'une molécule d'eau à l'acide qui produisait l'acide anhydre : les triomphateurs n'avaient remporté qu'une victoire stérile; et avec moins d'exaltation dans les passions, moins de préjugés tenus pour des dogmes, ils se furent aperçus que la question n'était pas résolue.

Gerhardt tout d'abord s'était rendu compte du mécanisme de la réaction qui réussit à Deville, mais, sans laboratoire et surtout sans produits, il ne lui était pas possible de démontrer par des expériences les idées de plus en plus nettes que les découvertes récentes confirmatives de ses doctrines lui donnaient sur la constitution des corps et en particulier sur cello des acides.

11 est évident que s'il avait eu h sa disposition un des nombreux laboratoires inoccupés de Paris, la réponse aux applaudissements de la Sorbonne n'aurait pas tardé trois ans.

, .^**°^^o-. La séance du 17 mai 1852, où Gerhardt lut à l'Institut son

du 17 mai lSo-2 ^ ^ '

àiinsutut. premier mémoire sur les acides organiques anhydres, eut un retentissement considérable et força l'admiration de ses ennemis. La lettre suivante, écrite quelques jours après la lecture

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(lu deuxiomo mémoire, Je 14 juin, h Chancel, en donne la mesure :

Paris, 19 juin 18o2.

Vous me dites des choses bien flatteuses sur mon travail, et, je dois le dire, elles me font bien plus de plaisir que tous les compliments que j'ai reçus de tout le monde, puisque chez vous cela part du cœur et que vos félicitations sont réellement sincères. Vous ne sauriez croire combien tout le monde est changé à mon égard : Kegnault me donne des poignées de main, Dumas a failli m'embrasser*, et il y a jusqu'à Frémy qui ma dit les politesses les plus sucrées. On s'accorde à dire que je suis revenu sur Feau, suivant l'expression de Tillustre Barreswill * qui, voulant lui-même me donner une preuve de sa haute estime, ma fait appeler en consultation au Ministère du commerce, ce qui m'a valu un jeton du prix de deux courses de cabriolet, trois francs. Voyez donc quel succès!...

Au reste, il n'y a pour ainsi dire que Dumas qui comprenne un peu la portée de la chose, et sans l'acide acétique anhydre, les autres n'eu auraient été que médiocrement frappés.

Je compte publier m n mémoire complet dans les Annales de Chimie j car j'ai décidément renoncé à mes Comptes rendus, ce qui ne contribue pas peu à bien disposer les gens à mon égard : chose inouie! la rédaction des Annales m'a déjà fait demander le mémoire. Mais je ne me presse pas de le rédiger, attendu qu'il sera pour moi l'occasion d'exposer quelques idées générales, et j'ai besoin de les mûrir un peu. Je veux d'aiHem\s ajouter à ma série autant de termes (jue possible, et faire de mon travail un mémoire académi<(ue, tout eu y professant des idées temblement révolutionnaires.

Malheureusement je suis bien fatigué et mon médecin insiste pour que je prenne du repos. Je serais fort charmé d'accepter votre aimablr invitation de venir passer quelques jours à Loriol ^, mais je craindrais tant de vous déranger! Dans tous les cas, je n'accepterais que pour uioi seul.

J'aurais, je l'avoue, un plaisir infini de passer quelques bonnes journées avec vous.

Faites toujours du butyrate de chaux.

i. Depuis Télévation de Dumas aux honneurs publics, Gerhardt n'avait jamais voulu ni lui faire sa cour ni plier devant lui. Trouvant qu'il avait toujours été victime de sa jalousie, il ne voulut pas, lui républicain, s'sibaisser jusqu'à le natter. Gerhardt avait déclaré: Je le vaincrai autrement que par des courbettes! <rest ce qui eut lieu en effet à cette séance de Tlnstitut. (Rapporté par M. Scheurcr-Kestner, vice-président du Sénat.)

2. Barreswill (Charles-Louis', né à Versailles en 1811, mort en 1870.

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