AU LABORATOIRE DE LIEBIG
d'hui, n'est autre que le professeur Liebig*, qui avait pressenti dans rélève d'Erdmann le jeune savant d'avenir, et il comptait rattacher à son laboratoire, dont la réputation était universelle.
Sans s'arrêter à Strasbourg, où son père ne voulait plus le recevoir, il se rendit directement à Dresde, où il arriva dans les premiers jours de 1836.
Le D' Justus Liebig qui, depuis 1824, h son retour de France, où il avait pendant deux ans fréquenté nos savants les plus illustres, Thenard et Gay-Lussac, était professeur adjoint de rLniversité de Giessen, venait d'être nommé titulaire. L'éclat de son enseignement de la chimie, la célébrité de son laboratoire, où il accueillait de nombreux élèves qu'il stimulait par son exemple et la multiplicité de ses découvertes, ne pouvaient manquer de convenir au jeune Gerhardt.
Ce dernier se rendit à Giessen, et dès le début de Tannée scolaire 1836-1837 suivit avec ardeur les brillantes leçons du maître, cherchant à gagner sa vie en traduisant et publiant ses ouvrages, ce qui du môme coup faisait connaître en France et le maître et l'élève, car rarement la langue scientifique allemande avait été traduite avec cette précision et cette élégance ^
Parmi les travaux remarquables qu'il produisit alors, se trouve une série d'analyses de l'acide picrique,dont il donna la vraie formule à l'enconlre de Liebig lui-même % montrant déjà, même sous la direction de son maître, l'indépendance de caractère que donne l'amour exclusif de la vérité.
Pourquoi le jeune Gerhardt ne resta-t-il pas au delà du mois d'avril 1837 dans ce laboratoire de Giessen, où toutes les facilités et toutes les ressources lui étaient si libéralement données? Car le jeune homme n'avait pas conquis seulement l'estime du
i. Juslus Liebig (baron von), né le 12 mai 1803, à Darmstadt, fit ses premières études dans une pharmacie, à Hoppenheim, puis ensuite à Bonn et à Erlangen. Envoyé à Paris aux frais de ion gouvernement, en 1822 et 1823, il fut, par l'eotr émise de l'illustre Alexandre de Humboldt, nommé professeur adjoint de chimie à Giessen, en 1824, puis titulaire en 1836. En 1850, il passa à Heidelberg en remplacement de Gmeliti, puis enfin à Munich, en 1852. Créé baron ea 1845 par Louis II, grand-duc de liesse, puis, en 1861, nommé associé étranger à l'Académie des sciences de Paris. Il mourut à Munich, le 18 avril 1813.
2. Introduction à Cétude de la chimie^ par M. J. Liebig, traduite de l'allemand par Gh. Gerhardt. L. Mathias, Paris, 1837.