‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 17 sur 274 · Traité de chimie de Berzélius, 1847, t. IV, p · texte numérisé non relu

Traité de chimie de Berzélius, 1847, t. IV, p

naturelle Tamenait facilement à tout diriger par lui-même, jusque dans les moindres détails, sans ménager ses forces ; si bien que lorsque son fils Charles fut en âge de le seconder, il avait subi les premières atteintes du mal qui douze ans plus tard devait l'emporter. Il attendait donc avec une sorte d'impatience ce jeune auxiliaire, qui lui faisait déjà honneur, et que sa docilité au travail, non moins que son attachement, faisait présager comme le jeune ingénieur rêvé pour transformer son usine et conduire l'affaire qui intéressait au plus haut point l'avenir matériel de la famille.

Disientimonts Hélas ! le jcunc Charles avait bu la coupe enivrante de la science

entre le pèro i i • , . .

et le flis. pure, de la science dégagée des applications pratiques; un attrait irrésistible l'entraînait vers les spéculations théoriques de la chimie, cotte science née avec le siècle, dont les mulliples manifestations laissaient entrevoir un monde de lois à découvrir : une science qui pénétrait dans l'intimité profonde de la Nature, et oii la philosophie la plus haute trouvait comme preuve de la justesse de ses conceptions une sanction matérielle certaine; quelle plus belle application de la puissance de la pensée! et quelles ardentes visions devaient remplir d'enthousiasme le jeune esprit qui, dès les bancs de l'école, voyait le savant comme un petit Créateur !

Hélas! ce n'était plus le rêve, cette manipulation prosaïque et parfois répugnante dans ses détails de la fabrique de Hangenbieten ! ce n'était plus le rêve, ces heures perdues dans des détails vulgaires et banals ! et quel dommage que cette cruelle rencontre de deux natures si profondément honnêtes, et si opposées, du père et du fils ! quelle déception profonde pour l'un ! déception mêlée d'une sorte de rage de sentir ses projets s'évanouir alors que tant de sacrifices ont été faits! quelle douleur pour Tautre, qu'une vocation irrésistiblement puissante entraînait dans une tout autre voie !

Le jeune Gerhardt tenta cependant durant plusieurs mois de répondre au désir de son père, mais comment retenir cet esprit, aux ressorts déjà si puissants, dans la mesquine routine d'une comptabilité d'usine, dans la fastidieuse correspondance d'achats et de ventes? Comment empêcher la pensée de suivre sa voie?

Comment comprimer cette curiosité passionnée des choses de science, qui poussait à négliger des devoirs propres tout au plus à l'activité d'un bon contre-maître? Quel intérêt pouvaient présenter, pour cette âme complètement éprise de l'inconnu, les opérations monotones, lentes, sans imprévu, d'une fabrication de produits toujours semblables ?

Aussi le jeune homme était-il fréquemment en butte aux reproches de son père, parce qu'il occupait son temps soit à ses propres recherches, soit à des herborisations avec le professeur Kirschleger, soit à la fréquentation de cours publics de la Faculté des sciences avec Persoz, de l'École de pharmacie ou de rÉcole de médecine avec Oppermann et Cailliot.

C'est ainsi qu'il trouvait moyen de faire en secret des travaux qui lui valurent d'ôtre nommé le 2 juin 1835 — il n'avait pas encore dix-neuf ans — membre correspondant de la Société dhisloire naturelle de Sb'asbourg^ dont faisaient partie les professeurs Persoz, Ehrmann, Sarrus, Fée, les docteurs Lcreboullet, Cailliot*, Bœckel, Alexandre Lauth, Schimper, Oppermann, les ingénieurs des mines Voltz et de Billy, et nombre de savants étrangers parmi lesquels le célèbre Agassiz.

Ces succès, qui témoignaient d'une vocation certaine, eurent sur le père de Gerhardt un effet diamétralement opposé à celui que son fils aurait pu espérer : dans son intransigeance absolue, le père ne voyait que son autorité méconnue et comme conséquence la ruine de ses projets pour l'avenir de sa fabrique.

A la suite d'une scène extrêmement vive où Samuel Gerhardt reprocha durement à son fils son manque d'égard pour ses volontés, qui n'avaient pour but que le bien et la fortune de la famille, sa folie de poursuivre une voie qui ne pouvait que le

NomiDAlion

de membre

correspondant

de la Société

d'histoire

naturelle

de Strasbourg,

1. Louis- Victor-Amédée Cailliot, né à Brest, le l^^"" mai 1805, mort à Paris le 19 novembre 1884. Fils d'un médecin de la marine, il fit ses études médicales à Strasbourg, où Tun de ses frères était doyen de la Faculté de médecine, et «'adonna à la ctiimie. Reçu agrégé de chimie en 1835 et nommé professeur en 1838 à la même Faculté, il créa le premier laboratoire de travaux pratiques qui ait existé en France et en confia la direction à son préparateur Adolphe Wurtz. Le premier aussi il adopta la notation atomique de Gerhardt. Membre du conseil municipal de Strasbourg, puis membre du conseil de défense pendant le •siège de 1870, il refusa les offres brillantes du gouvernement allemand et vint se fixer à Paris auprès de son ancien élève Wurtz, devenu illustre.

mener à la ruine; après une véritable explosion de colère que la pauvre mère tremblante ne put en rien atténuer, le jeune Gerhardt quitta la vieille maison paternelle.

Kiigagemont au 13«

régiment de chasseurs

à cheval à Hagueoau.

Sans ressources matérielles, il ne put que solliciter de son père Fautorisation de s'engager, ce qu'il obtint, et il partit pour le 13° régiment de chasseurs à cheval en garnison à Haguenau.

La discipline était alors loin de ressembler, à cette époque, à celle que les douloureuses épreuves de 1870 ont depuis imposée à nos troupes, surtout dans le voisinage immédiat de frontières si souvent disputées. Le jeune cavalier espéra-t-il s'isoler dans la caserne, continuer ses méditations et ses études et réussir à gagner Tintérêl de ses chefs pour le tirer de cette impasse? Quelques infractions aux règlements du couvre-feu le signalèrent à l'attention du colonel, M. de Goldstein, qui, frappé de cette ardeur au travail, et sans doute aussi à la suite de rintervention d'amis de la famille* résidant à Haguenau, l'autorisa h conserver de la lumière dans sa chambrée.

Cependant, il est facile de comprendre que les gardes d'écurie, les corvées, les exercices, produisaient sur sa nature un dégoût profond et l'horreur du métier militaire, et, par suite, un désir immense d'en sortir. En vain il tenta d'obtenir de son père de lui payer un remplaçant : ni les supplications, ni l'intervention des parents et des amis, ni les menaces de désertion, rien ne put courber la volonté du père.

Rachat

par un ami

d'Allemagne.

Voyage

à Dresde,

Notre jeune homme était sur le point de commettre une faute grave, lorsqu'il se souvint de ses amis d'Allemagne. L'un d'eux lui adressa de Dresde 2.00U francs avec lesquels il put se libérer, s'habiller et le rejoindre pour reprendre ses chères études. Ce généreux ami*, que nous pouvons nommer aujour-

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