DECOUVERTE DES ACIDES ANHYDRES
nous soustraire à la nécessité d'en toucher quelques mots, ne serait-ce que pour montrer quelle activité prodigieuse occupait ses pensées. Non seulement il avait dans cette année monté son École de chimie^ commencé son grand Traité^ publié la traduction des Nouvelles lettres à la chimie de Liebig *, continué ses Comptes rendus^ mais il avait jeté les fondements de la clas- \ silication nouvelle par types — n'ayant aucun rapport avec les types attribués à Dumas — des matières organiques, et précisé les principes qui régissent encore actuellement la science.
Williamson, avec la découverte de Téthérification, presque simultanée avec Chancel*, comparait la constitution des éthers et des alcools à Teau prise comme terme de comparaison ; Gerhardt avait vu que les alcalis de Anderson, Wurtz et Ilofmann se rattachaient au type ammoniaque; il fit remarquer que les radicaux organiques de Frankland se rattachaient au type hydrogène.
Ces conceptions furent le point de départ d'une transformation dans ses idées, ou, plus exactement, toutes ses idées antérieures vinrent se ranger comme les conséquences naturelles de principes primordiaux, enfin mis au jour. Elles devaient le mener bientôt à des découvertes retentissantes.
Et en effet le 5 avril 1852, Gerhardt écrivait en quelques lignes rapides, à son ami Chancel, la découverte des acides organiques anhydres. L'émotion intense que produisit cette découverte capitale se voit dans la signature profondément altérée, comme le montre la reproduction fac-similé ci-contre.
Il faut dire que Témotion ne provenait pas seulement du fait de la découverte ni des conséquences qu'il entrevoyait d'une loi de formation de substances analogues, née en môme temps qu'elle.
1. Victor Masson, éditeur. Liebig, dans une lettre dédicace à Dumas, paraissait avoir entièrement abandonné son attitude agressive ou au moins batailleuse de 1816.
2. Gustave-Charles-Bonaventure Chancel, né àLorioI (Drôme), le 18 janvier 1822, fit ses études au collège de Tournon, puis au lycée Charlemagne, à Paris. Élève de rÉcoIe centrale, il travailla, après sa sortie, en 18i3,au laboratoire de Pelouze. Remarqué par ses brillants travaux, il obtint l'emploi d'aide de chimie à TÉcole des mines. Un des premiers, il comprit la valeur des doctrines de Gerhardt, se lia avec lui et lui succéda dans la chaire de chimie à Montpellier. Fixé définitivement dans cette ville, il gravit successivement tous les grades universitaires et mourut le 5 août 1890 recteur de TAcadémie.
230 LA VIE DE CHARLES f.ERHARDT
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